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Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

dimanche 23 février 2014

     Le Jeu de la Reconnaissance 


D'habitude notre attention est porté vers l'extérieur, vers le monde des choses et plus particulièrement vers les objets de la perception (odeurs, sons, sensations, perceptions visuelles, goûts, pensées). Nous sommes excentrés en permanence et complètement inconscients de la source même de notre attention. Dans ce fonctionnement quotidien et habituel, nous déployons une qualité d'attention ordinaire, celle qui est nécessaire à la survie de l'espèce. Nous sommes tellement embourbés dans ce fonctionnement mécanique de l'attention, qui nous fait passer d'une chose perçue à une autre (une chose, une pensée, une sensation, une chose, une émotion, une croyance...etc...) par le truchement des 6 sens, que nous ne réalisons même pas qu'il est possible d'inverser la flèche de l'attention à 180 degrés pour la faire refluer vers sa source. C'est un peu comme si l'on avait troqué la vie contre la survie.


Or, que vaut un savoir qui est inconscient de sa propre source ? Dans ce mode de perception, la vie a un goût fade, très en deçà de sa véritable saveur. Il n'y a là de place ni pour l'étonnement ni pour l'émerveillement. De façon plus générale, lorsque l'attention ordinaire se porte sur une chose, elle est constamment polluée par l'interprétation que l'on en fait : beau/laid, utile/inutile, bon/mauvais, intéressant/inintéressant qui crée le monde de la dualité avec ses paires d'opposées. La plupart du temps, cette interprétation a lieu de façon automatique, à notre insu et fonctionne sur un mode totalement inconscient au travers de notre mental duel (j'aime, je n'aime pas, beau, laid, intéressant, sans intérêt... ). La qualité d'attention pure de la source passe par le tamis de nos filtres de croyances et d'identités transparentes (croyances, jugements, étiquetages divers, sentiment d'être une personne dotée d'un libre arbitre...) au travers desquels l'objet est perçu. Ainsi, nous nous croyons séparés de l'objet de la perception : La chaise ou la pensée, par exemple - sont là-bas. Mais surtout nous ne percevons que ce que nous projetons et de plus cela demeure inconscient ou voilé pour la plupart d'entre nous. Il en résulte une relation terne et dénuée de véritable intensité avec la réalité, celle-ci étant toujours réinterprétée à l'aune de nos préférences personnelles liées à notre histoire et à nos conditionnements esthétiques et moraux.

Ce fonctionnement fait perdurer le rêve et l'illusion d'être un observateur sujet, séparé de l'objet qu'il perçoit. Mais surtout ce sentiment de séparation est à la racine même de toute souffrance dite psychologique et de presque tous les conflits dans le monde. Continuer à se chercher dehors dans les objets est une erreur de perspective. Alors que ce que nous sommes est déjà là, en amont de l'acte même de percevoir et d'être perçu.

Ainsi, l'intensité est recherchée ailleurs que là où elle se présente, c'est ainsi que nous voulons généralement ce qui n'est pas, comme par exemple une belle carrière, du plaisir à gogo, de la reconnaissance des parents, un travail stable, un mari fidèle, des enfants qui n'aient pas de problèmes, mourir en bonne santé....



Pour inverser la flèche de l'attention à 180 degrés et s'ouvrir à une autre façon de vivre je vous propose de jouer à ce Jeu.


Commencez à explorer ce sur quoi se porte votre attention et découvrez que votre attention pointe vers des objets très divers. Leur dénominateur commun est qu'ils sont tous éclairés par votre attention. Cela peut être une perception visuelle comme la table, une perception auditive comme la rumeur d'une cour de récréation, une sensation telle qu'une zone de chaleur dans la région du nombril, une odeur de poireaux provenant de la soupe en train de bouillir, un goût tel que celui d'un chewing-gum à la menthe, une pensée telle que par exemple "il ne faut pas que j'oublie d'éteindre la soupe".
Toutes ces choses sont du domaine du perçu et sont des objets sur lesquels mon attention à un moment précis a donné une forme... d'attention justement. Ils sont entrés dans le champs de la conscience.


