Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

mardi 17 novembre 2015

Le rêve de la dualité 



La vie telle que nous la percevons habituellement est un rêve de dualité dans lequel toute chose possède son contraire.

Un ciel de nuages gris contient le ciel bleu et vice versa. Le visage souriant d'un nouveau né contient le visage cadavérique de l'homme sur son lit de mort. Un gland renferme le chêne centenaire déployant sa puissante arborescence. L'Homme contient le poisson et le poisson contient l'Homme. Chenille, cocon, chrysalide et papillon : tout est constante métamorphose. Nos corps humains sont littéralement composées de poussières d'étoiles. Les récents attentats de Paris nous rappellent que l'acte le plus horrible peut succéder à l'insouciance et l'insouciance reprendre vie après le carnage. La tempête contient le calme plat, le creux de la vague contient la crête. L'idéalisme généreux contient sa part de peur ou de désir transparents et donc d'égocentrisme. Je suis tantôt lâche et courageux, profond et superficiel, intelligent et borné, à l'écoute ou fermé, malade et en bonne santé, heureux et malheureux. Tout arborescence de vie est oscillation, contraction-expansion, instabilité, alternance et perpétuel tangage. La vie est un mystérieux fractal où tout fragment contient la totalité de l'univers.

N'est-ce pas justement pour cette raison que tout ceci est un rêve, une illusion ? 


Rien n'est vraiment ce que cela paraît être, aucun état n'est jamais fixe sauf dans la mémoire; et encore ! Même la mémoire sur laquelle la plupart des êtres fondent leurs vies semble vaciller au moindre choc et s'émietter dés qu'on jette sur elle la lumière d'un regard désencombré. Tout mute en permanence. Tout semble sans cesse être en train de devenir quelque chose sans jamais arriver à destination. À destination de quoi d'ailleurs ? Aussitôt qu'une forme est perçue, elle est reléguée au rang d'imaginaire et de mémoire, puis étiquetée et rangée dans les catégories de la pensée. N'est-il pas évident dans cet incessant devenir où tout est impermanence comme nous l'enseignaient le Bouddha, Lao Tseu et bien d'autres, qu'aucune forme n'existe vraiment en tant que forme définitive ? Finalement lorsqu'on la considère de près, la forme n'est qu'apparence de forme, une tentative de saisie instantanée et illusoire d'une non chose en perpétuel mouvement ou mieux, en constante création-décréation.


La forme n'est-elle justement pas qu'une illusion de durée ? N'est-il pas manifeste que c'est par distraction et manque d'attention que nous octroyons une durée aux choses mais également à notre propre identité. Nous avons pris l'habitude de faire comme-ci la forme ne changeait pas. Nous croyons que notre moi est une forme composée d'une sorte de substrat ou permanent, d'une entité pérenne.

Néanmoins, lorsqu'on porte une attention extrême et dépassionnée sur le phénomène du mental, de l'esprit et donc des pensées, qu'observe-t-on ?

Quand on ose enfin faire une investigation approfondie, sincère et directe on s'aperçoit que les formes mentales qui perlent et se dissipent d'instant en instant (pensées, images, mémoires, concepts, désirs, peurs...) sont en réalité totalement dénuées de pérennité et de conscience. L'entité séparée que l'on nomme moi, ce à quoi on s'identifie à tort, n'est in fine qu'une arborescence d'image et de concepts au sein d'un flux de perceptions sans durée, des apparitions distinctes les unes des autres, sans réelle continuité, n'offrant jamais aucune preuve de causalité entre elles.

Par contre, tant que l'on n'est pas pleinement attentif, dés que l'on se prend pour une entité séparée, au contrôle d'une vie individuelle et séparée du monde, un intérieur séparé de l'extérieur, pensant par elle-même ses pensées et posant des actes de façon délibérée, il est vrai qu'il semble qu'il y ait continuité. L'illusion de forme et de cohérence est tellement bien orchestrée, tout est si parfaitement agencée, que tant que l'attention ne s'est pas retournée vers sa propre source, il est impossible de sortir de l'hypnose. Voyez la fascination qu'exerce sur le spectateur les images et la saga des personnages au cinéma. Voyez avec quelle aisance nous nous identifions avec le film, son scénario et ses personnages, qui semblent avoir des formes cohérentes et fixes, une vie, une destinée, une durée, mais qui en réalité bien sûr ne sont qu'une succession rapide d'images sans vie (24 images par seconde).


Si je veux me souvenir de mon cher ami Paul Banatre, professeur d'anglais et poète mystique, mort d'un arrêt cardiaque à 55 ans dans une rame de métro en mars 2012, quelle image retiendrais-je de lui ? Le père, l'ami fidèle, sa culture immense, ses penchants communistes et anarchistes, le professeur d'anglais, l'amoureux de non dualité, son génie poétique, le buveur de bonne bière devant un match de foot de l'OM ? De quel visage devrais-je me souvenir pour restituer au plus juste ce qu'était Paul ? Son visage illuminé par une douce affection lorsqu'il me parlait de sa fille ? Son visage inquiet lorsqu'il me parlait de ses problèmes d'argent et de travail ? Son visage radieux lorsqu'il évoquait la beauté cachée qu'il parvenait à faire émerger chez les gens qu'il accompagnait parfois à son travail vers plus d'authenticité ? Son visage agacé par une erreur d'arbitrage dans un match de football ? Son visage inspiré lorsqu'il parlait du mystère de la Présence ? Son visage révolté lorsqu'il vilipendait les riches et le système capitaliste ?


