Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

lundi 1 juin 2026

Du dehors vers le dedans

 


Saint Augustin écrit dans les Confessions : « Les hommes vont admirer les cimes des montagnes, les vagues énormes de la mer, les larges cours des fleuves, l’immensité de l’océan, la course des astres, et ils se détournent d’eux-mêmes. » (Confessions, Livre X, chapitre 8). Cette phrase pourrait presque résumer toute l’aventure humaine. Nous sommes fascinés par ce qui bouge, ce qui brille, ce qui promet, ce qui change. Nous tournons notre attention vers les objets, vers le monde, vers les autres, vers nos pensées elles-mêmes, sans toujours remarquer ce dans quoi tout cela apparaît.


Quelques chapitres plus loin, Augustin nous invite pourtant à un retournement beaucoup plus radical : « Ne va pas au-dehors, rentre en toi-même ; c’est dans l’homme intérieur qu’habite la vérité. » (De vera religione, XXXIX, 72). Il ne parle pas ici d’introspection psychologique. Il ne parle pas davantage d’un enfermement sur soi. Il pointe vers un déplacement de l’attention, vers ce qui est plus intime que nos pensées, plus proche que notre histoire, plus fondamental même que l’image que nous avons de nous-mêmes.

Ce mouvement du dehors vers le dedans traverse presque toutes les traditions contemplatives. Il ne s’agit pas de devenir quelqu’un d’autre. Il ne s’agit pas d’accumuler davantage de croyances. Il s’agit plutôt de retourner le regard. De découvrir ce qui regarde déjà.

Dans la Kena Upanishad, il est dit : « Ce n’est pas ce que l’œil voit, mais ce par quoi l’œil voit. Sache que cela est Brahman, et non ce que les gens adorent ici. » L’invitation est d’une simplicité déconcertante. Nous passons notre vie fascinés par ce qui est perçu. Plus rarement par cela grâce à quoi toute perception est possible.

La Katha Upanishad formule ce retournement avec une image magnifique : « Le Créateur perça les sens vers l’extérieur ; c’est pourquoi l’homme regarde au-dehors et non au-dedans de lui-même. Quelque sage, désireux de l’immortalité, détourna son regard et vit le Soi intérieur. » Le diagnostic est ancien et toujours actuel. Les sens courent vers le monde. L’attention se disperse. Puis, parfois, quelque chose se retourne.

Dans la tradition chrétienne, le mouvement est identique. Dans l’Évangile de Thomas, Jésus dit : « Le Royaume est à l’intérieur de vous et il est à l’extérieur de vous. Quand vous vous connaîtrez vous-mêmes, alors vous serez connus. » (Logion 3). Le Royaume n’est pas remis à plus tard. Il n’est pas situé ailleurs. Il est déjà ce dans quoi apparaissent ces mots, cette lecture, cette respiration.

Jean Tauler parle souvent du retour au fond de l’âme, à cette profondeur oubliée sous les préoccupations incessantes. Pour lui, l’être humain se disperse dans la multiplicité puis découvre un jour qu’il existe un fond silencieux qui n’a jamais été quitté. Maître Eckhart, lui, pousse encore plus loin cette intuition lorsqu’il écrit : « Il y a dans l’âme quelque chose qui est incréé et incréable. » Ou encore : « L’œil avec lequel je vois Dieu est le même œil avec lequel Dieu me voit. » Le retournement devient alors complet. Celui qui cherche et ce qui est cherché commencent à perdre leurs frontières.

Douglas Harding, avec son sens inné du maniement du paradoxe, formulait cela de façon très explicite et admirable (Quel génie…) : « Vous n’êtes pas ici ce que vous paraissez être là-bas. » Là-bas, dans les souvenirs, là-bas dans le miroir, dans les photographies, dans les récits, dans les pensées des autres, apparaît une personne. Une histoire. Un âge. Un caractère. Une identité. Quelqu’un que le monde semble regarder, nommer, définir.

Mais ici, à l’endroit d’où vous regardez maintenant, qu’y a-t-il réellement ?  Une tête ? Une personne ?Une limite  ? Ou bien cet espace transparent, conscient, ouvert, accueillant et accessible 24h/24 7j/7 dans lequel le monde apparaît ?

