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Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

mardi 7 octobre 2014

Qui suis-je ? (Gnothi seautón)

   

 La question "qui suis-je" est certainement la question essentielle, celle que la vie nous chuchote à chaque instant mais que peu d'entre nous entendent vraiment. Au fronton du temple de Delphes, selon Platon (dialogue avec Charmide) figurait déjà cette inscription comme une invitation à l'ultime : "Connais-toi toi-même". Dans certaines traditions postérieures, on dit même que la phrase entière était "Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les Dieux". Il semble donc que la réponse à cette question fournisse également toutes les autres, d'où son importance cruciale.
 Lorsque la question "qui suis-je ?" surgit au sein de notre vie, nous ne sommes pas toujours prêts à y répondre véritablement. Pourtant, sans la connaissance de ce que nous sommes vraiment vraiment, comment être en relation avec le monde de façon juste et harmonieuse ? Sans la connaissance de ce que je suis intimement, comment connaître mes véritables désirs et vivre une vie heureuse. La réponse adéquate à cette question universelle semble apporter la paix et le bonheur alors que le maintien dans l'illusion de ce que nous ne sommes pas, une entité séparée, doté de libre arbitre et posant des actes délibérés, nous emprisonne manifestement dans une ignorance, source de souffrance que nous projetons ensuite dans le monde.



La non connaissance de mon être véritable me contraint dans un premier temps de me contenter de me connaître de façon essentiellement objective. La réponse que la plupart des gens fournissent à la question "qui suis-je ?" est le plus souvent une déclinaison de leur identité apparente, c'est à dire le prénom, les informations liés à la carte d'identité (âge, lieu de naissance qui est considérée de ce point de vue comme l'origine, le sexe, l'adresse), le CV et la biographie (le métier, le parcours de vie professionnel et autre, l'histoire de la personne), éventuellement les possessions matérielles,ainsi que les caractéristiques de cette entité séparée, l'ensemble des préférences et des croyances et que généralement on désigne par le terme "personnalité". 
 Remarquez combien de fois par jour nous disons "je suis":
Je suis malade, je suis en bonne santé, je suis d'accord, je ne suis pas d'accord, je suis danois, je suis français, je suis un homme, je suis une femme, je suis gros, je suis mince, je suis en colère, je suis calme....



Nous accolons sans cesse à "je suis" des "ceci" et des "cela" et, en chemin, il semble que se perde la relation intime avec le je suis qui se fond dans les divers identités.
 Il y a le Dan communiquant de non dualité, le Dan qui fait la fête avec ses amis, le Dan chanteur d'opéra, le Dan sur le terrain de foot et dans les vestiaires, le Dan guérisseur, le Dan dans l'intimité de la relation amoureuse ou le Dan qui s'extasie devant un poème de maître Eckhart, le Dan compositeur ou le Dan cinéphile, le Dan grand frère, l'oncle, le fils, ou le petit fils, le Dan qui est touché par la beauté d'un concerto de Ravel ou le Dan qui danse sur un morceau de rock, le Dan animateur de stages de connaissance de soi, le Dan qui fait les courses, le Dan à 5 ans, à 10 ans, à 20 ans, à 40 ans.... et ainsi de suite.
 Ainsi, nous avons tous une foultitude de personnages, avec des caractéristiques et des comportements très différents, des préférences naturelles pour certaines résonances en termes de goûts et de couleurs, de peaux et de musiques, de touchers et d'odeurs, des langages, des ressentis, des émotions et des vibrations très différentes... 
Remarquez que le mot personnage vient du mot latin persona (du verbe personare, per-sonare : parler à travers) où il désignait le masque que portaient les acteurs de théâtre. Ce masque avait pour fonction à la fois de donner à l'acteur l'apparence du personnage qu'il interprétait, mais aussi de permettre à sa voix de porter loin. 



 Or cette connaissance objective de moi-même me limite à un objet de perception, un moi objectif, un masque, une troisième ou une deuxième personne, celle-là même qui est perçue dans le miroir ou dans les albums photos, dans le regard ou les jugements des autres ou connue par le biais de la perception des images mentales (images ou pensées discursives) qui s'aimantent autour de la croyance d'être un moi séparé. La connaissance objective de mon moi, et des divers persona (masques) que j'endosse peut avoir une certaine valeur relative, en permettant peut-être de prendre soin du corps auquel on s'identifie et de mieux comprendre le psychisme et son histoire, nos peurs et nos besoins. Cela peut certainement faire progresser le personnage vers un relatif mieux-être. Mais ce relatif mieux être est éphémère, instable, bâti sur du vent. Car le moi est un fantôme qui n'existe pas. Il s'évanouit dés qu'on commence à l'explorer et à vouloir le regarder de façon directe. La connaissance objective passe inexorablement à côté de la vérité de ce que je suis vraiment. Tant que la véritable connaissance du Soi n'a pas été éveillée, une forme ou une autre de souffrance est inévitable. 
Je porte toute une série de masques et m'identifie sans cesse à des identités impermanentes, certes.
Mais si j'enlève le masque que se trouve-t-il en dessous ? Quel est ce "je suis" qui s'identifie sans cesse aux ceci et aux cela ? Quelle est ma véritable identité ?


