Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

mercredi 18 mars 2015


 En tout chercheur dort l'enfant explorateur


 La recherche s'effectue toujours dans un certain but. La recherche a une finalité : Trouver ce que l'on cherche. Et, le chercheur croit savoir ce qu'il cherche. La recherche suggère d'emblée qu'il me manque quelque chose maintenant et qu'en cherchant de la bonne façon, je finirais par trouver ce que je cherche, là-bas dans le futur, en suivant un à un les étapes dévolues par les points de la ligne du temps vers une destination à venir ou, ailleurs, dans un autre espace, en me déplaçant d'ici à là-bas. 

Commence alors la recherche de la bonne méthode de recherche. Il me faut trouver les connaissances appropriées, l'enseignant pertinent, la carte adéquate, la technique parfaite, l'outil qui convient, l'état d'esprit congru. Il me faut ceci et cela. Quel que soit l'objet de sa recherche (matériel, professionnel, sensuel, reconnaissance, éveil spirituel…), le chercheur croit que son sentiment d'incomplétude va être définitivement comblé par l'obtention de l'objet recherché. Or, cette croyance qui est déjà une supposition en soi (la supposition que ma complétude n'est pas déjà présente maintenant) se trouve alors immédiatement dépendre d'un ensemble de facteurs qui, eux-mêmes, dépendent de multiples autres facteurs toujours externes.

La recherche est une expérience qui se déroule dans le connu, où nous semblons nous déplacer d'une apparente connaissance de qui nous sommes (le sujet, un moi séparé) en recherche de ce qui en apparence va nous compléter (l'objet de notre recherche). La recherche renforce l'illusion du temps linéaire et l'idée qu'il faut obligatoirement passer par la ligne droite qui va du passé au futur. Elle se déroule dans une atmosphère stressante avec son corollaire obligé : La peur de ne pas trouver !

La recherche suggère en permanence que l'on pourrait se tromper, car elle est basée sur l'illusion d'avoir le choix de la direction à prendre. L'état de chercheur est donc un état de stress et d'efforts qui renforcent la croyance de base d'être un moi séparé pensant ses pensées, posant de façon autonome des actes et risquant de rater en permanence l'objet de sa recherche, et par extension de gâcher "sa" vie.

In fine, l'oubli de ce que l'on est réellement est le moteur de toute recherche.


Explorer et chercher sont vraiment deux attitudes aux antipodes l'une de l'autre.

Dans l'exploration vous ne savez pas ce que vous cherchez. Vous êtes très alerte mais sans attentes et sans à priori. Votre mental et vos 5 sens sont extrêmement fonctionnels et dans un état d'accueil inconditionnel à toute perception. Un chercheur entomologiste qui cherche à comprendre le fonctionnement d'une fourmilière d'une espèce de fourmis inconnue doit être capable d'une observation impersonnelle des évènements qu'il perçoit. Tout ce qui se présente à lui dans son exploration le réjouit de façon équanime. Ce que l'explorateur trouve est ce qu'il cherche. Il y a par conséquent une totale ouverture à ce qui est et à ce qui se présente. Explorer renvoie à quelque chose qui se fait avec aise et de façon récréative, dans l’ouverture à l’inconnu, sans effort et sans tension. Explorer est source de joie maintenant. L'attitude d'ouverture de l'explorateur laisse une grande place à l'étonnement et à l'émerveillement. 

Chercher par contre, renvoie à un effort et à de la tension, la peur de ne pas trouver ce que l’on cherche. Le chercheur est un explorateur soucieux affublé d'un intérêt personnel. Pour lui le bonheur est toujours différé à un "plus tard", à un "si seulement" et en quelque sorte, aux calanques grecques.