Douglas Harding nous invite précisément à cette expérience extraordinairement simple : cesser momentanément de regarder seulement ce qui apparaît pour revenir vers l’endroit d’où cela apparaît. Alors quelque chose d’étrange peut être découvert. Ici où l’on croyait trouver quelqu’un, il y a peut-être surtout de l’espace. Ici où l’on croyait trouver une identité fixe, il y a peut-être cette ouverture consciente sans forme précise qui accueille les sons, les sensations, les pensées et le monde entier.

Peut-être que tout le chemin spirituel tient dans ce déplacement de l’attention. Vers la source elle-même. Vers ce fond du cœur dont parlent les mystiques. Vers cette présence qui précède les récits sur soi. Puis découvrir quelque chose d’encore plus étrange : ce dedans vers lequel nous revenons n’est pas personnel. Ce n’est pas un petit espace privé enfermé dans un corps. C’est cet espace conscient, plus intime que l’intime et pourtant impersonnel, déjà présent avant les pensées, avant les identités, avant les croyances.

Le satsang commence exactement là où le secret ouvert se redécouvre, où l’attention se relâche dans sa propre source silencieuse. 

Où ça ? Ici… Dans ce qui perçoit tout ceci y compris ce texte et ses mots et cette page blanche ou écran de téléphone ou d’ordinateur. 

Le satsang, c’est maintenant. Le satsang a lieu en toi. Le satsang, c’est toi. Il apparaît en toi, il est connu par toi et il est fait de toi.

AMOR FATI


Ce corps imaginaire que nous passons notre vie à défendre

Pendant longtemps, nous avons appris à nous définir à travers le corps et à travers l’image que le miroir, les autres et nos propres pensées nous renvoient de lui. Je suis grand ou petit, séduisant ou banal, jeune ou vieillissant, en bonne santé ou malade, fort ou fragile. Puis un jour peut apparaître une question étrange, presque déstabilisante : suis-je le corps, ou bien le corps apparaît-il dans cette conscience qui connaît chacune de ses sensations, chacun de ses changements et chacune de ses limites ?

Car dès l’instant où l’on se croit exclusivement corps, la peur s’installe presque naturellement. Peur de perdre, peur de manquer, peur d’être abandonné, peur de vieillir, peur d’être diminué, peur de mourir. Le mental devient alors un gardien épuisé qui surveille sans relâche ce qu’il croit être sa seule demeure, son unique territoire, son identité entière.

Ramana Maharshi disait : « Vous imposez des limites à votre vraie nature d’Être infini, puis vous pleurez d’être limité. » (Talks with Sri Ramana Maharshi, entretien 25)

Alors une grande partie de nos pensées se transforme en stratégies de protection. Il faut réussir davantage, contrôler davantage, séduire davantage, éviter davantage, prévoir davantage. Pourtant, malgré toute cette activité intérieure, quelque chose demeure inquiet, car ce qui cherche désespérément la sécurité se sait, au fond, fragile et temporaire.

Il existe souvent une forme de violence silencieuse dans notre relation au corps. Nous prenons un organisme vivant, respirant, sensible, traversé d’intelligence biologique, et nous lui imposons des exigences incessantes. Tu devrais être plus beau, plus mince, plus jeune, plus performant, plus calme, plus attirant, plus fort, plus spirituel. Nous comparons sans cesse ce corps vivant à une image mentale fabriquée, puis nous souffrons qu’il ne corresponde pas à cette fiction.

Le corps, lui, continue pourtant son mouvement silencieux. Il respire, digère, chante, pleure, désire, récupère, se fatigue, se répare, sans attendre l’autorisation du mental. Il n’a pas lu les commentaires intérieurs sur son apparence, son âge ou ses performances. Il continue simplement à participer à la danse de la vie, tandis que nous passons parfois davantage de temps à penser le corps qu’à l’habiter réellement.


Jean Klein rappelait souvent que la souffrance vient moins de la sensation elle-même que du commentaire ajouté à la sensation. C’est ce que j’appelle la « double peine ». Une tension dans le ventre devient immédiatement « mon problème ». Une fatigue devient « quelque chose ne va pas chez moi ». Une douleur devient une histoire, une projection, parfois même une identité. Peu à peu, nous habitons davantage les commentaires sur l’expérience que l’expérience elle-même. Et c’est précisément cette double peine qui commence à disparaître dans la redécouverte de notre vraie nature.

