Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

jeudi 29 octobre 2026

We de partage à Liège 28/29 Novembre







 

PROGRAMME

Les 28/29 Novembre 2026. De 10h à 13h et de 14h30 à 18h30.

 

HEBERGEMENT

Possibilité de loger sur place, dans la simplicité. Participation entre 15 € et 35 € selon la formule choisie, petit déjeuner compris.

 

INSCRIPTIONS 

Nathalie Bosmans

Nathalie.et.felix@gmail.com

+32 487 02 00 18

 

INFOS sur le contenu du stage

Dan Speerschneider

+33 6 63 76 90 81

Mail : adnnn1967@gmail.com

 

PARTICIPATION : 200 €

Si problèmes financiers contacterDan pour un arrangement

 

ADRESSE 

Rue de la Justice, 20

4420 Saint-Nicolas (LIEGE)

www.toutcoquelicot.be

 

 

 

 

Reconnaître sa vraie nature et sortir de la souffrance

DU SENTIMENT DE MANQUE A LA PLÉNITUDE

 

WEEK-END de NON DUALITÉ avec Dan SPEERSCHNEIDER 

28/29 Novembre 2026

 

 

 

 

 

 

Depuis 20 ans, Dan partage les plus belles clés d’accès à notre vraie nature, afin que l’expérience d’aperception, (la non séparation, l'unité, l'amour) soit vécue directement.

Chacune des expériences proposées vous permet de discriminer entre ce que vous croyez (notion de temps, de causalité, d’être une personne séparée, auteur de ses actions et pensées) et de réaliser que vous êtes déjà la paix que vous cherchez.

 

Rejoignez-nous pour ce week-end.

 

 

 

Blog : eclore-en-conscience.blogspot.fr vidéos : Chaine YouTube de Dan Speerschneider : 

https://www.youtube.com/watch?v=rX2h4aAUOG4

https://www.youtube.com/live/xLiHqvcgQVQ?si=D1dOft39ybavMiiMhttps://youtu.be/bAzDH-y8C_U           https://youtu.be/466TZJCHGTQ https://youtu.be/LfhLQVJVSFM

https://youtu.be/UxGE7uDqrpI

 

mercredi 28 octobre 2026

Permets à Dieu de s’éveiller en Toi

 


« D’éveillé je ne connais que bibi (moi-même) » disait Stephen Jourdain …

« Moi-même » désignant non pas la forme et le nom mais Cela qui en chacun de nous se connaît soi-même par évidence et qui lorsqu’on l’explore directement se révèle être infini et sans âge et donc totalement impersonnel …

Tellement compliqué de se défaire de ce terme d’éveillée qui ne peut jamais s’appliquer à une personne…

Pourtant c’est là que tout se joue. Réaliser que la personne avec ses mille et une facettes n’est que perceptions éphémères. Et que si je prends le temps de me poser 5-10 mn pour faire une investigation du Soi Je peux réaliser que mon essence, ce qui ne change jamais est pure Conscience, et qu’au fond Je n’ai jamais été que Cela !

Du coup seule la Conscience s’éveille. Mais en réalité Elle est déjà pleinement éveillée ! Quel merveilleux paradoxe ! Qui, après investigation n’en est plus un car le « tour de magie » du prestidigitateur a été vu comme un simple artefact, un subtil détournement momentané de l’attention qui soudain s’est enflammée en par le questionnement à propos de son origine et le retour vers sa propre source !

Une amie m’a confié récemment : Ce qui a été vraiment décisif pour moi c’est lorsque au dernier satsang tu as cité et commenté la fameuse phrase de Ibn El Arabi :

« Dieu dort dans le rocher. Dieu rêve dans la plante. Dieu bouge dans l’animal. Dieu s’éveille dans l’Homme ».

