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Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

jeudi 16 octobre 2014

 Le pacte Faustien : 
L'oubli de notre véritable nature


Prêter foi à la pensée "je suis un moi séparé du monde extérieur, doté de volonté personnelle qui prend ses propres décisions, et choisit librement ses pensées et ses actes" donne un sentiment de très grande puissance et permet d'entrer dans un rêve commun à presque tous les êtres humains, de partager le même rêve. Ce faux sentiment de puissance est certainement une des raisons pour lesquelles si peu d'humains sont désireux d'explorer ce qu'ils sont réellement et généralement si récalcitrants à remettre en question les fondements de la croyance racine d'être une identité séparée.
Ce faux sentiment de puissance naît de ce pacte faustien que chacun d'entre nous avons fait à l'insu de notre plein gré et, que nous perpétuons d'instant en instant en continuant à s'y conformer sans le remettre en question. Nous avons tous vendu notre âme - notre être infini - en nous identifiant à une petite entité séparée. Le véritable Méphisto est l'énergie de croyance autour de la pensée d'un moi séparé et l'oubli de l'Être. 

Depuis que l'identification a été consommée et que l'oubli de notre nature véritable est devenu effectif, nous avons constamment été soumis à la peur de tout ce dont nous nous sommes cru séparés, passant notre vie à fortifier nos défenses et à nous préparer à l'attaque.
L'être humain se projette ainsi très tôt en démiurge, rivalisant avec les Dieux pour la maîtrise de ce qu'il croît être "sa" destinée. Le personnage se met alors à vouloir tout contrôler par l'intermédiaire de toutes toutes sortes d'actes magiques (prières, mantras, demandes, pensées d'espoir), savoirs ou outils de connaissance la météo, les cataclysmes, les maladies, la mort, la naissance, le bien être, le savoir, une belle trajectoire de vie, la réussite professionnelle, amoureuse, spirituelle. Tout cela est très bien et ne constitue pas en soi un problème. Le drame apparent est bien celui de la croyance que je suis au contrôle de ma vie et la croyance que ce qui arrive m'arrive à moi. Croire être une entité séparée signifie déterrer la hache de guerre, c'est initier une guerre sans fin.


Puis, lorsqu'on y regarde de plus près, lorsque la vie nous amène à explorer de façon directe ce à partir de quoi on semble faire des choix, on découvre que même croquer une pomme n'est pas la résultante d'un choix personnel. Lorsque la croyance en un libre arbitre est explorée, il est vu que l'organisme corps-mental est totalement conditionné par des milliards de facteurs biologiques, environnementaux, d'éducation, et d'expériences à chaque seconde depuis tant d'années. Il est vu que l'organisme corps-mental fonctionne comme un ordinateur, ni plus ni moins. La donnée entrante (input) est soit une perception ou une pensée. L'être humain n'a aucun contrôle sur cette perception ou cette pensée et la réaction à cet input, la pensée suivante ou l'acte qui est la résultante de cet input, dépend également complètement de la programmation de l'organisme corps-mental. Où donc se trouve le soi disant libre arbitre ? Il n'y a clairement pas de liberté de choix et donc ni autorité, ni contrôle, ni pouvoir indépendants et autonomes. Il n'y a aucune liberté individuelle.
Ni Ève ni personne ne possèdent donc de responsabilité individuelle. Les choses arrivent spontanément mais elles n'arrivent à personne. Les choses arrivent c'est tout, sans personne qui soit au contrôle. La pomme est croquée, certes, un organisme corps mental croque une pomme, mais personne n'a décidé de la croquer en amont des pensées et des sensations. Il n'y a donc plus de place pour la culpabilité, la honte et cette terrible croyance, renforcée par les religions qu'est le sentiment d'indignité : "Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri »" dite avant la communion.


