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Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

mardi 8 juillet 2014

                            La perspective non duelle
                                                                                                       Qu'est ce que la perspective non duelle ? (question d'un ami en recherche)


Ce n'est pas une religion, ni une science, ni même l'élaboration d'un nouveau système de croyances.
La perspective non duelle invite à poser un regard ouvert et sans personne sur tout ce qui se présente.
Comme notre regard est voilé (en apparence de façon permanente) par des filtres dont nous n'avons même pas conscience, la perspective non duelle invite à quitter le vu (la mémoire) pour voir vraiment. Nous ne savons plus voir. Notre regard est encombré d'images et d'imaginaires puissants qui semblent nous empêcher de voir la réalité telle qu'elle est. Constatons-le ! Ce simple constat ne suffit-il pas à allumer la mèche du fil d'Ariane ?

Nous voyons l'environnement et les autres au travers de lentilles qui colorent le monde en fonction de notre saisie égotique. Et nous confondons le monde avec ces lentilles, qui elles, nous demeurent invisibles. En quelque sorte nous prenons des vessies pour des lanternes et vivons dans un monde d'illusions comme le personnage du rêve qui est prisonnier du rêve. La perspective non duelle ne propose pas d'améliorer le rêve du personnage mais de s'éveiller définitivement du rêve en pointant vers le fait que tout ceci n'est qu'un rêve. La perspective non duelle ne se propose pas d'améliorer la vie du prisonnier mais de lui montrer que les barreaux de la prison sont en lui. C'est une invitation à voir de façon directe que son propre corps, le moi, la prison, le dehors et le dedans, les autres, le monde, tout l'univers et Dieu même, apparaissent sous forme de perceptions au sein de la Présence consciente, ici et maintenant et que cet Espace conscient est toujours antérieur à toute formulation.

 Et, ce dont je parle n'est pas une fable. L'homme emprisonné à vie, J.C Amberchele, raconte dans son livre "La lumière que je suis" (Éditions Almora) que la perspective non duelle lui fait voir sa prison avec un espace de liberté permanent, l'espace d'où part la vision, au-dessus de ses épaules toujours vacant et éveillé. Ainsi, sa prison n'a toujours que 3 murs, le quatrième étant pure ouverture, présence consciente, liberté absolue. Voyez-le maintenant en lisant ses lignes. Constatez pour vous-même si la vision de l'écran et de ces mots ne se fait pas en ce moment même à partir de l'espace ouvert où, en imagination vous placez habituellement une tête ?


L'invitation non duelle est donc dans un premier temps de découvrir à quel point nous sommes prisonniers d'une vision erronée de la vie et du monde, à quel point nous sommes piégés par notre conditionnement. Et cette découverte ne se fait pas par la pensée discursive et le raisonnement du mental linéaire, nécessaire aux scientifiques et aux philosophes mais par une sorte de saisie immédiate que l'on pourrait appeler reconnaissance, réalisation ou vision.


 Ainsi, la perspective non duelle exige une révolution totale du regard. C'est une invitation à retourner à 180° l'attention vers la source même de l'attention. Or par distraction, nous sommes sans cesse attirés vers les objets et les expériences qui peuvent être connus par le mental. C'est le fonctionnement de l'attention ordinaire. L'attention semble coller aux choses perçues et semble passer constamment d'un objet à une pensée, d'une sensation à une pensée puis à une autre pensée dans une ronde aux allures infernales qui donnent le vertige. Et cet apparent manège qui donne le tournis crée l'impression que la pensée est une trame continue et la substance de notre être véritable. La conversion du regard vers ce qui en nous perçoit, permet de découvrir que ce que je suis vraiment vraiment n'est ni une chose, ni une pensée et que les pensées et les sensations ne sont que des apparitions passagères au sein de la présence consciente que je suis.


La perspective non duelle révolutionne complètement la façon dont l'humain se définit et se représente, et ce, quels que soient ses systèmes de croyances auxquelles il adhère. La perspective non duelle remet totalement en question les croyances et les certitudes les mieux ancrées dans la conscience collective. Cette perspective propose de n'accepter aucun axiome de départ sans le remettre aussitôt en question de façon directe et systématique. Elle invite à explorer avec une totale liberté le fonctionnement même de l'acte de croire, et pousse l'exploration jusqu'à son comble pour découvrir que les humains partagent à "l'insu de leur plein gré" un mensonge gros comme une maison. La perspective non duelle met à jour l'illusion la plus répandue au sein de l'humanité : l'idée qu'il y ait un individu séparé, une personne, un moi, un penseur des pensées qui serait également l'auteur de ses actes et doté d'un libre arbitre. La perspective non duelle n'est pas une prescription de ce qu'il faudrait faire ou croire. Elle ne s'occupe pas des tables de lois et ne liste pas un programme de développement personnel en 10 étapes. Cette perspective se présente comme une pure description de ce qui est. Cette description simple et systématique de ce qui apparait à notre conscience présente - à laquelle 99,99% des humains ne se livrent presque jamais - suffit parfois à dissoudre notre état d'hypnose et notre identification à la souffrance.


 La perspective non duelle propose donc un déconditionnement du regard par une exploration directe au cœur de l'instant, dans l'ici et maintenant, sans faire référence au savoir intellectuel qui appartient à la pensée et donc à la mémoire et au passé. Elle invite à une désidentification directe et radicale mais qui du point de vue de l'apparent personnage peut sembler progressive, les différents niveaux de réalité et les notions telles que moi, espace, temps, passé, futur, monde, libre arbitre, responsabilité personnelle, souffrance et bien d'autres auxquels nous nous identifions habituellement par automatisme, par peur, ou par oubli de ce que nous sommes vraiment vraiment.


