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Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

jeudi 30 mars 2017

Vivre sans préférences


Dés qu'en nous s'exprime la moindre préférence, nous sommes égarés dans le jeu de la dualité et soumis à l'inexorabilité du sentiment de séparation et de conflits incessants. Vivre à partir d'une perspective individuelle qui préfère ceci plutôt que cela est une vie de souffrances garanties. Nous devons aller au-delà de l'amour et de la haine pour découvrir la Paix absolue que nous sommes.

Le monde de la dualité fonctionne par paires d'opposées. Et tout notre langage est ancré dans la dualité. "La révolution linguistique du vingtième siècle, c'est la reconnaissance que le langage n'est pas simplement un instrument de communication destiné à échanger des idées sur le monde, mais bien plutôt un outil permettant en premier lieu, d'amener le monde à existence. La réalité n'est pas simplement "vécue ou "reflétée" dans le langage, elle est en fait produite par le langage" nous dit Misia Landau, anthropologue de l'Université de Boston.

Grand-petit, bon-mauvais, sombre-lumineux intéressant-inintéressant, ouvert-fermé... Si nous voulons définir l'âme, nous le faisons en opposition à la matière. Nous disons que l'âme est immatérielle. Déterminer ou définir quelque chose c'est toujours dire ce qu'il n'est pas. "Determinatio est negatio" disait Spinoza.

La personne est le mental. Et le mental ne peut pas aimer. Dés que vous recherchez l'amour vous allez avoir son opposé qui pointera le bout de son nez : la haine. Dans le monde de la dualité vous ne pouvez pas avoir l'un sans l'autre. Voyez simplement combien l'être aimé semble pouvoir générer de la haine dés qu'il ne répond plus à votre amour.

Quand la personne dit "je t'aime" c'est toujours un amour conditionné dont il s'agit, un amour mêlé de sous-entendus comme autant de "à condition que", de "tu devrais", de "j'aimerais que", de "si seulement". Sur cet amour-là plane toujours un oiseau de mauvais augure, une menace imminente. Le "je t'aime" est toujours sous-tendu par toute une série de conditions qui passent inaperçues sur le moment où cette phrase s'énonce - la plus part du temps dans un état d'exaltation aveuglante - mais, qui finissent tôt ou tard par se révéler au grand jour lorsque l'être aimé ne correspond plus à nos fantasmes. Le "je" de la personne séparée ne connaît pas l'amour et ne peut par conséquent aimer d'un amour inconditionnel. La personne ne dit jamais vraiment oui, elle dit toujours "oui mais"... Il faut avoir développé une grande sensibilité pour entendre en soi le susurrement du "mais".

Le mental a developpé un attachement pour les expériences classées comme agréables et une aversion pour les stimuli contraires. Il est une proie aisée pour toutes les souffrances du monde de la multiplicité. Chaque fois qu'il pense être en contact avec ce qu'il appelle l'extérieur, le monde ou les expériences, il se précipite vers les objets de ses attachements et fuit les autres. Cette agitation constante est la tragédie du mental. La personne va toujours exprimer une préférence, car la personne n'est constituée que de préférences. La personne est l'identification aux préférences.


Dés que nous cherchons quelque chose, une expérience spécifique, un état ou un savoir particuliers, une qualité spéciale, un accomplissement dans la durée, c'est que nous rejetons quelque chose d'autre. Préférer c'est rejeter, désirer c'est exclure. Préférer, c'est ne pas connaître sa vraie nature, c'est être identifié à une histoire, à un nom et à une forme. C'est croire à la vérité de l'individualité, c'est être sérieux à propos des désirs et peurs individuels. C'est croire au libre arbitre, c'est se croire séparé des autres et du monde. C'est croire que nous sommes une conscience individuelle logée dans le corps, c'est croire que nous pouvons réussir ou échouer, que nous sommes l'auteur responsable de nos pensées et de nos actes. C'est croire que le monde et les objets préexistent à la Conscience.