 Je repense à mon enfance lorsque j'allais explorer des terrains inconnus, des maisons abandonnées, des  carcasses de voitures calcinées ou rouillées, des paysages étranges et insoupçonnés, en prenant des chemins nouveaux, des chemins de traverse. Je repense à ce temps béni où j'étais l'explorateur d'un monde totalement incertain et mystérieux et où pourtant, je faisais sans cesse l'expérience d'une sorte de révélation exaltante sans pouvoir le formuler en mots : être pleinement l'expérience que je vivais avec cet omniprésent sentiment de plénitude et de présence.

J'étais le crapaud au bord de l'étang, je me perdais dans ces croassements et ses sauts, j'étais les parfums enivrants de thym et de lavande de la terre provençale, j'étais le cowboy que j'incarnais avec intensité dans mes jeux d'enfant. La vie était vraiment une aventure à chaque instant. La vie était une aire de jeu fabuleuse avec des ressentis intenses et sans cesse renouvelés. Que ce fut à quatre pattes, caché sous la table, en découvrant les chaussures et les jambes des convives, allongé dans un carré d'herbe à suivre les déambulations erratiques d'une fourmi ou en marchant dans les champs de blé ou de luzerne, sans but et sans motifs particuliers, l'enfance avait ce parfum enivrant d'inconnu et l'enthousiasme de l'explorateur ! Le chant mélodieux d'un oiseau que les yeux ne voient pas, le grésillement des ailes d'une sauterelle, la découverte d'une toile d'araignée à la géométrie parfaite tendue entre deux arbres, la sensation rugueuse de l'écorce d'un pin, la sensation bizarre de ce liquide collant et parfumé que j'appris à étiqueter plus tard comme résine, l'apparition soudaine d'une muraille en ruines au bord d'un chemin de terre, de simples pierres devenant instantanément précieuses aux yeux de l'enfant que je fus. Tout avait une saveur d'émerveillement et de magie. Je crois que la plupart de mes jeunes amis avaient ce même goût immodéré pour l'exploration et la rencontre avec l'inconnu à chaque instant. N'est-ce pas le lot de tous les enfants du monde que de savourer l'excitation et la griserie de cette exploration du monde dans ses aspects les plus simples mais tellement déroutants pour la plupart des adultes prisonniers d'un regard encombré. Tous les enfants semblent dotés de cette capacité d'émerveillement qui est la nature même de notre véritable regard. L'humilité véritable perce dans ce regard d'enfant qui regarde sans savoir et se laisse plutôt regarder par les objets. Ce regard-espace, n'est nullement filtré par les peurs ou les envies personnelles du chercheur. L'explorateur véritable découvre avec ces 5 sens le monde de façon totalement impersonnelle. 

La bonne nouvelle est que l'explorateur n'est pas mort en nous. Nous pouvons simplement constater à quel point nous nous en sommes simplement plus ou moins éloignés, par oubli, par anesthésie, par habitude, par peur de l'ouverture que nous n'avons jamais cessé d'être.


Observez ce qui se passe lorsque vous découvrez soudainement que quelque chose d'important qui vous appartenait a disparu, votre téléphone portable, une bague, un dossier dans votre ordinateur, votre portefeuille ou quelque autre objet personnel auquel vous teniez énormément. Constatez ce malaise qui vous gagne immédiatement.

Que s’est-il passé ? L’avez-vous oublié quelque part ? Vous creusez votre mémoire, fouillez vos poches et commencez à scruter nerveusement partout autour de vous. Sans doute repassez-vous plusieurs fois aux mêmes endroits, en revenant sur vos pas et vous vous demandez quand est-ce que vous l’avais vu pour la dernière fois ou ce que vous allez faire sans votre portable ou votre agenda ?

L’exaltation a soudain été remplacée par un sentiment d’angoisse. Vous étiez dans l'ouverture de l'explorateur et soudain vous vous retrouvez avec les restrictions et l'énergie d'un chercheur. Le mental panique et produit toutes sortes de scénarios incongrus ou d’images désagréables. Un filtre encombre désormais votre regard et transforme soudainement tout en amertume. Le monde semble soudain comme désenchanté. De nouvelles perceptions, expériences et opportunités se présentent, mais vous êtes tellement focalisé sur ce que vous cherchez que vous ne voyez pas tout cela. Dans l'état de chercheur, le filtre egotique de vos préférences fonctionne comme une intense aimantation et seules les expériences et les situations, les objets et les personnes qui sont attirés par le filtre retiennent votre attention. Tout le reste est écarté.

