Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

lundi 20 juillet 2026

La Kena Upanishad ou le paradoxe de l’éveil



En ce moment, je relis, pour une énième fois, la Kena Upanishad. Et, comme toujours avec les grands textes sacrés, j’ai le sentiment de ne pas relire le même livre. À chaque lecture, de nouvelles facettes du diamant résonnent et me révèlent avec une vigueur vivifiante la beauté du mystère. 


Le mot « Upanishad » signifie traditionnellement « s’asseoir auprès du maître ». Il évoque cette proximité où la vérité ne se transmet pas seulement par les mots, mais par une reconnaissance directe.


« Kena » signifie littéralement « par qui ? » ou « par quoi ? ». Toute l’Upanishad est construite autour de cette interrogation fondamentale : quel est « ce par quoi » je pense, « ce par quoi » je vois, « ce par quoi j’entends », « ce par quoi » toute expérience est connue ? Quelle est cette réalité grâce à laquelle tout apparaît, sans qu’elle puisse jamais, elle-même, apparaître comme un objet ?


C’est cette investigation qui fait de la Kena Upanishad l’un des sommets de la tradition non duelle. Elle ne cherche pas à nous donner une nouvelle croyance. Elle nous invite à reconnaître ce qui, en cet instant même, est conscient de ces mots et donc a produire en chaque UN ce que l’on nomme parfois le basculement de la conscience vers Elle-même. 


L’un des paradoxes les plus subtils de la voie spirituelle directe surgit dès que l’on tente de parler de l’éveil. Comment dire l’indicible sans le réduire à un objet ? Comment témoigner sans renforcer l’idée qu’il existerait une personne séparée qui aurait atteint ou reconnu quelque chose ?


Toutes les traditions non duelles rencontrent cet écueil. Affirmer : « Je suis éveillé » risque de renforcer précisément ce qui s’est dissous. Le mental s’approprie l’événement et un ego, souvent plus subtil, réapparaît. Cet ego spirituel n’est rien d’autre que la tentative du personnage de posséder ce qui ne peut appartenir à personne.


À l’inverse, le silence peut lui aussi devenir un piège. Par peur d’être jugé, d’être mal compris ou de nourrir un ego spirituel, certains préfèrent ne rien dire. Pourtant, si personne ne témoignait de cette possibilité, combien soupçonneraient seulement qu’elle existe ?


La question n’est donc pas de parler ou de se taire. La véritable question est beaucoup plus subtile : d’où surgit la parole ? Vient-elle d’une personne qui revendique une réalisation ? Ou naît-elle librement, comme une simple invitation à regarder, sans rien réclamer pour elle-même ?


La Kena Upanishad éclaire ce point avec une profondeur extraordinaire :


« Celui qui pense connaître Brahman ne le connaît pas. Celui qui pense ne pas le connaître, celui-là le connaît. Il est inconnu de ceux qui croient le connaître, et connu de ceux qui ne pensent pas le connaître. » (Kena Upanishad, II.3)


Ces quelques lignes comptent parmi les plus déconcertantes de toute la littérature spirituelle. Elles ne condamnent pas la parole. Elles dénoncent l’appropriation.


Qui pourrait être éveillé ?


Le personnage apparaît dans la conscience. Son histoire apparaît dans la conscience. Même la pensée : « J’ai réalisé le Soi » apparaît dans la conscience.


La conscience, elle, n’a jamais eu besoin de devenir consciente. Elle ne s’éveille pas. Elle est ce grâce à quoi toute expérience est connue.


C’est pourquoi les grands maîtres parlent souvent avec une étonnante simplicité. Ramana Maharshi rappelait qu’il n’y avait jamais eu d’ignorance, seulement l’idée d’être quelqu’un. Nisargadatta Maharaj répétait que la personne est une apparition dans la conscience. Douglas Harding invitait simplement à regarder au-dessus des épaules. Aucun d’eux ne construisait une identité autour de l’éveil.


L’orgueil spirituel ne réside donc pas seulement dans l’affirmation : « Je suis éveillé. » Il réside surtout dans l’idée que cet éveil m’appartient. Toute possession suppose un propriétaire. Or c’est précisément ce propriétaire imaginaire que l’investigation du soi met en question.