Premier autoportrait du point de vue du sujet de l'histoire de l'humanité par Max Ernst
La perspective non duelle, en inversant la flèche de l'attention à 180 degrés vers sa propre source, invite à un point de vue radicalement différent.
Lorsque la question "qui suis-je" surgit dans votre vie, le secret consiste essentiellement à ne pas fixer l'attention sur une ou plusieurs des réponses de votre mémoire (la réponse "moi" par exemple) mais à demeurer ouvert à la question, jusqu'à ce que la question en se résorbant dans le Silence d'où elle est venue pointe en filigrane vers ce même Silence qui se reconnaît soudain, dans la nudité de l'instant comme seule réponse possible.  



Qui perçoit le masque ? En quoi apparait le moi ? Quel est ce "je suis" en qui les perceptions et les pensées apparaissent et disparaissent ? 
Lorsque l'investigation s'inscrit dans une approche directe et une perspective non duelle, il est alors constaté que tout est constaté sans personne pour constater. Autrement dit, dans une perspective complètement subjective, la question "qui suis-je" fait imploser le faux moi, et aussitôt se révèle je suis qui vis le moment présent. Je me rends alors compte que je suis cette Présence consciente mystérieuse, sans forme et sans nom que j'appelle "je". Le "je" a conscience d'être une présence consciente ce qui me permet de le désigner comme Conscience. Je suis donc Conscience, un témoin sans forme qui constate un ensemble d'évènements et de perceptions que je nomme la vie. Je suis Cela.



Dans cette observation des perceptions où s'incluent les possibles réponses à la question "qui suis-je" il est constaté qu’il y a bien des perceptions mais que le sujet de ces perceptions reste insaisissable, tout comme l’œil ne peut se voir lui-même. Nos perceptions résultent de l’interaction entre les objets, les organes des sens et la conscience correspondante. Le phénomène de la perception est produit par cette interdépendance mais rien de tout ce processus ne peut être isolé ni avoir d’existence en soi : c’est ce qu’on appelle dans la pratique zen, la vacuité d’existence propre.
De même lorsque je vois mon visage dans le miroir il est évident que le visage dans le miroir là-bas est perçu à partir d'un espace ouvert, transparent, conscient, sans âge et sans forme au-dessus de mes épaules maintenant (La vision sans tête de Douglas Harding).



Par quel moyen la Conscience peut-elle se connaître ? Par souvenir d’une béatitude antérieure ? Ou bien par amour du savoir ? St Augstin dit que la conscience (l'âme) se connaît par intuition d’elle-même, c’est-à-dire qu’elle est présente à elle-même au moment où elle cherche à se représenter elle-même. L’âme ne peut pas en effet connaître une partie d’elle-même par une autre partie. Lorsque le faux moi est découvert votre être véritable se révèle par une sorte d'auto reconnaissance. "Je suis-qui-est" est un "Je suis" continuel, auto-connaissant, auto- reconnaissant. Les expériences et les perceptions, les ceci et les cela, les persona changent, naissent, existent un temps puis disparaissent. Le "je suis" sans forme était là avant, pendant et après les perceptions, comme l'écran au cinéma était là avant le début du film, pendant et après la fin du film.



Dans le livre de l’Évangile selon Thomas (Loggion 17.), Jésus dit : Je vous donnerai ce que l’œil n’a pas vu, et ce que l’oreille n’a pas entendu, et ce que la main n’a pas touché, et ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme. Il parle évidemment, mais sans l'objectiver, erreur habituelle que font la plupart des gens et qui est la cause de la souffrance dans le monde, de ce mystérieux "je", de la Conscience impersonnelle, le Témoin Ultime qui fait l'expérience de tout. 

Par l'investigation sincère et ardente du questionnement "qui suis-je" vous brûlez toutes les fausses identités pour arriver au "je ne sais pas" fondamental duquel un savoir non objectif et pourtant indubitable se révèlera : Je suis le Témoin de tout cela.

Ramana Maharshi, un des plus grands maîtres de non dualité en avait fait son mantra et son principal outil d'investigation.






                
 Le danger de la question "qui suis-je" est de suggérer qu'il y aurait encore quelqu'un derrière le petit moi, un "super moi", un Dieu personnage, doté de volonté supra-personnelle. Et dés qu'il y a identification, l'Être véritable se dérobe car il est toujours juste avant et tout est toujours constaté sans personne pour constater. Pour plus de sécurité préférez plutôt la question "que suis-je" ou "quoi suis-je". Car le "qui" de la question peut encore apparaitre comme une tentative inconsciente de justifier un je inexistant.



Car dans toutes ces photos qu'est ce qui regarde ? Voyez-vous quelqu'un, une personne avec un visage, avec une tête ou plutôt un espace vacant au dessus des épaules pour lequel et en lequel tout apparait ? N'est-ce pas étonnant ? N'est-ce pas émerveillant de voir le monde à partir d'une absence de tête, de simplement constater les formes depuis le sans forme et les couleurs depuis un espace transparent sans personne qui constate ? Constatez-le par vous-même ! Quand ? Maintenant ! Où ? Ici !


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