« C’est alors que j’ai vraiment compris et senti, de façon directe et immédiate, que l’éveil était totalement impersonnel. » Et c’est cette impersonnalité qui est si intime et que par inattention on a associé à tout un imaginaire personnel. 

Le sens même de la Vie est d’éveiller la Vie ! Nous sommes là pour permettre à Dieu de s’éveiller à Lui-même au cœur de son propre rêve !

Sors de Toi-même et laisse Dieu entrer comme disait Maitre Eckhart dans son sermon 5B !

Amor Fati 




dimanche 25 octobre 2026

Lucrèce et le pressentiment que tout est vide

 Il faut relire ou découvrir Lucrèce ! 

Au Ier siècle avant Jésus-Christ, le poète et philosophe romain Lucrèce est un « vidiste »convaincu :

« De la mer aux monts et de la terre au ciel, Nous voyons en tous sens s’agiter la matière. Le vide au mouvement peut seul donner carrière. Rien ne vivrait sans lui, car rien ne serait né. Dans l’univers stagnant, par sa masse enchaînée. »

Lucrèce, De la nature des choses, livre I, traduction d’André Lefèvre.

Le vers « Le vide au mouvement peut seul donner carrière » signifie que seul le vide permet à la matière de se mouvoir. Pour Lucrèce, si tout l’espace était absolument rempli, sans aucun intervalle vide, les corps ne pourraient pas se déplacer : aucune place ne serait disponible pour les accueillir.

Le vide n’est donc pas ici une absence de conscience ou un néant absolu : c’est l’espace libre qui rend possibles les déplacements des atomes.

Il y a sans doute ici un pressentiment que comme disait Einstein « l’univers entier est une condensation d’un seul et même vide » …

Un pas de plus et réaliser que ce Vide c’est ce qui en toi est conscient de toute expérience, ton essence la plus intime…. 

Fais un pas de plus c’est à dire retourne l’attention à 180 degrés vers ce qui en toi est conscient, vers ce qui perçoit N’as tu pas alors l’impression d’être un vide accueillant empli de tout, l

Ou pour le formuler plus radicalement le Rien du Tout ?

vendredi 23 octobre 2026

Reconnaitre joyeusement l’auto hypnose

 


Vois comment la conscience s’auto-hypnotise lorsqu’elle se prend pour le personnage qui apparaît en elle. Elle imagine une frontière, se croit enfermée dans un corps, puis regarde le monde comme si elle en était séparée. La voilà devenue quelqu’un, avec une histoire à défendre et un sentiment d’incomplétude à combler. Pourtant, aucune pensée ne l’a jamais coupée en deux. Même « je suis séparé » apparaît dans cette présence sans frontière.

L’éveil, c’est se reconnaître directement, libre de cette croyance. Quand ? Maintenant. Où ? Ici. Ici même, et maintenant.

La conscience qui se croit séparée ressemble à une vague qui aurait peur de l’eau et chercherait l’océan sans vouloir se mouiller.

Que peux-tu faire d’autre, ici et maintenant, que de reconnaître ton propre pouvoir d’auto-illusionnement et d’en sourire ? C’est juste par manque d’attention que tu avais pris le prestidigitateur pour un vrai magicien. À un moment donné, tu reconnais que son pouvoir consiste à détourner ton attention, à t’endormir, à t’hypnotiser. Fasciné par l’histoire, tu avais oublié de vérifier ce qui est réellement là.

L’investigation est ce geste d’amour par lequel tu reviens regarder, sans condamner ce que tu découvres. Tu vérifies cette séparation que tu tenais pour évidente, et tu ne trouves plus de frontière entre toi et la vie. Voir la maya à l’œuvre ouvre alors sur une dimension à proprement parler magique et émerveillée.

Comme un père qui regarde ses jeunes enfants inventer, avec une créativité débordante, toutes sortes de personnages et plonger avec délice dans leurs histoires, sans la moindre culpabilité.