Toute recherche est sous-tendue par des préférences. La recherche est le jeu de prédilection du mental qui affiche des pensées qui peuvent laisser croire que la paix et le bonheur que nous recherchons tous, pourraît être trouvée plus tard que Maintenant et ailleurs qu'Ici. Vivre à partir de ses préférences, c'est ne pas vouloir ce qui est, c'est croire que ce qui nous est donné dans l'instant n'est pas complet tel que c'est, et ne nous permet pas de réaliser la Complétude que nous sommes hic et nunc.

Même la recherche spirituelle, la plus raffinée, est toujours sous-tendue par toute une série de préférences et maintient en filligrane cette séparation qui nous donne encore ce sens de l'appropriation, "à moi", "à toi", "mien" et "tien". En réalité nous avons plein de présupposés à propos de ce que nous cherchons. Nous avons peut-être lu plein d'histoires merveilleuses à propos d'êtres éveillés et nous voulons être comme eux. Nous désirons agir et parler comme eux, éprouver la même chose qu'eux, vivre la même liberté. Nous voulons peut-être retrouver certains états dont la mémoire résonne douloureusement par contraste avec ce que nous vivons aujourd'hui. Nous exprimons des préférences pour notre voie particulière, notre maître, pour nos réalisations spirituelles. Mais lorsqu'il s'agira de défendre nos préférences, qui montera au créneau ?

Notre recherche d'éveil est en réalité emplie de préférences. Il suffit de jeter un seul regard honnête pour s'en rendre compte. Nous voulons réussir quelque chose, devenir quelqu'un d'autre, quelqu'un de meilleur et de plus authentique peut-être, mais toujours quelqu'un. Ou alors nous voulons devenir rien et le rien devient encore quelque chose, car le mental en a fait un objet, un objet éminemment subtil sans doute, mais un objet tout de même, un objet de compréhension, un objet de désir, un objet d'appropriation. Alors que ce que nous sommes est au-delà, absolument au-delà. Et, le paradoxe est justement que cette recherche d'accomplissement est ce qui voile en apparence le fait que nous sommes déjà parfaitement accomplis, parfaitement complets Ici et Maintenant. 

C'est pour cela que personne ne peut dire ce qu'est l'être, car il n'a pas d'opposé, ne s'oppose à et ne refuse rien. Il est totalement inclusif. Il est tout ce qui est. Le langage ne peut pas atteindre l'être non duel parce que sa structure est duelle. Être est du côté de l'expérience pure, du senti, sans formulation, totalement étranger aux concepts et sans commentaires.


Il ne s'agit donc pas de chercher l'érudition, le savoir, la compréhension, la paix, le silence ou l'amour, car alors nous sommes encore esclaves du jeu des préférences.

En vivant sans préférences nous sortons de la dualité. En vivant sans pourquoi, à partir d'un "je ne sais pas" authentique, nous réaffirmons simplement l'Absolu que nous n'avons jamais cessé d'être, sauf en imaginaire.

Lorsque le maître Chan (Bouddhisme chinois) de Hui-Neng lui demanda : Que cherches-tu ? Ce dernier répondit :" rien de paticulier." Le maître comprit alors qu'il avait en face de lui un être dotée d'une profonde compréhension. Par la suite, au travers d'un incroyable concours de poésie*, Hui Neng deviendra le 6eme patriarche.

Quand nous sommes mûrs, nous réalisons qu'il ne s'agit pas de recherche mais d'être, d'être présent, d'être conscient d'être conscient. Simplement se détendre dans cette Présence que nous sommes déjà.

Le mot Présence renvoie à ce qui est avant même les sens. "Pré-sens." Cela qui est présent avant même qu'il y ait des perceptions, c'est à dire un monde, un corps, et des pensées. Vous êtes ce qui est avant toute chose. Qu'est-ce qui est avant toute expérience ? Être, être sans définition. Et, c'est Cela que nous sommes vraiment.

L'être sans définition que nous sommes n'a aucune préférence. Il dit toujours un grand oui à tout ce qui se présente. Il n'a pas de mécanisme en lui capable de résister à ce qui est. Si vous préférez être sans ego, c'est que vous êtes encore en lutte contre l'ego. Et, qui lutte sinon l'ego, sinon le moi-je de la eprsonne, cela qui semble avoir des préférences  ?