L’humilité véritable est d’une nature tout à fait différente de celle que nous imaginons. Ce n’est pas une personne qui se rabaisse. Ce n’est pas quelqu’un qui répète, comme on l’entend parfois dans certains milieux non duels : « Je ne suis personne » ou « Il n’y a personne », tout en espérant secrètement être reconnu pour sa profondeur ou sa prétendue absence d’ego. L’humilité véritable n’a rien à prouver. Elle apparaît lorsque le centre imaginaire cesse simplement d’être pris pour réel. Alors disparaissent le supérieur, l’inférieur et même l’idée d’être humble. Il ne reste que la simplicité de ce qui est. Une humilité sans personne de humble. 


Mais la Kena Upanishad nous conduit aussitôt vers un second paradoxe. Si celui qui dit : « Je connais Brahman » ne le connaît pas, faut-il alors garder le silence ?


Un vieux récit zen raconte qu’un moine est invité à donner un enseignement. Il s’assied devant l’assemblée et dis en prélude « si je parle je trahis la vérité » et demeure assis en gardant le silence pendant près d’une heure. Puis il ouvre soudain les yeux et dit simplement : « Si j’en parle, je trahis la vérité. Mais si je n’en parle pas, je suis un lâche. »


Je ne sais pas si cette histoire est authentique. En revanche, elle exprime admirablement le cœur de la Kena Upanishad.


Oui, parler de Brahman, c’est déjà, dans une certaine mesure, le trahir. Les mots découpent ce qui est indivisible. Ils donnent presque inévitablement l’impression qu’il existe quelque chose à connaître, à atteindre ou à posséder. Ils instaurent un connaisseur face à un objet connu, alors que toute la Kena Upanishad nous conduit précisément à reconnaître que Brahman est le connaissant lui-même, ce par quoi toute connaissance est possible.


Mais le silence possède lui aussi son ombre. Car comment ne pas partager cette découverte lorsque nous voyons tant d’êtres humains souffrir d’une erreur d’identification ? Comment ne pas tendre la main lorsque nous reconnaissons que la plupart de nos souffrances naissent de la croyance d’être une personne séparée, incomplète, toujours en quête de ce qu’elle est déjà ?


Le mot « Évangile » signifie « bonne nouvelle ». Quelle bonne nouvelle pourrait être plus grande que celle-ci ? De savoir que ce que tu cherches est déjà présent. Tu n’es pas séparé de la paix. Tu n’es pas séparé de l’amour. Tu n’es pas séparé de la conscience. Tu es déjà cela, même lorsque tu crois l’avoir perdu.


Alors la parole retrouve sa juste place. Elle ne cherche plus à convaincre. Elle ne cherche plus à convertir. Elle ne cherche plus à fabriquer des disciples. Elle ne cherche plus à démontrer que quelqu’un est éveillé. Elle devient simplement une invitation à regarder. Une invitation à vérifier par soi-même. Au fond ça dit plutôt  : « Ne me crois pas. Regarde. Découvre par toi-même et en toi-même ce qui, en cet instant même, est conscient de ces mots. »


Peut-être est-ce là la véritable résolution du paradoxe. Le problème n’est ni de parler ni de se taire. Le problème est de croire qu’une personne possède ce dont elle parle. Lorsque cette illusion disparaît, le silence et la parole cessent de s’opposer. Le silence devient la source. La parole en devient une expression naturelle.


La Kena Upanishad ne nous appelle ni au mutisme ni au prosélytisme. Elle nous invite à une parole sans propriétaire, une parole qui ne prétend jamais connaître Brahman, mais qui oriente inlassablement le regard vers ce qui connaît déjà. C’est peut-être la seule manière de parler de l’éveil sans trop le trahir, et de partager cette bonne nouvelle sans nourrir celui qui voudrait s’en déclarer le propriétaire.


Pour dire l’indicible, pour partager l’art du « vidya vritti » qui en sanscrit signifie « la formulation de l’informulable », il faut accepter de danser sur la vague périlleuse et vivifiante des mots et des concepts paradoxaux, oser mettre le mental au service du cœur et la pensée au service du vivant. 


Que la paix et le joie régent en toi et rayonner de toi vers le monde et les autres …


Amor Fati 

lundi 13 juillet 2026

La paix n'est pas un nuage


Cette question revient souvent : « Comment savoir si la paix que je ressens est la paix du Soi ? » Et pourtant, au plus profond, il n’y a qu’une seule paix, vaste et indivisible. Il n’existe pas une paix ordinaire et une paix spirituelle, mais une seule présence silencieuse qui se dévoile chaque fois que les frontières se dissolvent, ne serait-ce qu’un instant, comme une éclaircie dans le ciel.