Je te souhaite de tout cœur de découvrir que tu peux déjouer sans effort les subterfuges du prestidigitateur, aussi fascinants soient-ils, et reconnaître, dans ce joyeux dévoilement, le bonheur déjà présent de ta véritable nature.

Amor fati


mardi 20 octobre 2026

L’éveil n’est pas une expérience

 


Une amie, Agnès Balin, m’a raconté cette anecdote amusante tirée de la biographie officielle de Shunryu Suzuki intitulée Croasser dans le vide (Crooked Cucumber: The Life and Zen Teaching of Shunryu Suzuki), écrite par son élève David Chadwick et publiée en 1999.

L'évènement s'est déroulé au San Francisco Zen Center à la fin des années 1960.

Lors d'une séance de questions-réponses, un élève demanda à Suzuki Roshi pourquoi il ne parlait jamais de son satori (son expérience d'éveil). Avant que le maître ne puisse répondre, sa femme, Mitsu Suzuki, s'est levée depuis le fond de la pièce et s'est écriée : « C'est parce qu'il n'en a jamais eu ! »

Cette intervention spontanée fait partie des histoires célèbres du milieu zen nord-américain : Elle illustre l'enseignement central de Suzuki Roshi (développé dans son livre Esprit zen, esprit de débutant) : l'éveil n'est pas un évènement spectaculaire à acquérir ou à exhiber, mais une pratique quotidienne incarnée dans la simplicité.

Une pratique quotidienne incarnée serait par exemple en voyant cette photo ci-dessus, se souvenir, sans la mémoire, de l’ouverture transparente et consciente au-dessus des épaules accueillant le monde, les autres, et le corps mental avec amour inconditionnel. 

Appliquer dans toutes les situations de la vie ce rappel au Soi, à une présence accueillante et aimante et inclure en cette Présence, progressivement, toujours au fil du présent, tout ce qui avant avait été précédemment rejeté, négligé, haï, comparé, jugé, toutes nos zones d’ombre, nos peurs et nos désirs inavouables, nos traumas et leurs émotions enfouies sous des couches de résistance inconscientes, nos angles morts, nos refus, pour réaliser encore et encore que la souffrance c’est toujours de l’amour qui se cherche … 


Asparsa : la non dualité radicale



Dans ses célèbres Karikas (commentaires) sur la Mandukya Upanishad, Gaudapada (le maître du maître de Shankara) évoque l’Asparsa yoga, le « yoga du non-contact ». L’expression est paradoxale : on pourrait croire qu’elle nous invite à nous détacher du monde, à nous retirer des pensées et des sensations pour demeurer à l’écart. Mais où pourrions-nous nous retirer, puisque tout apparaît déjà dans ce que nous sommes ?


Le « non-contact » pointe ici vers le cœur de la non-dualité la plus radicale : il n’y a en réalité qu’un seul Être, une seule Présence. Toute relation suppose deux termes, un sujet séparé de l’objet qu’il perçoit. Mais si tout apparaît déjà en Cela, où seraient sur un plan essentiel les deux ?


Nous nous imaginons être quelqu’un qui entre en contact avec un monde extérieur. Pourtant, les sons, les couleurs, les sensations, les pensées apparaissent dans la présence consciente. Jusqu’à ce sentiment d’être « quelqu’un », lui aussi connu, lui aussi accueilli en Cela. Où donc trouver dans l’expérience directe et immédiate, sans faire référence à la mémoire ni à la pensée un sujet séparé de ce qu’il perçoit ?


Dans une démarche d’investigation du soi, on peut effectivement commencer par distinguer ce qui perçoit de ce qui est perçu, par une sorte de concession et de compassion pour l’apparent individu séparé : reconnaître que puisque je connais les pensées je ne suis pas réductible à ces pensées. Cette distinction nous aide à défaire l’identification. Mais ici, dans la « voie sans voie », nous ne commençons pas par séparer le perçu de ce qui perçoit. Nous reconnaissons que nous sommes déjà Cela, cette Présence dans laquelle toute distinction apparaît. Même celui qui voudrait se détacher, l’apparent sujet sépare, est déjà en Cela. Il n’y a aucun écart à franchir pour être ce que nous sommes.


