Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

mardi 30 septembre 2014

         Lettre à un(e) inconnu(e) reconnu(e)



Notre nature essentielle est ce "je ne sais pas" ouvert, conscient d'être conscient et infini. Le Témoin s'éveille à sa nature de Témoin spontanément. C'est constaté mais personne ne le constate. La compréhension intellectuelle des concepts n'est pas forcément nécessaire. Tout moment est propice pour réaliser sa vraie nature. Et le passage de l'état de sommeil profond à celui de l'état de veille est un espace temps tout à fait particulier, une porte toujours ouverte sur l'éveil de notre nature essentielle.

Profite lecteur, profite bien au réveil, le matin, de ces quelques secondes précieuses où, l'écran de l'ordinateur vient juste d'être allumé mais, que les icônes des divers logiciels ne sont pas encore affichées et que le système de mémoire tampon pas tout à fait complètement opérationnel. Il y a ce très court instant où tu es comme un nouveau né, où tu ne sais pas encore qui tu es ni ce que tu es. Peut-être ne sais-tu même pas encore que tu es ? 
Ce sont des secondes sans prix où l'Être sans définition, le "Je Suis" n'est pas encore identifié à ceci ou cela et notamment au prénom et à toute ton histoire personnelle. La croyance d'être un individu séparé ne voile pas encore cet inconnu reconnu que tu te sens être du plus profond de ton être. Ce sont de brefs instants très précieux où l'être ne s'est pas encore fixé dans les souvenirs du passé récent ou lointain ni dans les tâches à accomplir de la journée à venir, un temps hors du temps où l'espace conscient n'est pas encore voilé par les arborescences de la mémoire, où le regard est encore désencombré du filtre de la saisie égotique avec ses attractions et ses répulsions.
Pourtant, il se peut qu'il y ait des perceptions sonores, visuelles, olfactives ou autres, simplement il n'y a encore personne pour se les approprier. 
Cet état naturel est omniprésent. La bonne nouvelle c'est que tu peux le retrouver à chaque instant justement parce que c'est ton état naturel que tu es en permanence et que tu n'as jamais quitté.
Pour te reconnecter à cet état sans personne, il te suffit de faire STOP et de fermer les yeux et te rendre compte qu'il y a plein de perceptions présentes et de constater qu'en dehors de ta mémoire, tu n'as nulle latitude pour les nommer ou les approprier, les étiqueter ou les situer. Tout cela apparaît au sein d'un ici et maintenant sans forme. Il y a juste perception et présence consciente.


Sentir cette plénitude simple d'être qui a toujours été là et que nous n'avons jamais quitté, sauf en imagination. Sentir cette félicité débordante et non dépendante. Sentir la vibration douce et intense de la présence consciente d'être consciente d'elle-même et goûtez, savourez. C'est un point d'orgue hors du temps et de la pensée, le lieu sans lieu, indéfini et indéfinissable, ce chez soi sans adresse, à la fois nulle part et partout, du pur étonnement et de l'émerveillement d'être. C'est en ce tout premier jaillissement de la source, juste avant que ne soit conscientisée la notion même d'être situé quelque part en particulier, que la grâce d'être peut se déployer librement dans l'esprit qui encore vacant et qui en quelque sorte se baigne en lui-même. Un esprit vide est un esprit heureux. Sentir cette Joie non dépendante de l'attention pure non encore objectivée, non encore tendue vers un désir, une peur ou une mémoire. Sentir la joie de l'attention sans personne, dénuée d'intentionnalité, sans visée particulière, sensible mais sans cible, ouverture sans blessure. Sentir cette qualité d'attention qui ne s'est pas encore focalisée sur une forme, une attention libre et extraordinairement vivante car sans cause et sans but.


Puis, laissez le corps-mental doucement apparaître et prendre ses marques au sein de cet Espace infini et conscient, laissez la carte mémoire devenir opérationnelle et l'individu un tel, l'acteur de la pièce de théâtre entrer en scène. Mais sans oublier votre véritable nature, conscient que tout ceci n'est qu'un spectacle, un rêve dont le personnage lui-même n'est que le personnage rêvé d'un rêve, emboité dans un autre rêve, sans substance propre mais dont ce que vous êtes au plus profond de vous est le Rêveur suprême, tel Vishnou couché sur le serpent à mille têtes, Ananta (l'infini) dans la mer des origines et rêvant le monde.



Désormais le regard derrière le regard, inaltérable et complètement inaffecté par ce qu'il contemple depuis toute éternité, apprécie avec une totale équanimité et bienveillance les différents masques des personnages sur scène, les situations, le drame apparent, et tout le déroulement de la pièce depuis l'arrière plan des coulisses.