Pour sortir de ce cercle vicieux, arrêtez-vous un instant, faites un zoom arrière, et soyez Cela qui est sans préférences, l'Être sans définition, la Présence que vous êtes déjà et, qui a conscience des préférences apapraissant en Lui, tout en n'ayant aucune préférence Lui-même. 

Cela semble très compliqué du point de vue du mental. Mais voyez que ce qui paraît compliqué ne l'est qu'en tant que cela ne s'accorde pas avec ce que vous croyez déjà. Demeurez simplement en tant que cela en quoi les croyances vont et viennent et qui ne vient pas et ne va pas avec elles. Demeurez en cette Présence qui précède les sens et les pensées. 

Plus notre mental est tortueux et les préférences nombreuses, plus il semble difficile de réaliser la Vérité que nous sommes. Peut-être est-ce pour cela que Jésus commença son sermon sur la montagne par : "Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux" ? Et, ce qu'il appelle le Royaume n'est pas là-bas dans les cieux de l'avenir, le Royaume est en Vous* comme il le dira avec force dans l'évangile de Luc (21).

La pauvreté en esprit comme le dira avec une indicible beauté Maître Eckhart dans son "sermon du pauvre en esprit" est avant tout de réaliser que je ne sais rien, que je ne veux rien, que je ne possède rien.

Vivre sans préférences c'est vouloir ce qui est. Lorsque vous voulez ce qui est le Royaume en Vous se révèle.  

Amor fati

NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.


* Huìnéng (惠能 ou 慧能 Eno en japonais), (638 — 713) fut le sixième patriarche du chan en Chine1. Il naît à Canton, dans l'extrême sud de la Chine et devient très tôt orphelin. Après avoir entendu le Sūtra du Diamant, il se rend au monastère du mont de la prune jaune (黄梅山huángméi shān) et est assigné dans la cuisine, où il demeure six mois.
Un jour, Shénxiù (神秀), moine érudit et assistant du patriarche, écrit un poème sur un mur :
身是菩提樹, Le corps est l'arbre de l'Éveil,
心如明鏡臺。 L'esprit est comme un brillant miroir dressé.
時時勤拂拭, À chaque instant je l'époussette,
勿使惹塵埃。 Et n'y laisse aucune poussière.
Illettré, Huineng se fait lire le poème, et puis il y répond par ces vers qu'il demande à quelqu'un d'écrire à côté du précédent :
菩提本無樹, Il n'y a aucun arbre dans l'Éveil,
明鏡亦非臺。 Le miroir n'est pas dressé.
本來無一物, Puisque fondamentalement rien n'a d'existence,
何處惹塵埃。 Où de la poussière pourrait-elle se déposer ?
Ayant vu cela, Hongren (弘忍hóngrěn), le cinquième patriarche du chan, convoque Huineng pour lui transmettre sa robe, et puis lui demande de fuir à cause des jalousies.
Huineng fuit dans le sud de la Chine et se cache pendant quinze ans au milieu d'un groupe de chasseurs. En 677, il se rend dans le temple de Faxing (法性寺fǎxìng sì) où deux moines sont en train de se disputer, l'un dit que c'est le drapeau qui bouge, l'autre dit que c'est le vent. Alors Huineng leur dit que ce qui bouge n'est ni le drapeau ni le vent, mais c'est en effet leur propre esprit. C'est à ce temple qu'il est devenu moine et maître du dharma. Il fondera par la suite son propre monastère, le Baolinsi (宝林寺 / 寶林寺bǎolín sì).

Luc 17
2àLes pharisiens demandèrent à Jésus quand viendrait le royaume de Dieu. Il leur répondit: Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. 21On ne dira point: Il est ici, ou: Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous. 22Et il dit aux disciples: Des jours viendront où vous désirerez voir l'un des jours du Fils de l'homme, et vous ne le verrez point.…

2 commentaires:

  1. Encore une fois un grand merci pour ce texte.
    Immense plaisir à vous lire.
    Grande résonance.

    Bonne journée.

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