Car la plupart du temps, nous ne sentons plus vraiment le corps, nous le conceptualisons. Nous vivons entourés d’idées sur nous-mêmes plutôt qu’en contact avec ce qui est immédiatement vécu.

Or sentir change profondément la relation à soi.

Sentir la peur comme vibration mouvante plutôt que comme vérité. Sentir la tristesse comme énergie qui traverse. Sentir la fatigue sans immédiatement la transformer en drame personnel. Sentir tactilement, sensoriellement, vibratoirement. Dans ce retour au sentir, il y a souvent moins d’histoire, moins d’identité figée, et davantage de vie.

Le Vijnana Bhairava Tantra propose cette invitation : « Entre deux pensées, entre deux perceptions, reconnais ce qui demeure. » (versets 24 à 26, traduction Lilian Silburn)

Lorsque le commentaire intérieur ralentit, même quelques secondes, quelque chose devient évident. Le corps est connu. Les sensations sont connues. Les émotions sont connues. Les pensées sont connues. Même l’image mentale du personnage ou du corps-mental appelé « moi » est connue.

Alors une question cesse d’être philosophique pour devenir existentielle : « Qu’est-ce qui connaît tout cela ? »

Le corps apparaît, change, se transforme, vieillit, récupère, trébuche, tombe malade parfois, aime, danse, chante à l’Opéra, berce un petit enfant dans ses bras. Mais la conscience qui connaît chacune de ces expériences, chacune de ces transformations et chacun de ces âges, quel âge pourrait-elle bien avoir ?

Et si la souffrance venait moins du fait d’avoir un corps que du fait de croire être exclusivement cela ? Ce que l’on appelle le « corps de souffrance » n’est en réalité qu’un ensemble de fausses croyances réitérées, de récits répétées en boucle à propos des traumas passées ayant engendré dans le corps des nœuds de résistance et des armures énergétiques de protection. 

Mais si l’on entreprend de façon jusqu’à boutiste ce questionnement radical : « Qu’est-ce qui est conscient du corps ? encore et encore, alors progressivement, le corps cesse d’être une forteresse à défendre ou un problème à résoudre.

Il redevient simplement ce qu’il a toujours été, une apparition vivante, sensible et mouvante dans l’immensité consciente.

Et en faisant pleinement l’unité, sensorielle ment, vibratoirement, tactilement, en écoutant et en percevant directement ce que tu nommes le corps, sans pensées et sans comparaison, tu pourras toi aussi reconnaître et dire :

« Je suis le sans-forme qui module en tant que toutes ces sensations, toutes ces perceptions, toutes ces expériences de l’instant. »


AMOR FATI


Stage de we à Liège le 6-7 juin prochain

 








 

PROGRAMME

Les 25 et 26 avril 2026. De 10h à 13h et de 14h30 à 18h30.

 

HEBERGEMENT

Possibilité de loger sur place, dans la simplicité. Participation entre 15 € et 35 € selon la formule choisie, petit déjeuner compris.

 

INSCRIPTIONS 

Nathalie Bosmans

Nathalie.et.felix@gmail.com

+32 487 02 00 18

 

INFOS sur le contenu du stage

Dan Speerschneider

+33 6 63 76 90 81

Mail : adnnn1967@gmail.com

 

PARTICIPATION : 200 €

Si problèmes financiers contacterDan pour un arrangement

 

ADRESSE 

Rue de la Justice, 20

4420 Saint-Nicolas (LIEGE)

www.toutcoquelicot.be

 

 

 

 

Reconnaître sa vraie nature et sortir de la souffrance

DU SENTIMENT DE MANQUE A LA PLÉNITUDE

 

WEEK-END de NON DUALITE avec Dan SPEERSCHNEIDER 

6/7 juin 2026

 

 

 

 

 

 

Depuis 20 ans, Dan partage les plus belles clés d’accès à notre vraie nature, afin que l’expérience d’aperception, (la non séparation, l'unité, l'amour) soit vécue directement.

Chacune des expériences proposées vous permet de discriminer entre ce que vous croyez (notion de temps, de causalité, d’être une personne séparée, auteur de ses actions et pensées) et de réaliser que vous êtes déjà la paix que vous cherchez.

 

Rejoignez-nous pour ce week-end.