Cet Espace vacant et conscient est ce que Je suis vraiment vraiment, ma nature essentielle. Espace que je n'ai jamais cessé d'être même lorsque je prétends le contraire ou ne pas faire mine de m'y intéresser. C'est dans cet espace qu'apparaissent et se dissolvent, le corps, les pensées et le monde c'est à dire toutes nos perceptions. C'est au sein de cet Espace sans nom et sans forme qu'apparaissent la pensée "'moi" et toutes les images qui y ont été associées au cours de la vie. Cet ensemble d'images et de croyances avec de l'énergie de croyance autour génère cette puissante mais néanmoins fausse impression d'être un moi séparé, doté de libre arbitre, auteur des pensées et des choix, un objet, un quelqu'un, une personne imaginaire. Tout cela apparait dans cet Espace et nous découvrons avec stupeur que sommes cet Espace impersonnel. C'est un Espace d'amour inconditionnel, qui dit toujours Oui à tout ce qui apparaît en Lui.



C'est cet Espace qui se révèle lorsque l'attention visuelle par exemple se tourne à 180 degrés vers sa propre source et que nous découvrons qu'à l'endroit où nous placions par habitude et en imagination une tête, il n'y a en réalité qu'un immense espace ouvert. Constate en ce moment ta propre absence de tête, comme sur ces deux dernières photos. Et vois que c'est toujours un Espace vacant et conscient qui accueille en permanence les formes et les couleurs. Et il en va ainsi pour toutes les perceptions. 


Entendre entend, Voir voit et Ressentir ressent. Il n'y a jamais eu personne qui voie, entende et ressente. L'idée d'une personne qui entend, voit et ressent est une perception, une construction imaginaire et grammaticale postérieure et surimposée à l'Espace du Témoin Ultime mais dénuée de fondement réel. Car à l'examen, et dans l'exploration directe, il s'avère que ce prétendu quelqu'un qui voit est lui-même une perception apparaissant et disparaissant au sein de cet Espace vacant et conscient. Constate-le ! Maintenant ! Et l'injonction s'adresse non pas à la personne imaginaire qui n'est qu'une pensée mais au regard déjà ouvert, sans préférence et sans intention, derrière les yeux et qui ne refuse jamais ce qui est perçu. Ce simple constat est l'essence de l'éveil spirituel. Et le matin le passage du sommeil profond à l'état d'éveil est un instant particulièrement propice pour réaliser sa véritable nature de Bouddha. Mais maintenant est un instant encore plus propice. Car chaque instant est frais comme le premier matin du monde.



Et ça change quoi de voir le monde à partir de cet Espace ? Rien et tout à la fois. Car dans cette perspective non-duelle rien de ce qui apparait n'est refusé ou peut être préféré. L'Espace n'a pas de préférence pour telle perception ou telle expérience. Rien n'est séparé, tout apparaît et disparaît en vous et a déjà, en quelque sorte, été accepté. Dans cet Espace ouvert, il est su que l'Espace est la vie même et qu'il en a toujours été ainsi. Je suis l'Espace. Tu es l'Espace. Nous sommes ce même Espace impersonnel et d'amour inconditionnel. Je suis la vie. Tu es la Vie. Nous sommes la Vie. La souffrance psychologique se volatilise dans ce Voir sans personne. L'apparition de la souffrance psychologique correspond exactement au moment précis où, dans ce regard libre et ouvert, une énergie de croyance commence à prêter foi à l'idée que c'est un individu séparé qui voit. Alors, si la souffrance psychologique réapparaît dans ta vie, c'est qu'un Cygne majestueux flottant sur le lac miroir de la Conscience vient te dire que tu prétends à nouveau te limiter à une entité séparée du monde et des autres.  Un simple oubli. Un oubli par goût du jeu ? Un jeu spontané et innocent surgi du "je ne sais pas" par l'amour du jeu ? Sait-on pourquoi on oublie ? Le pourquoi du pourquoi toujours s'enracine dans un "je ne sais pas joyeux" et joueur.
 
Toute souffrance est toujours comme une douce flottaison majestueuse d'un Cygne messager d'une bonne nouvelle : tu n'es pas une entité limitée et séparée mais l'Espace éternel de conscience en lequel cette entité séparée naît, existe un temps puis se meurt.

Accueille avec joie tous ces Cygnes. Amor Fati.

Souviens-t-en ! Toi qui sais que Je sais que Tu sais.

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