Quel visage retiendrais-je de lui ? Et que dire de tous ses multiples autres visages inconnus de moi mais qu'il a offert à sa boulangère, son père, sa femme, ses voisins, sa maman, son co-locataire, sa fille ? Son visage de quand il avait 5 ans, 20 ans, 40 ans, 50 ans ? Qui était vraiment Paul Banatre ? Je dois reconnaître que la réalité intime de Paul ne peut être saisie par la mémoire et ne peut être enclos dans un seul visage, ni plusieurs.

Quand je l'ai vu cadavérique, le visage tout gris et gonflé dans son cercueil posé à la verticale, le matin de son enterrement, qui était aussi le jour de mon anniversaire, je réalisais encore une fois avec évidence que nous sommes ce même sans forme dans lequel tous les visages vont et viennent. Quelques heures après, il était devenu poussière. La poussière il est vrai est sans visage. Mais la poussière qu'elle soit réelle ou imaginée est encore une chose perçue. Tandis que ce que Je suis vraiment est l'inconcevable Espace conscient dans lequel la poussière ainsi que tous les visages - celui qui me regarde dans le miroir y compris - éclosent et s'éclipsent. 

Un célèbre koan zen voyage dans tous les coins de la planète depuis la nuit des temps et interroge  le disciple : 

"Quel visage avais-tu avant de naître ?"


NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.


C'est pourquoi la mort d'un proche est toujours une chance abrupte et salutaire de réaliser la joie indicible de ne rien être. La mort d'un ami nous donne parfois l'occasion de réaliser avec évidence et intensité que nous sommes ce même mystère de Présence consciente sans forme et sans âge.
C'est une joie qui me monte des entrailles sans crier gare et qui me surprend à chaque fois lors de la mort d'un proche. Une sorte de plénitude inexplicable et presque dérangeante en ce jour où des masque de gravité et de solennité sont de mise. Une plénitude que vous avez peut-être déjà également ressenti au tréfonds de vous-même un jour d'enterrement, d'accident ou de tragédie, sans oser en parler de peur de susciter un malaise dans votre entourage ? Une plénitude presque impossible à partager en mots avec la famille ou avec les amis présents aux divers enterrements. Une complétude qui se contente d'être elle-même dans sa discrète transparence. Un Je sais que tu sais que je sais que nous ne savons rien et que nous sommes ce non-savoir d'où toute forme émerge d'instant en instant. Comme si le mort, en dissolvant la forme de nos proches, nous invitait à réaliser en silence ce sans forme que nous sommes et qui à chaque instant nous anime et aime d'un amour sans nom, sans que nous en prenions vraiment conscience.
Quel cadeau les morts nous offrent ! Merci Paul. Merci à tous les autres qui nous invitent à nous souvenir de notre véritable visage, notre visage d'avant le visage. Évidemment, il n'est nul besoin qu'un proche meure pour nous rappeler que la forme n'est qu'une expression de l'Unique et du sans forme.

La bonne nouvelle c'est qu'il nous suffit de prêter vraiment attention à ce qui nous est donné dans l'instant. Il suffit de vous en souvenir chaque fois que vous regardez un visage là-bas depuis l'espace ouvert regarder verse le sans visage Ici. Que j'ai de la joie et de la gratitude à partager ici avec vous qui savez que je sais que vous savez cet aveu de transparence et de plénitude.

Réalisons que tout s'inscrit comme des traces dans le sable dans le lieu sans lieu de l'éternel Ici et Maintenant.


Je contiens mille personnalités, mille histoires, mille envisageables et mille visages. Ceux de l'histoire de ce corps-ci et ceux de l'humanité entière qui frémissent au cœur de chacune de mes cellules. Il m'est offert à chaque instant la possibilité d'envisager et de réaliser que ce que Je suis n'est aucun d'entre eux en particulier mais que en même temps, Je suis chacun d'entre eux.

Lorsque je ressens "mon" visage contracté et sérieux, c'est l'espace impersonnel sans visage qui le révèle en se révélant par la même occasion. Donc, il n'y a jamais lieu de rejeter aucun visage. Tous les visages sont bienvenus. Je les contiens tous, tout en n'étant jamais vraiment un seul d'entre eux de façon exclusive.

Il est possible de réaliser que notre impression de malaise vient toujours de l'oubli de ma nature essentielle. Je fais sans cesse comme si je savais, comme si j'étais solidement défini, comme si le monde était parfaitement cartographié, le mystère résolu et la vie déjà connue.

Il m'est permis de voir que je suis comme un pêcheur fou tentant avec ses filets de retenir l'eau d'un fleuve virevoltant.

Il m'est donné de me rendre compte à chaque instant combien je refuse  sans cesse de reconnaître l'impermanence de ce foisonnement de formes qui se forment, se déforment, se reforment et se dissolvent dans un ballet continuel et enivrant.

Il est possible de voir à quel point je refuse la vie dans sa souveraine et incontrôlable profusion.

Il est possible maintenant de réaliser combien je tente désespérément de m'aliéner à une forme particulière, combien je vénère l'imaginaire et l'icône.

Soyons iconoclastes.


Il est envisageable d'expérimenter le manège tournoyant des formes, des êtres et des expériences, à partir de la plénitude immobile de l'œil du cyclone.

Depuis cet espace immuable de Présence que je n'ai jamais cessé d'être, je réalise soudain que Je rêve tout ceci. Je suis le rêveur des formes et des êtres. Je suis le rêveur impersonnel de ce rêve d'une beauté inouïe qu'on appelle la Vie.


Et lorsque vous contemplez le rêve en réalisant que vous n'êtes pas dans le rêve mais que le rêve est en vous, vous êtes libre de tout désir et de toute peur. 

Vous faites pleinement l'expérience de l'unité avec tout ce qui se joue en Vous. 

Je suis la Vie contemplant ses propres danses. 


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