Au commencement, cette paix semble n’être qu’un état parmi d’autres, un nuage d’azur suspendu entre les masses mouvantes de notre ciel intérieur. Elle apparaît, fragile et précieuse, au milieu des nuages blancs et gris de nos pensées et de nos émotions. Nous voudrions la retenir, la garder près de nous, comme on tente de saisir une lumière fugitive. Mais si l’on demeure, attentif et immobile, quelque chose se révèle doucement. Ce que nous prenions pour un nuage se dissout dans une évidence plus vaste. Cette paix ne flotte pas dans le ciel de la conscience, elle est ce ciel lui même. Les pensées, les émotions, les joies et les peines vont et viennent comme les nuages. La paix, elle, ne passe pas. Elle est l’espace ouvert dans lequel tout apparaît et disparaît.

L’éveil n’ajoute rien. Il nous invite seulement à reconnaître cette évidence, puis à avoir l’audace de la vivre. Peu à peu, la conviction cesse d’être seulement intellectuelle. Elle devient une confiance silencieuse qui demeure au cœur même des changements de la vie. C’est peut être cela, finalement, la véritable liberté.

mercredi 8 juillet 2026

Au pied du mur


Quand je suis au pied du mur, que mes espoirs se sont cognés contre le mur de la réalité, qu'il n'y a plus d'issue, un arrêt se fait.


Plus d'échappatoire vers un au-delà de l'ici et du maintenant. Toute pensée se lézarde et le futur même s'est dissout.


Que reste-t-il après un choc avec le mur de la réalité ? Plus d'échappatoire vers un au-delà de l'ici et du maintenant. Toute pensée se lézarde et le futur même est en miettes.


On est complètement sonné. Et si l'on devient intime avec ce gong de douleur qui vibre des pieds à la tête, si l'on y consent, si l'on s'y abandonne, entièrement, complètement, totalement... 


Une sensation d'impuissance vous monte alors des entrailles et envahit tout le corps. 


Vous savez qu'aucun secours ne viendra de là-bas, du dehors, des autres, de cet imaginaire jadis si créatif et prolifique. Tout se consume soudain sur le bûcher de l'Ici et du Maintenant.


Plus de savoir, plus de vouloir. Vous ne savez ni qui vous êtes, ni où vous êtes. Vous savez juste que vous êtes et cela suffit. Le miracle sans bruit du Je Suis se révèle au cœur de la tourmente, dans le vif de la blessure. Un vide abyssal. Et pourtant si merveilleusement plein déjà.


Lorsqu'on est sans issue, il y a la porte de l'impuissance, cette impuissance qui nous submerge et dissout tous nos rêves et ouvre sur un espace de Conscience : Je suis.


Alors il est possible de voir une apparence de porte en nous même. Cette porte dont Rumi a parlé et qui, lorsque vous la poussez, s'ouvre ... de l'intérieur...


L'impuissance ne consume que le faux moi et la cohorte des je suis ceci et des je suis cela, pour ne laisser se révéler que le je suis véritable, le je suis pré verbal.


L'impuissance s'ouvre toujours sur un plus vaste que soi-même. Que seules les larmes, des larmes de reconnaissance peuvent exprimer... Car cette joie là n'est pas de ce monde. Elle n'est d'aucun espace temps.

Elle n'appartient à personne. C'est une joie si pure, que même en parler vous laisse un léger goût d'amertume. Il y a une douceur qui n’est pas de ce monde, même dans l’amertume. Au travers de l'épreuve de l'impuissance le petit moi est crucifié pour que se révèle notre être véritable,

Le Je Suis, qui n'est d'aucun temps parce qu'il les contient tous. Le Je Suis de Jésus se révèle vraiment à travers l'épreuve de la croix où l'Être qui est amour se révèle être d'un amour plus fort que la mort. 


Chacun d'entre nous avons connu ces instants où nos rêves ont été crucifiés. Et chaque écroulement de nos rêves de confort et d'avenir ont été des occasions de se désidentifier de nos fausses croyances pour renaître à notre vraie nature de Présence atemporelle.


"Avant qu'Abraham ne fut je suis" disait le Christ.


Et n'oublions pas que nous aussi  "pauvres pêcheurs" sommes infiniment riches de cet être sans définition et sans limites.