Même si vous retrouvez l’objet perdu, le malaise causée par sa perte peut subsister. L'angoisse dure tant que vous croyez aux histoires qui se racontent autour de la peur que vous avez ressentie et de la possibilité de perdre à nouveau l'objet. Vous vous arrêtez d’explorer et vous commencez à entrer dans le cercle vicieux du désir de protéger. Tant que vous n’avez pas retrouvé l’enthousiasme de l’exploration, votre vie est minée par le désir de trouver, de protéger ou d’éviter que quelque chose se produise.


 Or il n'y a pas seulement les objets qui peuvent se perdre. Les croyances aussi peuvent s’égarer. Comment est-ce possible ? En devenant tellement intimes avec elles qu’on finit par ne plus réaliser qu'elles sont là. On les oublie momentanément. Par exemple, s'il vous est arrivé de skier avec des lunettes de soleil à la teinte orangée, ne vous êtes vous pas étonné qu'en fin de journée vous ayez presque complètement intégré la couleur orangée de la neige comme étant la couleur normale. Vous avez momentanément oublié que d'habitude, sans lunettes, la couleur de la neige est blanche. On peut même être étonné par la couleur véritable de la neige lorsque l’on enlève enfin les lunettes de soleil.

Imaginez maintenant que vous avez des centaines de filtres subtils, placés non pas comme de vraies lunettes visibles sur le nez, mais en amont des yeux et de l'acte même de perception, comme autant de lentilles invisibles. Chaque lentille est transparente pour vous ce qui signifie que vous ne la voyez pas et n'en avez pas conscience alors qu'elle colore ou altère votre perception du monde. Cette métaphore fonctionne de la même façon pour tous les sens. Vous aurez alors peut-être une idée du nombre de croyances transparentes qui se superposent les unes sur les autres et qui traduisent et interprètent en continu la réalité que nos sens perçoivent. Il est donc tout à fait possible d’oublier un scénario ou une histoire, une croyance ou un filtre. Cela arrive très souvent dans la vie après un changement d'intérêt et d’objectif.

Si, par exemple, à une certaine période de la vie d'un enfant, son papa s'absente pour des voyages lointains et que l'enfant en vient à douter de l'amour de son père pour lui, l'enfant peux mettre spontanément en place une certaine stratégie alternative : une croyance générant une expérience. Par exemple si l'enfant adopte la croyance « je ne suis pas capable de me défendre moi-même », lorsque ses camarades le houspillent ou le taquinent dans la cour de récréation, la croyance se révèle jusqu'à un certain point utile et précieuse par rapport à l'objectif visé : car papa s'occupe de moi et me montre son amour en prenant ma défense. Cette croyance qui, au départ est une stratégie momentanée pour recevoir l'amour de son père devient très vite une partie intégrante de l'individu enfant en train de se construire ? Et ce, d'autant plus qu'elle fonctionne bien et attire l'attention du père. L'enfant commence à y croire vraiment et cela devient très vite une sorte de réalité pour lui. Plus tard dans la vie, lorsque l'intérêt change la croyance « je ne suis pas capable de me défendre moi-même » peut perdurer. Si cette croyance n'a pas été pleinement explorée, vue et ressentie jusqu’au bout, elle peut se perdre sous d’autres couches de croyances. Ainsi, la personne continue à percevoir et à agir à travers la croyance sans être consciente qu’elle existe. On perd la conscience de ce que l’on croît. On entre en relation avec la vie au travers d'une image ou d'une croyance qui nous est transparente, que nous ne voyons pas mais qui conditionne entièrement notre relation avec le monde et les autres. Or, plus les croyances transparentes au travers desquelles quelqu’un perçoit et agit sont nombreuses, plus il lui est difficile de vivre une vie simple et harmonieuse. Dés que la vigilance baisse (fatigue, environnement stressant, rencontres en miroir), sa vie épouse à nouveau ses bonnes vieilles croyances, par exemple : « je ne suis pas capable de me défendre moi-même » qui n’est pas une croyance très appropriée pour un entrepreneur, un boxeur, un soldat ou une simplement n'importe quelle personne impliquée momentanément dans un conflit. L'oubli de nos croyances transparentes est la source de tout stress et de notre faculté surprenante d'auto-sabotage. 