 

 

 

Blog : eclore-en-conscience.blogspot.fr vidéos : Chaine YouTube de Dan Speerschneider : 

https://www.youtube.com/watch?v=rX2h4aAUOG4

https://www.youtube.com/live/xLiHqvcgQVQ?si=D1dOft39ybavMiiMhttps://youtu.be/bAzDH-y8C_U           https://youtu.be/466TZJCHGTQ https://youtu.be/LfhLQVJVSFM

https://youtu.be/UxGE7uDqrpI

 

L’inconnu n’apparait jamais dans l’inconnu

 


L’une des plus grandes différences de fonctionnement entre le sentiment d’être un individu séparé et la reconnaissance de notre nature profonde apparaît souvent dans notre façon de rencontrer l’inconnu. Lorsqu’une situation inattendue apparaît, quelque chose en nous se met souvent immédiatement à anticiper, calculer, contrôler, chercher une issue ou imaginer le pire. C’est profondément humain. Le problème n’est pas ce réflexe en lui-même. Le problème apparaît lorsque ce réflexe devient notre seule façon d’habiter la vie.

Si tu prends le temps d’observer ton propre fonctionnement tu peux voir que dès que l’inconnu arrive, le corps se tend. Les épaules montent, la respiration se raccourcit, le ventre se resserre. Il y a déjà une sorte de lutte contre ce qui n’est même pas encore arrivé.

Mais dans l’expérience directe, quelque chose d’étonnant peut être observé. L’inconnu n’apparaît jamais dans l’inconnu. Il apparaît toujours ici, dans la conscience présente, maintenant. Et, lorsque l’attention cesse un instant de suivre automatiquement les scénarios intérieurs, il devient possible de regarder autrement. Où est exactement le danger avant la pensée qui le raconte ? Où est le sentiment de manque avant la mémoire et l’anticipation ?

Une grande partie de notre souffrance quotidienne vient de cette habitude presque transparente de nous reposer exclusivement sur le sentiment d’être un moi séparé pour trouver des solutions. Alors la vie devient contractée. Nous vivons moins à partir de l’expérience directe qu’à partir des projections sur l’expérience. Plus nous cherchons compulsivement à résoudre l’inconnu depuis la contraction, plus cette contraction semble devenir notre identité.

Et si, au lieu de partir immédiatement dans les scénarios, il devenait possible de juste sentir ? Sentir le corps. Sentir les éventuelles contractions. Sentir la respiration. Sentir les vibrations de l’instant.

Car sentir est déjà sortir un peu de l’histoire que l’on raconte sur soi et sur le monde. Tu ne peux pas sentir et penser en même temps. De ce fait sentir est en soi non duel, sans séparation. 

Peu à peu, il devient évident que nous ne rencontrons jamais « l’avenir ». Nous rencontrons seulement cette expérience-ci, puis celle-ci, puis celle-ci. Et peut-être qu’au cœur de l’inconnu, ce qui fait peur n’est pas vraiment ce qui arrive, mais la croyance transparente qu’il existe quelqu’un de séparé qui devrait pouvoir tout maîtriser.

Regarde bien. Ici même, à l’endroit précis où tu pensais voir le monde à partir d’une tête. Ici même, au-dessus des épaules, dans cet espace conscient qui accueille tout, y compris ce texte et que Douglas Harding appelait la vision sans tête. Est-ce que cet espace pourrait réellement être menacé ? A-t-il besoin d’être protégé ? Vieillit-il ? Se contracte-t-il ? Ou accueille-t-il simplement, sans effort, tout ce qui apparaît en lui, y compris les sensations de peur, d’incertitude ou de contraction ?

Dès que ce retour vers l’ouvert se produit, dès que cet espace conscient se reconnaît lui-même, l’inconnu cesse peu à peu d’apparaître comme une menace. Il redevient ce qu’il a toujours été : le mouvement vivant de l’instant, la danse de la vie telle qu’elle est. Alors le corps cesse progressivement de se contracter inutilement. Il se détend dans ce qui est déjà là. Et à travers cette détente, une sorte de disponibilité et une confiance réapparaissent.

Alors aujourd’hui, lorsque quelque chose d’inattendu surgira, expérimente. Avant de te réfugier automatiquement dans les vieux réflexes de protection, fais une pause. Reviens à l’ouvert. Accueille depuis cet espace qui précède les commentaires. Puis regarde ce qui se passe par toi-même.

Le fait de reconnaître que l’inconnu n’apparaît jamais dans l’inconnu est susceptible de transformer radicalement ton rapport à la vie au quotidien.