Dire « sans contact » exprime alors cette absence de séparation : aucun second être avec lequel entrer en relation. Rien à rejoindre, rien à repousser. La pensée la plus ordinaire, le visage aimé, une émotion d’inquiétude, la rumeur confuse de la ville prennent forme dans cette unique Présence, sans jamais s’en détacher. Toute expérience est en réalité une modulation de la Présence que Je suis ultimement. 


Je suis le Sans-forme prenant toute forme. Aucune forme ne me contient, et aucune n’est en dehors de moi.


Asparsa nous invite à vérifier cela, ici même. 


Néanmoins n’oublions pas au passage que même si ce concept célèbre de l’Advaita Vedanta semble dire qu’il n’y a pas de chemin ni de voie pour reconnaître le soi, il y a tout de même cette invitation à vérifier. Sans cette communication minimale ayant besoin de temps pour s’exprimer aucune chance ou presque de le réaliser. On pourrait juste dire que la voie sans voie semble plus proche conceptuellement parlant de l’Absolu. Même « la voie sans voie » est tout de même une voie au regard de l’atemporelle Présence. 


Ceci étant dit, remarquons la beauté fulgurante de ce concept qui nous invite à vérifier qu’Avant de me penser séparé, avant même de chercher à rejoindre ou me séparer de quoi que ce soit, si Je ne suis pas déjà cette Présence en laquelle toute expérience se donne ?


Bienvenue chez toi.


Amor Fati 

vendredi 9 octobre 2026

L’erreur fondamentale

 


L’erreur fondamentale, la source de presque tous nos malheurs, est une erreur d’identification. Nous nous prenons pour ce que nous ne sommes pas. Nous nous identifions au corps, à l’âge, au visage, au nom, à l’histoire personnelle, aux blessures, aux réussites, aux échecs, aux pensées qui passent, aux émotions qui nous traversent.

Alors tout devient menace. Si je suis mon image, je dois la défendre. Si je suis mon histoire, je dois la justifier. Si je suis mes blessures, je dois les protéger. Si je suis mes pensées, je dois avoir raison. Si je suis mes émotions, je suis emporté par chaque vague. De cette confusion naissent la peur, la comparaison, la jalousie, la violence, le besoin d’être reconnu, aimé, validé, sauvé.

Mais ce que nous sommes vraiment, vraiment, n’est pas un corps-mental fragile, ballotté dans les intempéries du monde. Ce que je suis, et je peux le vérifier maintenant, ici même, c’est la présence consciente dans laquelle le corps, l’histoire, les pensées, les émotions apparaissent et disparaissent. Lorsque cette identification se relâche, le monde ne disparaît pas. Le corps reste là, l’histoire demeure, les relations aussi.

Mais quelque chose cesse de se contracter autour d’un centre illusoire de commandement. Et c’est là qu’une plénitude impossible à dire se révèle comme étant ma nature, ma nature la plus intime, la plus réelle.

Bienvenue chez toi.

Amor Fati 


mardi 6 octobre 2026

Proust ou l’intuition non duelle

 


Pour faire écho à l’article publié récemment ici, issu de mon blog Éclore en conscience, « Le dilemme de la madeleine de Proust », voici deux passages essentiels qui permettent, me semble-t-il, de lire À la recherche du temps perdu dans sa profondeur la plus radicale.

On réduit souvent Proust à la mémoire, à la nostalgie, à la société mondaine, à l’analyse psychologique ou au génie littéraire. Tout cela est vrai, bien sûr. Mais au cœur de La Recherche, et tout particulièrement dans Le Temps retrouvé, il y a une découverte beaucoup plus profonde : celle d’un être en nous qui n’appartient pas au temps.