Amor Fati 


lundi 29 juin 2026

Stage de we à Paris 4/5 Juillet

 


Je vous propose de partager, en amont de tout imaginaire, la reconnaissance que Je suis déjà le bonheur que je cherche : 2 jours chez moi dans le 19e arrondissement à Paris (et dans le parc) pour dissoudre les fausses croyances, s’éveiller au rêve, s’étonner d’être...

En constatant que, dans l'expérience directe, il n'y a jamais de séparation, toute tentative d’appropriation et peur psychologique s'effondrent.

En réalisant que toute expérience est une expression de moi-même, je réalise que je suis déjà la paix et le bonheur que je cherche.

L’éveil spirituel, contrairement à ce que l’on a voulu nous le faire croire, n’est pas dévolu à une caste de héros extraordinaires. C’est notre état naturel.

Nous avons simplement été mal informés et inattentifs à ce qui est trop proche, trop simple. Pour que cela ne soit pas une simple compréhension intellectuelle, mais une expérience vivante qui embrase tout votre être, je vous propose un voyage de retour vers ce que vous êtes vraiment pour répondre à la question qui suis-je ?

Ce partage se déclinera au travers d’investigations directes et d’expériences simples, vous permettant de confronter ce que vous croyez avec ce que vous voyez.

La croyance en un moi personnel et séparé se dissout d'elle-même, sans effort, par la simple exposition réitérée de sa nature illusoire et/ou le senti des impressions de séparation

qu'elle a engendrée dans le corps sous forme de fixations et de tensions inutiles.

Toute résistance à ce qui est se dévoile alors, paradoxalement, comme étant la porte la plus directe vers nous-mêmes.

Nous constatons que la Réalisation impersonnelle de notre vraie nature est d'une simplicité déconcertante.

Elle ne dépend d'aucune circonstance ou expérience particulières, et est

toujours disponible Ici et Maintenant

en chacun de nous.

Je serais disponible à des questions personnelles et/ou des soins énergétiques pendant les pauses. 

We du 4/5 Juillet :

Samedi 10h-13h / 15h-18h30

Le samedi soir dîner ensemble pour ceux qui veulent … 

Dimanche 16 novembre

10-13h puis 15h -18h00

REPAS DE MIDI : restaurant ou déjeuner chez moi avec ce que chacun a apporté 

Blog :

eclore-en-conscience.blogspot.fr

INSCRIPTIONS

uniquement à

Dan Speerschneider

mail : adnnn1967@gmail.com ou tel 0663769081 

200 Euros pour les 2 jours

Nous ne demanderons pas d‘acomptes mais faisons confiance à votre présence après inscription!

Si problèmes financiers, me contacter pour un arrangement.

dimanche 28 juin 2026

Tout est fait de conscience



Je vous partage ma méditation matinale. La lecture de quelques stances de Vijnana Bhairava Tantra. Ces quelques lignes ne sont pas une simple information d’ordre intellectuel mais une invitation à réaliser dans l’expérience directe l’absence de séparation et que tout est fait d’une seule et même substance. Cette réalisation conduit à l’évidence que tout être et toute forme est ultimement faite de on amour avec lequel je l’aime.. 

 « Quand, en vérité, l’on contemple parfaitement, de manière spontanée et globale, soit l’univers extérieur, soit son propre corps, comme s’ils étaient faits de conscience, alors, plus aucune dualité ne subsistant, surgira l’éveil suprême. » (Vijnana Bhairava Tantra, trad. Pierre Feuga)

Ce verset ne nous invite pas à imaginer que le monde est fait de conscience. Il nous invite à le regarder jusqu’à ce que cette évidence se révèle d’elle-même.

Habituellement, nous avons le sentiment qu’il y a, d’un côté, une conscience enfermée dans un corps et, de l’autre, un monde extérieur fait de matière. Le Vijnana Bhairava propose un renversement radical : contempler aussi bien le corps que l’univers comme des manifestations d’une seule et même conscience.

Lorsque cette séparation cesse, il n’y a plus un observateur face à un monde observé. Il ne demeure que la conscience se reconnaissant elle-même sous la forme de toutes choses. C’est cette disparition de la dualité, et non l’apparition d’une expérience extraordinaire, que le tantra appelle l’éveil suprême.


samedi 27 juin 2026

La juste désidentification

 


Il existe un malentendu fréquent à propos de la non dualité. Certains imaginent que l’éveil consisterait à ne plus avoir aucune identité, à devenir une sorte de page blanche sans nom, sans personnalité, sans histoire. Pourtant, une identification minimale est non seulement normale, elle est indispensable.