Amor fati.


vendredi 29 mai 2026

La non dualité est une invitation à vérifier





La non dualité n’est ni une croyance ni une théorie, mais une simple invitation à vérifier dans l’expérience directe, ici et maintenant, si la croyance en la séparation et l’impression d’être séparé du monde et des autres, ainsi que le sentiment de manque et la peur de mourir qui en découlent, correspondent à une réalité vécue ou à une simple habitude d’interprétation, à une sorte d’hallucination fallacieuse maintenue par l’absence d’investigation. 

Retrouver le goût de vivre

 


Essayer de lutter contre l’agitation mentale par des stratégies mentales ou des tentatives d’analyse, c’est la plupart du temps ajouter du bruit au bruit. C’est comme vouloir calmer les vagues en remuant davantage l’eau.

Ce qui transforme réellement notre rapport au mental, ce n’est presque jamais une meilleure gestion des pensées, mais un déplacement de l’attention vers la vie sensorielle, vers la perception directe, vers ce qui est effectivement vécu ici et maintenant.

Quand l’expérience directe devient dense, vivante, intime, le bavardage intérieur perd naturellement de sa place. Non parce qu’il disparaît complètement, mais parce qu’autre chose occupe l’espace.

Regarde ce qui se passe quand tu te contentes de contempler vraiment le vol stationnaire d’une libellule. Quand tu deviens très intime avec une émotion sans immédiatement la commenter. Quand tu chantes, danses, aimes, jouis, regardes un paysage ou écoutes profondément quelqu’un. Remarque alors que les pensées ne disparaissent pas forcément totalement, mais qu’elles cessent souvent d’être le centre de gravité de l’expérience.

On pourrait dire que le silence mental n’apparaît pas par soustraction, mais par une forme d’accroissement de la plénitude. Ce n’est pas parce qu’il y a moins d’expérience. C’est parce qu’il y en a davantage.

Mais davantage de quoi ? Davantage de texture. Davantage de sensations. Davantage de présence vécue. C’est toute la puissance de la voie du sentir. L’art de vivre une vie sensorielle. Il nous faut peut-être réapprendre à apprécier, à savourer, à traverser l’expérience avant de la commenter. Quand j’étais enfant, mon père me répétait parfois : « Tu n’es pas obligé d’aimer la nourriture, mais goûte. » J’ai longtemps trouvé cette phrase anodine. Aujourd’hui, je la trouve profondément juste. Car goûter, ce n’est pas seulement manger. C’est se rendre disponible à l’expérience. C’est accepter de rencontrer avant de juger. Nietzsche faisait remarquer le lien ancien entre savoir, sagesse et saveur, rappelant que la racine latine sapere renvoie autant au goût qu’au savoir. Peut-être avons-nous oublié cela : qu’il existe une forme d’intelligence qui ne consiste pas d’abord à expliquer la vie, mais à la goûter. Sentir avant d’expliquer. Habiter avant d’interpréter. Goûter avant de conclure.

Il ne s’agit pas tant de diminuer l’agitation mentale que de retrouver cette capacité oubliée à sentir directement : la chaleur d’une tasse entre les mains, la vibration d’une émotion, le contact du vent sur la peau, le poids du corps sur une chaise, le simple fait de respirer, la présence sonore d’un oiseau, la densité d’un silence.

Car à force de commenter la vie, nous perdons parfois le goût de la vivre.

La plupart d’entre nous sommes tellement saturés de concepts (la plupart du temps inconscients ou implicites) et affamés de perceptions.

Alors peut-être qu’au lieu de chercher comment réduire l’agitation mentale, il vaut mieux se demander : suis-je, maintenant, à cet instant précis, en train d’habiter pleinement ce qui m’est donné dans l’expérience directe ?

Car lorsque le fait de sentir devient plus important, plus profond que le fait de commenter, l’identification aux pensées commence naturellement à perdre de sa force. Les pensées continuent peut-être leur danse, mais elles ne colonisent plus toute l’expérience. Le centre de gravité se déplace alors du commentaire vers l’expérience vécue. Le sentir reprend sa place.

Comme me l’enseignait mon maître, Frédéric Moreau : plus tu penses la vie, plus il y a de souffrance. Plus tu sens la vie, plus il y a de joie.