Concevez maintenant que tous ces objets sont dotés de conscience comme vous. Et que la substance de cette conscience est la même que la vôtre. Concevez que ce n'est pas vous qui portez l'attention sur eux mais eux qui portent leur attention sur vous. Chaque objet entrant dans le champs de votre conscience vous éclaire et vous révèle par la qualité de leur attention.

La table que je regarde me regarde et me révèle par la même occasion. La rumeur de la cour de récréation sollicite mon écoute sans choix. La sensation de chaleur dans la région du nombril désire éveiller l'espace dans lequel il se révèle. L'odeur de la soupe est là pour moi et et me confie quelque chose de très intime. Le goût du chewing-gum se diffuse en moi, me révélant ma véritable nature : Présence consciente. La pensée "il ne faut pas que j'oublie d'éteindre la soupe" pointe vers ma réalité la plus mystérieuse et apparaît pour me faire signe que "Je suis" en train d'être.

Pendant 10 minutes demeurez assis confortablement quelque part ou allez-vous promener et laissez votre attention accueillir tout ce qui le traverse. Portez votre attention sur une perception à la fois si possible et voyez que c'est l'objet qui vous perçoit. Concevez que par une sorte de jeu de dupes, vous pensiez être l'unique entité consciente mais que en fait, ce sur quoi se porte votre attention a décidé, bien avant vous, d'attirer votre attention en orientant sa conscience vivante vers vous, ici et maintenant. Un peu comme si chaque objet, chaque pensée, chaque sensation, chaque chose perçue par l'intermédiaire d'un des 6 sens ( le 6eme sens étant l'intellection, permettant de percevoir les images mentales, les pensées) était doté d'un pouvoir magique. Comme si tout ce que vous perceviez vous percevait et communiait avec vous en conscience.


Si vous continuez cette expérience un certain temps, quelque chose d'assez étonnant voire d'émerveillant risque bien de se produire. Le monde acquiert soudain une sorte d'intensité magique et vous vous éveillez à une sorte de réalité bien différente de celle que vous expérimentiez avant de commencer le Jeu. Le filtre du mental séparateur avec ses paires d'opposées a momentanément disparu pour quelques instants de Samadhi où vous faites une expérience non duelle de réenchantement du monde. Cet indéfinissable unité de toute chose, cette joie sans nom qui est partout et nulle part à la fois, que vous ne pouvez comparer avec rien, qui n'est ni dicible ni connaissable comme les objets habituels du monde est ce que vous êtes.

N'essayez surtout pas de comprendre mais savourez cette indicible vérité : conscience est partout, conscience est tout ce qui est.


Pourquoi toutes ces images sans tête et ces doigts qui pointent au milieu des photos vers le regard du spectateur ? Pour illustrer ce qui se passe lorsque vous jouez à ce Jeu. Pour illustrer ce que par distraction nous oublions de voir. Chaque chose perçue - ici les objets visuels - mais c'est valable pour tous les objets de la perception, pointent réellement comme ce doigt vers Vous, le Sujet de l'expérience et vous révèle en tant que Présence consciente par la même occasion.

Nous retrouvons ici les exercices géniaux de la Vision Sans Tête de Douglas Harding. Ce que vous découvrez, si vous laissez tomber pour quelques instants toutes vos croyances pour faire une expérience directe, lorsque vous pointez votre attention visuelle vers un objet puis, vers l'origine de ce qui perçoit, est qu'il n'y a pas de tête qui perçoit ! Voyez que, dans l'instant présent, sans faire référence à votre mémoire et à vos prétendus savoirs, vous percevez les objets à partir d'une vacuité consciente et mystérieuse au-dessus de vos épaules, d'une ouverture immense et transparente dans laquelle le monde des formes et des couleurs apparaissent. Le doigt pointant vers le spectateur sur certaines photos rend cette prise de conscience encore plus évidente.

Dans l'éveil tout est conscience. Il n'y a plus sujet ni objet. Tout est Un. L'univers et la conscience individuelle viennent de la même source mystérieuse.

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