Proust l’écrit avec une précision bouleversante :

« Or, cette cause, je la devinais en comparant entre elles ces diverses impressions bienheureuses et qui avaient entre elles ceci de commun que je les éprouvais à la fois dans le moment actuel et dans un moment éloigné où le bruit de la cuiller sur l’assiette, l’inégalité des dalles, le goût de la madeleine allaient jusqu’à faire empiéter le passé sur le présent, à me faire hésiter à savoir dans lequel des deux je me trouvais ; au vrai, l’être qui alors goûtait en moi cette impression la goûtait en ce qu’elle avait de commun dans un jour ancien et maintenant, dans ce qu’elle avait d’extra-temporel, un être qui n’apparaissait que quand, par une de ces identités entre le présent et le passé, il pouvait se trouver dans le seul milieu où il pût vivre, jouir de l’essence des choses, c’est-à-dire en dehors du temps. »

Marcel Proust, Le Temps retrouvé

Ce passage est incroyable. Proust ne dit pas seulement : “je me souviens”. Il dit : il y a en moi un être qui goûte l’essence des choses en dehors du temps. Cet être n’est pas le personnage social, ni le moi psychologique, ni l’histoire personnelle. Il n’est pas enfermé dans le passé ni dans le présent. Il apparaît lorsque le temps se fissure, lorsque deux instants se rejoignent, lorsque l’expérience cesse d’être prise dans la succession ordinaire.

Dans un langage non duel, on pourrait dire que Proust touche ici la vraie nature : cette présence silencieuse, sans âge, dans laquelle les expériences apparaissent et disparaissent, mais qui, elle, ne passe pas.

Et cette découverte rejoint un autre passage fondamental, cette fois sur l’art, le génie et le regard. Proust y montre que la grandeur de l’artiste ne vient pas de la noblesse de ce qu’il contemple, mais de sa capacité à devenir miroir :

« Ceux qui produisent des œuvres géniales ne sont pas ceux qui vivent dans le milieu le plus délicat, qui ont la conversation la plus brillante, la culture la plus étendue, mais ceux qui ont eu le pouvoir, cessant brusquement de vivre pour eux-mêmes, de rendre leur personnalité pareille à un miroir, de telle sorte que leur vie si médiocre d’ailleurs qu’elle pouvait être mondainement et même, dans un certain sens, intellectuellement parlant, s’y reflète, le génie consistant dans le pouvoir réfléchissant et non dans la qualité intrinsèque du spectacle reflété. »

Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs

Là encore, tout est dit. Le génie ne consiste pas à avoir une vie exceptionnelle, ni à fréquenter les milieux les plus raffinés, ni à posséder des objets plus beaux que les autres. Le génie consiste dans le “pouvoir réfléchissant”, autrement dit dans la capacité du regard à devenir assez transparent pour que la vie se révèle.

Ce miroir dont parle Proust est très proche de ce que Douglas Harding nous invite à découvrir dans la Vision Sans Tête. Lorsque nous regardons vraiment, au lieu de nous penser comme un objet parmi les objets, nous découvrons ici un espace clair, ouvert, accueillant, sans visage pour lui-même. Un espace qui reçoit le monde sans le saisir. Un espace miroir.

Hier encore, je faisais faire à un ami l’expérience du lac miroir, l’une des plus belles expériences proposées par Douglas Harding pour révéler la non-dualité à travers la vision. Le lac ne choisit pas ce qu’il reflète. Il n’ajoute rien, ne retire rien, ne juge rien. Il accueille le ciel, les arbres, les nuages, les visages, les mouvements de lumière. Et pourtant, rien ne colle à sa surface. Tout apparaît en lui, sans le troubler dans sa profondeur.