AMOR FATI


mercredi 27 mai 2026

Comment sortir de l’auto-hypnose ? Dé couvrir que Je suis Conscience



Découvrir la conscience que l’on est ne consiste pas à trouver un nouvel objet spirituel, une expérience extraordinaire ou un état spécial. C’est plutôt sortir progressivement d’une forme d’auto hypnose. Une hypnose très ordinaire. Celle qui consiste à croire automatiquement toutes les pensées, à prendre chaque émotion comme une définition de soi, à vivre absorbé dans le film du mental au point d’oublier ce qui rend toute expérience possible.

Nous sommes fascinés par le contenu de l’expérience. Fascinés par nos histoires, nos peurs, nos désirs, nos projections, nos souvenirs, nos interprétations. Et cette fascination agit comme une sorte de rêve éveillé. Une auto hypnose permanente. Pourtant tout ce qui apparaît dans l’expérience a un point commun : rien de cela n’est conscient.

Une pensée n’est pas consciente. Une émotion n’est pas consciente. Une sensation n’est pas consciente d’elle-même. Le corps n’est pas conscient de lui-même. Même l’image mentale du “moi” n’est qu’un objet perçu parmi d’autres.

Tout cela apparaît. Tout cela est connu. Mais rien de cela ne connaît.

Alors une question devient vivante, non plus philosophique mais existentielle : qu’est-ce qui connaît tout cela ? Qu’est-ce qui est conscient de cette pensée maintenant ? Qu’est-ce qui perçoit cette sensation dans le corps ? Qu’est-ce qui est conscient même du sentiment d’être une personne ?

Et c’est là qu’un retournement peut commencer. Car ce qui connaît ne peut pas lui-même être une chose connue parmi les choses. La conscience ne peut pas devenir un objet, puisque c’est elle qui illumine tous les objets. Comme l’œil ne peut se voir directement, sauf dans un reflet, la conscience se découvre indirectement, en réalisant que tout ce qui est perçu n’est pas elle.

Douglas Harding disait que partout où l’on cherche la conscience dans le monde, on ne trouve jamais qu’un contenu de conscience. Ramana Maharshi invitait sans cesse à retourner vers celui qui connaît. Non pas pour fabriquer un nouvel état spirituel, mais pour sortir de la fascination.

Car dès qu’une pensée est vue au lieu d’être automatiquement crue, quelque chose se détend. Dès qu’une émotion est ressentie sans être immédiatement transformée en identité, l’hypnose faiblit. Dès qu’une peur est observée comme un phénomène apparaissant dans la conscience, au lieu d’être vécue comme “moi”, un espace s’ouvre.

C’est un peu comme lorsqu’on devient lucide dans un rêve. Le rêve peut continuer quelque temps, mais la captivité psychologique commence à se dissoudre. La vie continue, les émotions continuent, les pensées continuent, mais elles ne possèdent plus entièrement l’attention.

Et cela conduit peu à peu à une paix très particulière. Non pas une paix fabriquée par le contrôle des circonstances. Une paix plus profonde, parce qu’elle ne dépend plus entièrement du contenu de l’expérience. La conscience ne dépend pas de ce dont elle a conscience.

Une pensée anxieuse apparaît, elle est connue. Une douleur apparaît, elle est connue. Une grande joie apparaît, elle est connue. Le calme comme l’agitation sont connus. Mais ce qui connaît demeure étonnamment intact.

Comme l’écran n’est pas brûlé par l’incendie du film. Comme le ciel n’est pas blessé par les nuages qui le traversent. Comme l’espace d’une pièce n’est pas encombré par les meubles qu’il contient.

Alors il devient possible de vivre autrement. Non plus hypnotisé par chaque mouvement du mental, mais enraciné dans cette présence consciente qui précède tous les contenus. C’est peut-être cela que pointaient les traditions lorsqu’elles parlaient de libération. Non pas devenir quelqu’un d’autre, mais cesser progressivement de se prendre exclusivement pour ce qui apparaît dans la conscience.

Dans l’Évangile de Thomas, Jésus dit : « Le Royaume est à l’intérieur de vous et il est à l’extérieur de vous. Quand vous vous connaîtrez vous-mêmes, alors vous serez connus. » Peut-être que se connaître soi-même commence très simplement ici : voir clairement que tout ce qui change est perçu, et découvrir silencieusement que ce qui perçoit ne change pas avec ce qu’il perçoit.