 Les croyances devenues transparentes densifient la trame de nos filtres de préférences inconscientes et tracent des lignes directrices invisibles régissant nos émotions et nos actes. Ensuite, sans en comprendre la raison, nous attirons à nous les évènements, les êtres ou les situations qui s'accordent avec nos croyances transparentes et les légitiment comme étant vraies.

Y a-t-il dans votre vie des croyances transparentes égarées qui n'ont plus de raison d'être ? Vivez-vous des situations désagréables qui se répètent ? Attirez-vous des êtres ou des expériences générant l'impression que vous n'êtes pas à votre place ?

Avant de pouvoir retrouver l’enthousiasme naturel de l’explorateur, il vous faudra comprendre ce fonctionnement et prendre conscience de vos croyances transparentes perdues en les ramenant pleinement dans la lumière de la Conscience. 

Mais quelles sont-elles ? Comment les retrouver ? Comment vous êtes vous mis dans cette situation ? Comment allez vous vous libérer du fardeau de ce conditionnement transparent ? Vous semblez vouloir vivre une nouvelle vie. Vous faites preuve de bonne volonté, mais vous retrouvez sans cesse les mêmes situations, les mêmes conflits. Vos tentatives sont sabotées par des croyances perdues. Comment retrouver la paix et la joie ?


Revenir à l'approche de l'exploration directe de ce qui se présente à vous dans l'instant est la voie la plus simple mais aussi celle qui demande le plus de détermination et de courage. L'invitation est de démonter les rouages subtils de l'identité du chercheur pour réveiller l'explorateur qui dort en chacun de nous.

Pour simplifier on pourrait dire que le chercheur pense la vie et l'explorateur ressent la vie. Il s'agit donc d'une façon ou d'une autre de revenir à une compréhension qui précède l'émergence de la pensée, un espace de compréhension non duel, qu'on pourrait appeler ressenti silence.

La croyance transparente de base qui est la plus occultée, sans doute parce que toutes les autres croyances se superposent en une sorte d'arborescence complexe sur celle-ci en la recouvrant et en la justifiant est la croyance que "je suis une entité séparée" du monde et des autres, pensant mes pensées de façon délibérée, ayant un libre arbitre et posant de façon autonome des actes.


 La perspective non-duelle est une invitation à explorer de façon directe la nature de la réalité. Dans l'exploration directe, par l'auto-investigation, le ressenti silence, les jeux de révélation du Soi, le retournement à 180 degrés de l'attention sur le fonctionnement de l'attention, la reconnaissance que l'identité séparée n'est qu'une croyance est rendue possible. Réaliser que le moi n'est qu'une croyance transparente signe l'éveil à notre nature véritable. C'est à partir de là seulement que la recherche prend fin et que la véritable exploration prend tout son sens et peut enfin commencer. C'est dans l'éveil à l'absence d'un moi séparé, que l'explorateur renaît soudain de ses cendres. Il n'y a bien entendu nul explorateur, simpement exploration, expérience, vie sans personne pour la vivre. Sans l'illusion de la séparation, le monde et les êtres révèlent alors leur véritable mystère. En chaque chercheur dort un enfant explorateur.

 L'exploration de nos conditionnements transparents est l'invitation récurrente des rencontres non duelles.



NB
 : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel, veuillez me contacter au 
06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.

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