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Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

mercredi 1 octobre 2014

               L'illusion de séparation amoureuse


Lors d'une séparation amoureuse ou amicale, lors du départ définitif d'un ami ou d'un parent, le sentiment d'abandon et de souffrance résonne exactement en fonction du crédit accordé à la croyance d'être un moi séparé. Plus la pensée d'être un moi séparé, auteur de ses pensées, doté de libre arbitre et posant des actes est cru, plus l'apparente séparation effective d'une personne, d'une situation, d'un espace, d'un animal, d'un objet ou d'une pensée entre en résonance et ravive la douleur initiée par la croyance transparente d'être séparé.
La croyance d'être une entité pensante et agissante est une croyance transparente ce qui signifie que vous percevez et agissez à travers elle sans vous en rendre compte. Les croyances transparentes sont toujours des auto-sabotages adoptés à un moment d'oubli de ce que nous sommes vraiment pour une stratégie de survie momentanée, pour être accepté par les autres et rentrer dans la tribu. Une croyance transparente est toujours cachée sous le désir d'avoir raison et de ce fait la "dé-couvrir" demande un certain degré de vulnérabilité. Lorsque la croyance transparente "moi est une entité séparée" est vue pour ce qu'elle est, un concept erroné, l'énergie de croyance quitte la pensée "je", "moi", "mien", on arrête de s'approprier ce qui arrive et un changement radical s'opère. La vie s'accomplit alors au travers du corps mental avec moins de résistance, plus de simplicité, plus de vigilance et de sensibilité. Lorsque la fausseté de cette croyance de séparation est vue, l'impression d'être séparé de soi, de l'autre ou du monde s'effondre. Le Je véritable, le Je de l'Être, le Suis de "Je suis" se reconnait lui-même et s'ensuit une danse amoureuse de la Vie avec la Vie. Tout apparait en soi et il est vu qu'il en a toujours été ainsi. Du coup les émotions apparaissent en moi et peuvent se déployer librement dans l'espace conscient que je suis. Ainsi la tristesse n'est plus triste et la douleur n'est plus douloureuse car il n'y a plus la pensée crue d'un moi qui semble collée à la tristesse. La tristesse apparait, se déploie un temps et disparait en en la Présence consciente que "Je suis".


Concrètement comment cela se vit-il lors d'une séparation amoureuse ?

Il y a constat. Constat que chacun a fait ce qu'il a pu. Constat qu'il n'y a jamais eu personne pour agir et que c'est la vie qui a agi au travers des deux organismes d'un élan global et totalement incompréhensible et mystérieux pour le mental.

Il y a une beauté incroyable dans ce simple constat. 

J'ai fait ce que j'ai pu. Elle a fait ce qu'elle a pu. Parce que tout chacun a pensé et fait a toujours été conditionné par l'univers tout entier. Il n'y a nulle volonté personnelle. Ainsi il n'y a pas de place pour ce jeu du victime et du bourreau qu'affectionnent particulièrement la plupart des êtres. Il n'y a pas de place pour l'accusation ou la victimisation. Car il y a constat que chacun a été et est complètement impuissant à réaliser quelque chose de manière séparé de l'environnement, du passé, de la chimie du corps etc...

Nous n'avons pas fait ce que nous voulions car personne n'a jamais voulu quelque chose pour lui-même. Les pensées sont arrivées, le corps a résonné avec telle ou telle expérience ou non, cet organisme-ci a accompli tel ou tel geste, mais il n'y a pas d'auteur, pas d'agissant. Chaque pensée, chaque caresse, chaque mot d'amour ou insulte, chaque colère et chaque geste sont le résultat d'une infinité de conditionnements comme la vague qui arrive sur le rivage y parvient avec l'énergie de tout l'océan. Chacune de nos pensées est le résultat de millions d'années d'évolution du cerveau et humain, de nos gênes, de notre histoire familiale proche et lointaine, de notre éducation, de nos rencontres amicales et amoureuses, de la vibration des formes et des couleurs qui nous environnent, de notre sensibilité, de la qualité de notre sommeil, des films que l'on a vus, des livres que l'on a lus, des rivières dans lesquelles on s'est baigné, des chants d'oiseaux qu'on a entendus, des postures de yoga qu'on a réalisées, des heures de méditation effectuées, de la météo du moment, des maladies qu'on a eues, de ce que l'on a mangé depuis des années et depuis hier soir, de notre biotype, de la combinaison précise à chaque seconde des 20 milliards de bactéries qui composent dans nos intestins ce qu'on appelle désormais notre second cerveau, le cerveau émotionnel. On pourrait poursuivre ainsi à l'infini la liste des facteurs qui conditionnent chacune de nos pensées et chacun de nos actes à tout instant de notre vie. Réalisez donc que l'idée d'un libre arbitre, d'une entité indépendante qui a le choix de penser ceci ou cela ou d'agir comme-ci ou comme-ça est pure folie, pure mégalomanie.
Les pensées arrivent, les choix se posent. C'est la vie qui les pose spontanément. De même, les actes se font et ainsi le corps se meut de telle ou telle façon poussé par l'énergie combinée de tout l'univers.
L'idée d'être l'auteur de nos actes ou de s'approprier les évènements qui arrivent à ce corps mental n'est qu'une pensée crue, une croyance fausse. Il n'y jamais eu que la puissance de la vie qui a soufflé à travers nous.