Il faut bien savoir comment on s’appelle, où l’on habite, reconnaître ses enfants, se souvenir d’un rendez-vous, ne pas oublier votre belle-mère sur une aire d’autoroute, conduire une voiture ou exercer son métier. Cette identité fonctionnelle permet simplement à la vie de s’organiser. Elle ne pose aucun problème.


La souffrance ne naît pas de cette identité pratique.

Elle apparaît lorsque cette identité devient psychologique et que nous la prenons pour ce que nous sommes.


Je souffre parce que je crois être ultimement l’image que les autres ont de moi. Je souffre parce que je m’identifie fortement à mon succès ou à mon échec, à mon passé, à mes blessures, à mes pensées, à mes émotions, à mon âge, à mon corps, à mes croyances et vois le corps réagir en conséquence. Je souffre parce que je défends un personnage qui, en réalité, n’a jamais été stable.


À partir de ce moment, chaque événement est interprété comme une menace personnelle. Une critique devient une attaque contre « moi ». Un refus devient la preuve que je ne suis pas assez bien. Une émotion passagère devient « mon identité ». Une pensée devient « ma vérité ».


La vie continue de proposer des expériences, mais le mental les transforme aussitôt en histoire personnelle. C’est cette identification excessive qui produit une immense partie de la souffrance humaine. La non dualité ne nous invite donc pas à supprimer l’identité. Elle nous invite à lui redonner sa juste place.


L’identité apparaît dans la présence, mais elle n’est pas au centre. Le nom apparaît dans la présence. Les pensées apparaissent dans la présence. Les émotions apparaissent dans la présence. Le corps apparaît dans la présence. Même le sentiment d’être une personne apparaît dans la présence.


Mais la présence, elle, ne dépend d’aucune de ces apparitions. Elle est là avant chaque pensée, pendant chaque expérience et après chacune d’elles.


L’identité continue donc d’exister, mais elle cesse d’occuper le devant de la scène. Elle devient un simple outil de fonctionnement, un personnage utile, sans être confondue avec ce que nous sommes réellement.


C’est un peu comme un acteur qui connaît parfaitement son rôle. Il le joue avec sincérité, avec intensité même, mais il n’oublie jamais qu’il n’est pas le personnage.


De la même manière, la personnalité continue de vivre, d’aimer, de travailler, de rire, parfois de pleurer. Rien n’a besoin d’être supprimé. La différence est qu’elle n’occupe plus le centre.


Le centre, si l’on peut encore employer ce mot, est cette présence consciente qui accueille toutes les expériences sans jamais être blessée par elles.


Lorsque cette reconnaissance devient vivante, une grande partie de la souffrance psychologique perd naturellement sa raison d’être. Les circonstances agréables continuent d’être appréciées, les circonstances difficiles continuent parfois d’être douloureuses, mais elles ne viennent plus définir ce que nous sommes.


Il reste une identité fonctionnelle, légère, souple, parfaitement adaptée à la vie, tandis que la présence demeure libre, ouverte et inchangée.


C’est peut-être cela, la véritable liberté : utiliser pleinement l’identité lorsqu’elle est nécessaire, sans jamais oublier qu’elle apparaît dans la présence et qu’elle n’en est pas le centre. Je ne peux parler que de ma propre expérience et moins je m’identifie au corps et à l’histoire personnelle, à l’idée d’être séparé, de disposer d’un libre arbitre et plus je demeure éveillée à la nature elle de présence accueillante, infinie et atemporelle que je suis déjà, plus la singularité de la personne nommée Dan semble se déployer avec aisance, joie, amour et créativité.


Amor Fati 

jeudi 25 juin 2026

Pourquoi l’ignorance ?




C’est probablement la question la plus épineuse de ltoute la non-dualité.

Avant même de chercher une réponse, il est essentiel d’examiner la question elle-même. Car toute question porte déjà en elle une manière de voir. Lorsque nous demandons : « Pourquoi y a-t-il de l’ignorance ? », nous supposons déjà qu’il existe quelqu’un qui est devenu ignorant, qu’un événement réel s’est produit, qu’une conscience parfaite se serait transformée en un individu limité. Autrement dit, nous adoptons sans nous en rendre compte le point de vue même de l’identification.