Nous découvrons alors que nous ne sommes pas ce pour quoi nous prenons et que le corps et le moi auxquels nous nous identifions si facilement nous apparaissent en réalité sous forme de simples perceptions qui n'ont aucune réalité en soi. Et au cours d'une exploration sincère et méthodique, il apparaît très vite que je ne suis pas ce que je perçois, que je ne puis être ni une image, ni une sensation, ni une pensée, ni une émotion. Au travers de l'einvestigation, je découvre alors que les sensations et les pensées vont et viennent mais que quelque chose qui n'est pas quelque chose et qui perçoit tout cela ne change pas. Je découvre une Présence qui est toujours la même, que je ne puis nommer sans être sacrilège. Je réalise une présence consciente en laquelle toutes les perceptions apparaissent et disparaissent et que cette présence consciente est ce que  "Je suis", ce "Je suis"qui est.


Nous découvrons que par habitude et abus de langage nous troquons cent fois, mille fois par jour notre identité véritable, le "je suis", pour une multitude d'identités fragmentaires : je suis humain, je suis moi, je suis un homme, je suis une femme, je suis malade, je suis triste, je suis lâche, je suis courageux, je suis grand, je suis petit, je suis élève, je suis professeur, je suis nul, je suis formidable, je suis laïque, je suis de gauche, je suis religieux, je suis scientifique, je suis dubitatif, je suis soupe au lait, je suis honnête, je suis un père, je suis un mari, je suis responsable, je suis coupable, je suis innocent, je suis sérieux... Et comme nous croyons réellement à toutes ces identités, à ces traits de caractère, à ces désirs et ces peurs, nous finissons par nous prendre pour elles et nous perdre en elles.

Ainsi, même si ce sont des illusions d'optique et des conventions de langage nécessaires pour notre survie en société, même si ce ne sont que de simples croyances, ce sont tout de même des croyances erronées en tant qu'elles ne sont qu'un fragment de la totalité. Et bien qu'elles soient virtuelles, elles n'en ont pas moins des effets réels dans nos vies et surtout, elles sont à l'origine de toute la souffrance de l'humanité et de la plupart des conflits dans le monde. Car, à chaque fois que nous prêtons foi à une de ces identités, nous nous coupons de notre source véritable et nous nous éloignons de ce que nous sommes vraiment. La source de toute la souffrance humaine vient justement de cette impression de séparation qui se manifeste ensuite comme un manque impossible à combler.

Ça vaut donc vraiment le coup d'aller explorer tout ceci. C'est même une question de vie ou de mort.


 Tant que ce que nous sommes vraiment n'a pas été réalisé, nos vies se déroulent toutes sur un même mode où nous tentons désespéremment de combler ce manque qui n'a certes aucune réalité sur le plan absolu mais, qui du fait de la distorsion de notre regard, est ressenti comme réel. Nous nous condamnons alors - comme les Danaïdes - à la tâche impossible de remplir le tonneau d'un ego vorace et vampire, à jamais insatiable. Nous tentons de combler l'impression de manque en nous efforçant d'atteindre un certain nombre de buts qui sont censés réhabiliter l'image de soi en allant du plus grossier - les possessions matérielles, l'argent, la notoriété, la carrière - jusqu'au plus subtil, pour étayer notre ego spirituel avec des histoires soutenant notre très grande humilité et notre engagement sur la voie, en passant par l'accumulation d'expériences aussi diverses que celles ravivant l'ego par l'intensité artistique, sexuelle, sensorielle, professionnelle, sportive, mondaine, criminelle, humanitaire, imaginaire etc….


Comme nous croyons ne pas avoir accès à la source de l'attention pure, que nous sommes pourtant, ce "je suis" qui semble s'être oublié dans les innombrables fragments de l'expérience, nous cherchons à satisfaire notre besoin d'attention en la recherchant à l'extérieur, au travers de nos actes et de diverses réalisations. Nous vivons alors au travers du regard et du jugement des autres.

 Si nous ne pouvons satisfaire notre besoin d'attention ni par le biais de nos réalisations ou de nos actes, ni au travers du regard des autres, nous allons l'imaginer. Nous nous mettons alors à réaliser des  scénarios délirants à propos de l'attention que nous recevrions si nous réalisions telle ou telle chose. Nous ruminons l'incompréhension du monde devant l'être exceptionnel et incompris que nous sommes.

Et si cela ne suffit pas pour nous nourrir de l'attention nécessaire, nous finissons par l'exiger des autres au travers de comportements pervers ou anti sociaux voire criminels.


La perspective non duelle ne juge pas et ne compare pas, elle démonte saans chichis nos décors de Potempkine, elle désosse nos prétendus savoirs qui s'enracinent tous dans le fond sans fond du mystère, elle observe avec neutralité bienveillante ce qui est et dévoile en douceur tous les Deus ex Machina et les mécanismes de l'ego. Elle soulève le voile de Maïa.


La perspective non duelle est ce que nous sommes quand nous arrêtons de faire semblant, quand nous cessons de faire comme si nous étions l'auteur de nos pensées et de nos actes, quand nous reconnaissons que l'idée d'avoir le choix et d'être une entité responsable sont juste des pensées apparaissant au sein de la conscience.


La perspective non duelle est la perspective sans personne de séparé, sans le regard conditionné de celui qui cherche à obtenir ou à protéger quelque chose. La perspective non duelle n'a aucune stratégie et ne veut rien pour elle-même. Elle est pure ouverture, pur miroir, pur regard. Elle est présence consciente, auto connaissante et auto lumineuse. Elle est ce que nous sommes depuis toujours.


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