L'identification est apparue un jour, lorsque j'ai fini par croire (soulagement extrême et fierté des parents...) que cet objet que maman désignait sans cesse du prénom de Dan en regardant avec insistance en direction de l'espace ouvert au-dessus de mes épaules était moi. Il a été vu que si je jouais le jeu de me prendre pour Dan et accepter de m'identifier à ce prénom et à ce visage dans le miroir là-bas, je gagnais une sensation extraordinaire de pouvoir et un semblant de reconnaissance de la part des autres. Je devenais en quelque sorte le centre d'un monde nouveau et en moi naissait un grand sentiment de puissance qui me procurait un immense plaisir. Un plaisir mêlé de tensions certes mais un plaisir tout de même. Et lorsque inévitablement, la souffrance, le corollaire du plaisir se manifestait en ma petite vie, au lieu d'en voir la véritable cause, à savoir l'identification au personnage séparé, je me lançais de plus belle dans la conquête de nouveaux plaisirs et dans une lutte fratricide avec la vie (dont je me sentais de plus en plus séparé) pour la soumettre à mes désirs sans fin et tenter en vain d'en éradiquer toute souffrance. Par une sorte de fascination pour ces jeux de pouvoir, comme un toxicomane réclamant sa dose, comme un adolescent camé par les jeux vidéos, j'ai peu à peu oublié ma nature essentielle et le fait même que ce tout ceci n'avait été qu'un pacte momentané pour faire plaisir à maman et obtenir sa reconnaissance et son amour. Un pacte de soumission pour entrer dans la tribu des humains. J'ai alors commencé à croire en la liberté de choix de ce moi imbu de puissance. La vie est devenue sérieuse, très sérieuse. Il fallait réussir sa vie et donc risquer de la rater. Je pouvais désormais blesser les autres ou être blessé par eux, être jugé par eux et les juger, leur faire du bien et recevoir des blâmes ou des éloges de leur part. J'ai très vide cédé ma véritable liberté, "je suis", à D A N, trois lettres, un son, un objet sonore ou visuel (image) perçu. Dan, un mot sans vie, associé à une foultitude d'images et de sensations, de pensées crues et d'expériences qui ont commencé à prendre un semblant de vie dans mon imaginaire. Le cycle infernal des peurs et des désirs, de la culpabilité et de la flatterie, le cycle qui fonde les jeux de pouvoir des sociétés humaines avait déjà commencé à faire son œuvre en moi et je ne vivais désormais qu'à partir de l'image de moi-même. J'étais devenu un objet de perception, une simple image, une pensée sans vie. Je ne voyais plus la vie qu'au travers de tout ce cinéma intérieur. Le lien avec la vie se distendait douloureusement sans que j'en comprenne le pourquoi. 


L'éveil marque la fin de l'illusion d'un rêve de puissance en réalité très très inconfortable dont le principal symptôme est la souffrance (les restrictions psycho-corporelles) et son corollaire : le sentiment d'incomplétude. 

L'éveil est un chemin sans chemin qui nous laisse à la trace du désert comme nous dit Maître Eckhart. 

L'éveil ne surgit que lorsque le mental a abdiqué toute volonté et notamment celle de savoir quoi que ce soit. L'éveil est l'humilité du simple constat sans personne : "je ne possède rien, je ne veux rien, je ne sais rien, je ne suis rien" (cf. le merveilleux "Sermon des pauvres en esprit"de Maiîre Eckhart). 
L'émerveillement est omniprésent, en amont, en aval et en arrière plan constant de ce "je(u)" de cache cache avec soi-même qu'on appelle communément la recherche spirituelle et où c'est en réalité un  autre que l'on cherche, une idole chimérique, une icône, un faux soi-même.


L'éveil surgit lorsqu'il est vu que la recherche spirituelle est elle-même un cercle vicieux, une hypnose provisoire. On arrête alors de se chercher dans le labyrinthe d'un imaginaire sans vie.  
Le labyrinthe se dissout dès qu'il est vu pour ce qu'il est : une simple croyance, une projection mentale sur l'écran du Soi avec de l'énergie de croyance autour. Il est vu que tout commence et finit maintenant, dans l'espace ouvert sans personne.

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