Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

mercredi 5 novembre 2014


 La plénitude de l'étonnement d'être culmine 
 lorsque "je ne sais pas"


Pourquoi sentez-vous ce parfum de plénitude lorsque vous êtes étonné, émerveillé ou simplement intensément présent à quelque chose ? Pourquoi cette douceur au moment de l'endormissement ? Parce que dans ces instants, le besoin de savoir ou de comprendre se dissout naturellement ainsi que l'illusion d'être une personne et l'impression de séparation qui lui est consubstantielle. Vous êtes passé du mode "penser la vie" au mode "ressentir la vie". 
 
Pourquoi ce bien être, cette paix, cette douceur lorsqu'un véritable "je ne sais pas" vous envahit ? Parce que soudain, vous revenez à la page blanche, au commencement du monde où le mystère absolu de la vie est constaté. Il est constaté que tous nos savoirs sont caduques, que notre sécurité dans les choses ou les expériences sont illusoires, que le sens que l'on a donné à ce que l'on appelle notre vie est vain et que tout ce que l'on tenait pour certain vacille dangereusement dans le pur regard éveillé. Nous réalisons alors que nous sommes cet espace conscient, cette présence silencieuse qui veille en arrière plan de toute perception, de toute pensée, de toute émotion.


La paix profonde est réalisée lorsqu'on cesse, ne serait-ce qu'un instant, de prétendre savoir. Je ne parle évidemment pas ici des savoirs relatifs qui ont leur juste place sur un plan relatif et qui sont nécessaires pour fonctionner dans le monde. Mais dans la perspective absolue - celle qui nous intéresse ici - c'est l'appropriation et l'identification au savoir qui sont vues comme des illusions. Elles engendrent une impression douloureuse de séparation avec ce qui est.

Lorsque vous croyez vraiment savoir, c'est que secrètement et à l"'insu de votre plein gré", vous défendez un point de vue particulier, une idée, une attitude, une croyance ou une étiquette. Ce savoir qui semble solide comme un roc est en réalité fragile comme un nuage, qui se dissipe au soleil de la conscience pour révéler l'infini que Vous êtes. Dés que vous prêtez foi à une histoire à propos de la vie, que vous cherchez à vous sécuriser au travers d'une quête de sens, que vous cherchez refuge auprès d'une explication, c'est toujours une stratégie transparente pour éviter de ressentir l'émotion qui bout sous le couvercle de votre résistance. In fine : la peur de ne rien être. Lorsque l'arrogance du savoir est constatée nait une véritable humilité sans personne de humble comme l'a merveilleusement formulé Eric Baret, il me semble. C'est toujours l'Espace silencieux et impersonnel qui accueille l'arrogance. C'est l'Espace qui est humble et non la personne.


Chercher sans cesse à comprendre et à se trouver dans le savoir c'est cela notre véritable déchéance, notre triste pis-aller pour enfoncer des pensées-clous dans le rien du mystère. Lorsque "je sais", je me rassure faussement. Cela permet de continuer de croire en un semblant de permanence dans les choses, et éviter de ressentir que la réalité n'a de cesse de m'échapper, de me bousculer, de me terrifier, de m'étonner, de m'émerveiller. Cela permet de faire "comme si" et donne l'illusion que j'ai le pouvoir personnel de faire durer le jeu de dupes un temps de plus.
Cette dynamique de recherche de sens maintient évidemment l'ego, l'illusion d'un moi séparé au contrôle de sa vie, doté de libre-arbitre et posant de façon personnelle des actes délibérés.


Croire savoir génère instantanément une tension corporelle. Cela demande toujours un effort, même minime, quand bien même vous ne vous en rendez pas compte. Lorsque vous prétendez savoir, quoi que ce soit, c'est comme si vous tentiez de rétrécir l'infini dans une identité étriquée. Au tréfonds de vous-même, il est su depuis toujours que la défense de tel savoir ou de telle croyance est vaine, car il est su que toute croyance s'enracine inéluctablement dans un "je ne sais pas" essentiel. Lorsque vous cessez de défendre un point de vue, lorsque le mental cesse de chercher à comprendre le sens des choses, de vouloir constamment faire des liens, de chercher la sécurité et le confort dans les explications et les justifications, dans les comparaisons et les raisonnements, un relâchement énorme se fait. Vous êtes à nouveau à votre place originelle, dans l'impénétrable ici et maintenant, revenu au cœur du mystère vivant de la Présence que le mouvement incessant des pensées crues semblaient momentanément voiler.
Dans l'authentique "je ne sais pas" il n'y a plus de mémoire, plus de passé, plus de futur, plus de localisation. Le temps également suspend son vol dans ce non savoir. Dans l'étonnement,  il n'y a plus de place pour la peur ou la sensation de manque. Lorsque vous savez que vous ne savez rien comme le disait Socrate, une sagesse profonde affleure et rayonne à travers vous. Le non savoir est la Grâce. Il n'y a plus d'impression de manque. Il y a ouverture à l'ouverture, ouverture inconditionnelle à l'inconnu de l'instant.
Reconnaître ne pas savoir est l'humilité profonde de l'Espace de la Présence qui en nous qui accueille tout ce qui est, sans jamais être affecté par ce qui en lui émerge.