C’est une image très ancienne. Dans plusieurs traditions bouddhistes, on compare souvent l’esprit éveillé à un miroir : non pas un miroir froid ou indifférent, mais une clarté vivante, capable de refléter toutes les formes sans se perdre en elles. Les pensées, les émotions, les perceptions apparaissent, mais la nature du miroir demeure ouverte, disponible, non séparée de ce qui apparaît et pourtant jamais limitée par ce qui apparaît.

Proust, à sa manière, retrouve cette intuition. Ce n’est pas l’objet qui sauve. Ce n’est pas la madeleine en elle-même, ni les dalles, ni la cuiller, ni le salon, ni le paysage, ni le visage aimé. C’est la qualité du regard. Ou plus profondément encore, c’est le moment où celui qui regarde cesse de se contracter autour de lui-même. Lorsque la personnalité cesse “brusquement de vivre pour elle-même”, elle devient miroir.

N’est-ce pas là une intuition profondément non-duelle ?

La séparation habituelle entre le sujet et l’objet se relâche. Il n’y a plus d’un côté un moi qui possède l’expérience, et de l’autre un monde extérieur à capturer. Il y a un seul mouvement de révélation. Le monde apparaît dans le regard, et le regard se découvre lui-même à travers le monde.

La madeleine ne renvoie pas seulement au passé. Elle ouvre sur l’atemporel. Le spectacle reflété n’a pas besoin d’être sublime. Ce qui compte, c’est le pouvoir réfléchissant de la conscience. Dans les deux cas, Proust nous conduit au même point : ce que nous cherchons dans le temps ne peut être trouvé qu’en dehors du temps ; ce que nous cherchons dans les choses se révèle dans la transparence du regard.

L’art a alors une fonction presque sacrée : rendre visible, dans les choses les plus simples, l’éclat atemporel de ce qui regarde.

Que la paix et la joie soient en toi et autour de toi.

Amor fati.


lundi 5 octobre 2026

Quand Dieu veut te punir …

 


Il y a un adage soufi qui dit : “Quand Dieu veut vous punir, il exauce tes désirs.” C’est une phrase étrange, presque brutale au premier abord, mais elle dit quelque chose de très profond. Nous passons une grande partie de notre vie à croire que nous savons ce qu’il nous faut. Nous voulons telle personne, telle réussite, telle reconnaissance, telle sécurité, telle victoire. Nous croyons que notre bonheur dépendra du moment où la vie acceptera enfin de se plier à notre scénario.

Et parfois, justement, elle nous donne ce que nous avons demandé. Alors nous découvrons que ce n’était finalement pas cela que nous voulions. Nous voulions être aimés, mais nous cherchions surtout à être confirmés. Nous voulions être libres, mais nous voulions seulement que rien ne vienne contrarier notre peur. Nous voulions réussir, mais peut-être voulions-nous surtout devenir quelqu’un aux yeux du monde. Nous voulions la paix, mais sans lâcher nos colères. Nous voulions Dieu, mais à condition qu’il bénisse notre personnage.

Alors la vie, dans sa profonde sagesse et sa pédagogie parfois rude, ne répond pas toujours comme nous l’espérions. Elle ferme une porte, éloigne un être, défait un projet, fissure une image de nous-mêmes, laisse échouer ce que nous pensions indispensable. Sur le moment, nous appelons cela injustice, abandon, malchance, échec.

Mais une intelligence plus vaste est à l’œuvre. La vie ne nous prend pas ce que nous sommes, mais ce que nous croyions être. Elle retire les échafaudages de l’ego, non pour nous détruire, mais pour nous montrer ce qui demeure quand ils s’effondrent. Elle nous prive parfois de certaines conquêtes pour nous délivrer de la conquête elle-même. Elle nous confronte à l’impossible pour que s’épuise enfin cette prétention de tout maîtriser.