Peut-être y a-t-il, ou y a-t-il eu dans ce qu'on appelle "votre relation" de "part et d'autre" une apparence de zestes d'arrogance et des gestes sans présence, un trop plein de mots ou des silences sans silence, de gros ou de menus mensonges, des je t'aime forcés, une violence souterraine charriée par des espoirs démesurés, des non-dits transparents ou apparents, de l'idéalisation à outrance et l'envers de sa pièce, la diabolisation, des projections à n'en pas finir pour réduire l'autre à une simple image, une image bien vite écornée par la réalité impitoyable. Sans doute y a-t-il eu un apparent cortège de compromissions sirupeuses et des réconciliations peureuses, la peur de perdre et la peur de se perdre. Peut-être y a-t-il eu cela, ou d'autres choses ?


Toujours est-il qu'à chaque instant de notre vie il est possible de voir tout cela depuis l'Espace ouvert qui n'a nulle préférence et qui n'est jamais blessé par ce qui en lui se manifeste.

Si vous osez regarder depuis la perspective non duelle, il est vu que c'est l'idée même d'un autre avec qui je suis en relation qui crée l'illusion de la séparation et sème déjà les graines de la souffrance. Dans la perspective absolue, l'idée d'un sujet et d'un objet tombe. C'est seulement lorsque l'on retrouve la "relation" avec sa véritable nature, qu'une "relation réelle" (amoureuse ou amicale) devient vraiment possible avec l'autre. Mais dire "retrouver sa relation avec soi-même" est encore une façon maladroite de l'exprimer, car l'idée même de relation présuppose un sujet et un objet, alors qu'en réalité il n'y a qu'une apparence de sujet et d'objet et il n'y a jamais eu que Conscience. Conscience est tout ce qui est. On comprend que rien n'existe en dehors de nous, que tout ce qui est perçu apparait et disparait dans la Présence Silencieuse, que tout est relié et connecté.

Il y a alors reconnaissance que personne, ni ici, ni là-bas n'a eu le pouvoir de faire plus ou moins que ce que chacun a fait. Il y a constat de l'absence d'une personne aux commandes ici ou là-bas, il y a un constat fait par personne qu'il n'y a jamais eu personne pour faire quoi que ce soit. Que tout est arrivé spontanément. Et que tout ce qui est arrivé n'est en réalité arrivé à personne et qu'il n'y a pas d'auteur individuel qui préside à ces expériences. Il est vu que rien, ni personne n'a jamais pu nous blesser. Que nous n'avons que pu être blessé par nos propres croyances, nos propres projections. Et ainsi qu'il n'y a pas de responsabilité ni de culpabilité, ni de honte ni de manque, ni cet universel sentiment d'abandon qui nous a tous atteint un jour ou l'autre. La perspective non duelle fait tomber l'idée que j'ai une vie à moi, que je suis l'individu que je crois être. Je suis la vie, nous sommes la vie. Cette révélation dissout instantanément toute idée de réussite ou d'échec dans la relation ou dans le processus de séparation amoureuse.


Ce constat n'exclut pas une douleur momentanée du corps lié à la séparation. Ce constat n'exclut pas la résurgence d'émotions liées à la séparation physique. Cette souffrance peut durer un certain temps, mais ne dure qu'un temps, le temps nécessaire pour que les diverses sensations soient pleinement ressenties et reconnues dans l'Espace sans personne. Cette douleur et ces émotions, si elles sont simplement constatées à partir de l'Espace ont alors tout loisir d'exploser, tels de magnifiques feux d'artifice pointant vers la beauté absolue de l'Espace dans lequel ils se déploient.

Ce constat n'exclut pas non plus une compréhension profonde des gestes, des croyances ou des actions accomplis au sein de la relation et vus comme les effets pervers de l'ignorance de notre propre nature. Ce constat sans personne n'exclut nullement le fait de s'excuser auprès de l'autre du manque de visibilité momentané, des excuses de personne pour rien et pour personne, mais des excuses tout de même. Car la Source inclut toute expression et même les excuses. Sourire.

Quel soulagement. Quelle détente. Que d'amour libéré pour célébrer la Vie, pour aimer ce qui est tout ce qui est, y compris cette impuissance totale devant la beauté de la résonance et de la dissonance amoureuse et amicale.

L'illusion de la séparation avec un autre être renvoie à l'illusion racine d'être séparé du Soi, de notre nature véritable que l'on cherche à trouver dans l'autre, dans une expérience ou dans la fausse impression de continuité d'une sensation de bonheur ou de plaisir toujours éphémères et impermanents.


L'Amour véritable est la simple reconnaissance du Soi, la réalisation que ce que je suis, à la racine de mon être ,c'est cet Amour que je prétendais chercher au travers de telle ou telle expérience. Je suis l'Amour même et cela m'est resté longtemps caché par mon attention obsessionnellement attirée vers les expériences. L'Amour que je suis, que vous êtes, que nous sommes est là depuis toujours, comme un secret ouvert qui attend que nous retournions l'attention à 180 degrés vers notre propre source pour danser amoureusement la Vie. L'amour que je suis est d'une infinie patience. L'amour attend que nous nous fondions en lui et que nous cessions de résister à son appel. Ainsi il est vu dans cette danse au cœur du Soi qu'il n'y a jamais eu séparation ni avec l'autre ni avec soi-même mais seulement une fausse impression de séparation, maintenue temporairement par l'énergie de croyance déployée autour de la pensée d'être un individu séparé des autres et cherchant dans l'autre sa propre prétendue incomplétude.

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