Le véritable "je ne sais pas" permet un changement radical et absolu de perspective. Quand le mental comprend que son pseudo savoir est relatif, il admet son impuissance à savoir de façon absolue. Il reconnaît de facto l'inanité de sa quête de perfection et lâche prise. On passe alors instantanément du mode "penser la vie" au mode "ressentir la vie". Le corps se sent bien dans cet inconnu car l'inconnu est la réalité et la réalité n'a rien à prendre, rien à vendre, rien à défendre. C'est toujours paisible de vivre avec la réalité. Ce qui est pénible c'est de croire qu'il faut tenter sans cesse de changer la réalité par la volonté personnelle en vue de recouvrir notre complétude prétendument égarée. Ce qui est épuisant c'est de chercher à savoir et à contrôler la vie. Ce qui est pénible c'est d'espérer que les choses changent en s'identifiant à ce qui est juste et bon pour soi et pour les autres. L'espoir appelle inexorablement le désespoir. L'un ne va jamais sans l'autre. Ne pas savoir est toujours sans efforts car l'espoir et le désespoir s'évanouissent en un même Espace de silence. Quand "je ne sais pas", il n'y a qu'espace sans personne. Quand "je sais", ou que je cherche à savoir, la croyance que je suis une personne séparée revient à nouveau. 


Se prendre pour quelqu'un, un moi séparé et au contrôle de la vie ça demande énormément d'efforts, c'est pesant, c'est stressant ! Ce sont des milliards de calculs à la seconde pour maintenir en vie un fantôme évanescent. Être ne demande aucun effort. L'invitation qui est faite ici est de constater tout cela et de l'explorer tactilement.
Le personnage est un ogre qui exige d'être nourri en permanence par de l'attention et des images agréables et rassurantes et qui passe son temps à résister aux expériences et aux images qui pourraient le remettre en question.
Je vous propose quelques extraits du sermon "Fais le vide afin d'être comblé" de Maître Eckhart  
 "St Augustin disait : Fais le vide afin d'être comblé. Pour que ce soit dit en bref : tout ce qui doit accueillir et être réceptif doit nécessairement être nu et vide. Les maîtres disent : Si l'œil avait une quelconque couleur en soi quand il perçoit, il ne percevrait ni la couleur qui est en lui, ni celle qu'il n'a pas, mais l'œil voit toutes les couleurs, parce qu'en lui-même il est incolore. C'est pourquoi Notre-Seigneur dit de façon remarquable : « Bienheureux sont les pauvres en esprit ». Pauvre est celui qui n'a rien. Pauvre en esprit, cela veut dire : de même que l'œil, pauvre et vide de toute couleur, devient réceptif à toute couleur, de même celui qui est pauvre en esprit est réceptif à tout esprit.
Et dans le sermon 52 sur "pauvres en esprit" il écrit : "Je ne veux rien, je ne possède rien, je ne sais rien, ".
L'humilité chrétienne véritable est ce non savoir qui respecte le mystère et ne cherche pas à déflorer l'insondable à coup de savoir, de valeurs et de morale. On retrouve également ce même respect pour l'Inconnaissable dans l'Islam d'où l'interdiction de représenter l'Indicible. L'humilité du "je ne sais pas" est au cœur de toute tradition spirituelle authentique.
Vous ne pouvez pas empêcher ce dynamisme de vouloir savoir et comprendre. L'impulsion de savoir, de prévoir, de prétendre savoir ce qui est bien ou mal sont consubstantielles au fonctionnement de la personne. Notez simplement à partir de quoi ce fonctionnement est perçu : À partir du "je ne sais pas". Voyez que nos croyances, nos savoirs, nos certitudes viennent du même espace de non savoir, ils s'enracinent tous dans le même vide , dans le même "je ne sais pas". 


L'enfermement c'est vouloir à tout prix le connu et la sécurité. Le connu c'est la mémoire, le passé et donc la mort. L'inconnu c'est la vie.
Quand vous cessez de vouloir savoir surgit une écoute pleine et impersonnelle. Alors vous n'écoutez pas à partir de vos conditionnements, à partir d'un centre de référence ou de vos prétendus savoirs. Vous écoutez de nulle part et de partout à la fois, d'une écoute silencieuse, sans personne de silencieux. Cette écoute-là est la plénitude de l'Être. 

 Quand vous cessez de vouloir comprendre le mystère vous réalisez que vous êtes le mystère de l'Être.

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