Amor Fati


vendredi 8 mai 2026

Le monde est-il en train de s’éveiller ?

 


On entend souvent aujourd’hui que “le monde est en train de s’éveiller”, qu’un nombre croissant de personnes s’intéressent à la non dualité, à la méditation, à la pleine conscience, (des enseignants de la perspective non duelle comme Rupert Spira ont plus de 500000 abonnés sur leur chaîne YouTube ce qui est il est vrai inédit), et du coup on entend dire qu’à partir d’un certain seuil critique, l’éveil deviendrait presque une nouvelle norme collective. Cette idée peut sembler séduisante et semble donner de l’espoir. Mais au fond, elle ne donne souvent qu’un faux sentiment de sécurité, comme si l’on pouvait remettre la vérité à plus tard, attendre que l’humanité mûrisse collectivement, attendre qu’un mouvement global nous emporte enfin vers la paix.

Mais l’espoir lui-même mérite d’être interrogé. Comme je le dis dans ma chanson Le Grand Amour : « L’espoir est le sel de l’eau des assoiffés. Dès que naît l’espoir renaît le désespoir. » Tant qu’il y a projection vers un futur censé nous sauver, il y a implicitement l’idée qu’il manque quelque chose maintenant.

Puis autre chose d’encore plus fondamental : seule la Conscience s’éveille !


Ibn Arabi, le grand maître soufi disait : «  Dieu dort dans le rocher. Dieu, rêve dans la plante. Dieu bouge dans l’animal. Dieu s’éveille dans l’homme. »

Le monde (un ensemble de perceptions) ne s’éveille pas. Le monde apparaît dans la conscience. C’est une distinction essentielle. Il n’y a pas “le monde” d’un côté et “la conscience” de l’autre. Tout ce qui est perçu, pensé, ressenti, imaginé, espéré, redouté, apparaît dans la conscience. Dire que le monde s’éveille revient déjà à objectiver l’éveil, à le transformer en phénomène observable, mesurable, statistique. Mais l’éveil véritable n’est pas un événement localisé dans le monde. C’est la reconnaissance de ce qui est avant le monde tel qu’il est perçu.

Et surtout, il n’y a pas quelqu’un qui s’éveille. Il n’y a que la conscience qui se reconnaît elle-même. Dès qu’on commence à comptabiliser l’éveil, à parler de pourcentages de population éveillée, de seuils critiques, de basculement collectif, on est déjà revenu dans le rêve du mental, dans le scénario, dans une vision objectivante de la spiritualité.

La vraie question n’est donc pas : “Le monde s’éveille-t-il ?” La vraie question est beaucoup plus simple, beaucoup plus directe : as-tu, toi, un désir de vérité suffisamment profond pour aller jusqu’au bout de cette investigation ? As-tu le courage de regarder ce que tu es avant les récits sur toi-même ?

Parce que cette exploration demande une honnêteté radicale. Elle implique de distinguer ce qui apparaît dans la conscience, pensées, émotions, corps, histoire personnelle, identités, de la conscience elle-même.

Quand cette reconnaissance a lieu, la question du “réveil du monde” perd une grande partie de son importance. Non pas par cynisme ou indifférence, mais parce qu’on voit qu’il n’y a jamais eu “un monde séparé” attendant d’être sauvé. Il y a simplement ce qui apparaît et disparaît ici et maintenant dans la conscience.

Bien sûr, des actions peuvent surgir. L’enseignement, le partage, l’écoute, l’amour, le soin. Mais ils ne naissent plus d’un projet d’ego voulant améliorer le monde pour se rassurer lui-même ou se donner une identité spirituelle. Comme dit l’adage, “l’enfer est pavé de bonnes intentions”.

C’est aussi pour cela que la Bhagavad Gītā insiste tant sur le détachement des fruits de l’action : « Tu as droit à l’action, mais jamais à ses fruits. » (Bhagavad Gītā II.47). Le sage agit, mais ne cherche pas à posséder son action ni à en tirer un mérite personnel.

Car l’éveil n’est pas une amélioration du personnage. Ce n’est pas une optimisation du rêve. C’est la reconnaissance de ce qui est déjà libre avant le rêve lui-même.

Et peut-être que la vraie révolution spirituelle commence exactement là.

Où ?

Ici.

Et quand ?

Maintenant.

Amor Fati