Et puis, un jour, quelque chose se détend. On ne comprend pas tout, on ne gagne pas forcément, on ne devient pas invulnérable, mais on cesse de se battre contre la forme que prend la vie. On découvre qu’il y a, derrière certaines pertes, une vérité plus profonde que nos possessions ; derrière certains refus, une humilité plus grande que nos projets ; derrière certaines blessures, une ouverture qui ne dépend plus de notre histoire.

Alors la gratitude ne vient plus simplement parce que tout va bien. Elle vient parce que même ce qui, apparemment, ne devrait pas être là peut devenir une porte vers la reconnaissance de cette joie de ma vraie nature, déjà présente.

La vie ne nous donne pas toujours ce que nous voulons. Elle nous conduit, parfois rudement, parfois tendrement, vers ce qui ne peut plus être perdu.

Et ce qui ne peut plus être perdu n’est ni un objet, ni une réussite, ni une relation, ni une identité. Ce n’est même pas quelque chose que l’on possède. C’est cette simple présence, silencieuse et vivante, qui demeure aussi bien dans l’échec que dans la satisfaction, aussi bien dans le manque que dans l’accomplissement. Même lorsque nos désirs sont comblés, ce n’est pas eux qui nous donnent la paix. Ils ne font, un instant, que laisser apparaître ce qui était déjà là. Et toute la sagesse commence au moment où nous cessons de demander à la vie de remplir notre vide, et où nous découvrons que, sous le bruit de nos désirs, cette simple présence silencieuse et vivante n’a jamais cessé d’être là.

Que la paix de ta véritable nature se révèle dans toute sa splendeur !

Quand ? Maintenant !

Où ? Ici ! 

Amor Fati 




dimanche 4 octobre 2026

MANIFESTE

 



MANIFESTE


Poésie     lente alchimie des mots et musique
Aux confins sacrés d’un silence ressenti
Tu rends grâce à la parole des aphasiques
En te célébrant je célèbre aussi la vie

Ô Souffle immortel     plus foudroyant qu’une flèche
Faucheuse     parole qui soudain     en plein vol
Vers notre poitrine offerte     que rien n’empêche
Nous pénètre avec une douceur de corolle

Et ouvre dans le corps transpercé une brèche
Lumineuse     pointe soudain mutée en fleur
Auspiceuse     poison idéal     que je lèche
À coup de langue déliée jusqu’à l’ailleurs

Tu es la création     l’harmonie du tumulte
La route est si longue     le chemin immédiat
Tout est de bon augure     car ici     l’on sculpte
À même la blessure     à coups d’alléluia

Pour frémir au chant des mots il nous suffit d’être
La montagne réverbère tous les échos
Nul besoin d’Himalaya     nul besoin de maître
Pour restituer la voix du monde au plus haut

Dans une main se lit tout l’univers d’un corps
Dans tes yeux s’éprouve ce qui est     sans réponse
La partie est dans le tout     le dedans dehors
Rien ne nous réprouve     la poésie l’annonce

C’est ce lien tendre et fragile et puissant que j’aime
Célébrer     comme un passeur dans l’ombre     conscient
De sa petitesse et de sa grandeur     qui sème
Des graines dans l’ère d’un plus vaste inconscient

Érotique vibration     née pour foudroyer
Tu perces mes défenses et reviens par surprise
Au moment où je ne t’attends plus     rougeoyer
D’un vibrant désir que la parole exorcise

Portant tous les masques pour pétrir ton message
Dans la chair     jusqu’à ce que l’encre divine gicle
Comme une grâce     un don pour maculer les pages
Tu vibres comme Lui du son de tous les cycles

Défricheur     laboureur     semeur et vendangeur
Le poète est témoin des transsubstantiations
Du monde     et     devenant intime avec ses peurs
Sa parole sonde le sang des éclosions

Poésie     viens en moi     il n’est rien que je sache
L’hologramme invisible transmue à rebours
La beauté de la vie     et œuvre sans relâche
Pour dire l’indicible d’un seul mot     Amour