Or c’est précisément cette perspective que l’Advaita invite à remettre en question.

La question ressemble à celle-ci : « Pourquoi la corde est-elle devenue un serpent ? » Tant que le serpent paraît réel, la question semble parfaitement légitime. Mais dès que la lumière est faite, on découvre que la corde n’est jamais devenue un serpent. La question ne reçoit pas véritablement de réponse. Elle disparaît avec l’erreur qui l’avait fait naître.

C’est exactement la position de Gaudapada dans les Karika sur la Mandukya Upanishad. Il affirme avec une radicalité inégalée : « Il n’y a ni cessation, ni naissance, ni être lié, ni aspirant, ni chercheur de libération, ni être libéré. Telle est la vérité ultime. » (Mandukya Karika, II, 32.)

S’il n’y a jamais eu d’être lié, c’est qu’il n’y a jamais eu un individu réellement prisonnier de l’ignorance. L’ignorance appartient au même ordre d’apparence que le serpent imaginé sur la corde. Elle semble réelle tant qu’elle n’est pas examinée, mais elle ne possède pas de réalité indépendante.

Shankara développe cette même intuition avec la notion de surimposition (adhyasa). Nous attribuons au Soi les caractéristiques du corps, du mental et de la personne, comme nous attribuons à une corde les caractéristiques d’un serpent. Rien n’a réellement changé. Seule la perception est erronée.

Ramana Maharshi, quant à lui, refusait presque toujours de répondre directement à cette question. Il répondait simplement : « À qui appartient cette ignorance ? » Toute son invitation consiste à rechercher celui qui prétend être ignorant. Lorsque cette recherche est menée jusqu’au bout, on découvre des pensées, des émotions, des sensations, des souvenirs, mais jamais un individu séparé auquel cette ignorance appartiendrait.

Ces réponses sont d’une immense profondeur. Pourtant, je comprends que beaucoup de personnes restent sur leur faim. Car celui qui pose cette question ne cherche pas seulement une explication philosophique. Il cherche à mettre fin à un malaise. Derrière cette interrogation se cache souvent un sentiment de manque, une frustration, l’impression qu’il manque encore quelque chose avant d’être enfin en paix.

C’est pourquoi, lorsque l’on me pose cette question, je préfère souvent ne pas chercher à y répondre. J’ai l’impression qu’elle est formulée depuis le point de vue même que l’on est invité à dépasser. J’invite plutôt la personne à explorer directement, sensoriellement, tactilement, vibratoirement, ce qui la pousse à poser cette question.

Que ressens-tu lorsque tu ne trouves pas de réponse ? Sens cette frustration. Sens cette impuissance. Sens ce besoin de comprendre.

N’essaie pas de le résoudre. N’essaie pas d’obtenir enfin la bonne réponse. Laisse simplement cette sensation être pleinement ressentie.

C’est là que la voie du sentir devient précieuse. Car, lorsque cette sensation est totalement accueillie, quelque chose se détend. L’énergie qui cherchait une explication revient vers l’expérience immédiate. Peu à peu, ce qui semblait être un manque perd sa solidité. Et ce qui se révèle n’est pas une nouvelle connaissance, mais une paix qui était déjà présente.

Peut-être que le bonheur que nous recherchions à travers une réponse n’avait jamais disparu. Peut-être était-il seulement voilé par la croyance qu’il nous manquait encore quelque chose.

Alors la question « Pourquoi l’ignorance ? » ne disparaît pas parce qu’elle aurait enfin reçu une réponse satisfaisante. Au mieux, une réponse intellectuelle l’apaise momentanément. Mais tant que demeure le sentiment de manque qui lui a donné naissance, elle reviendra sous une autre forme.

Lorsqu’au contraire ce sentiment est pleinement accueilli, senti jusque dans ses moindres vibrations, la question perd simplement sa raison d’être. Non parce qu’elle aurait été résolue, mais parce que ce qui la faisait naître n’est plus là.

C’est peut-être cela que pointaient, chacun à leur manière, Gaudapada, Shankara et Ramana Maharshi. La liberté ne consiste pas à obtenir enfin une réponse parfaite. Elle consiste à reconnaître directement ce qui, en nous, n’a jamais été atteint par l’ignorance. 

Amor Fati