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Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

samedi 5 septembre 2026

Le dilemme de la madeleine de Proust ou la recherche de l’atemporelle présence

 


L’épisode de la madeleine de Proust est certainement l’un des passages les plus célèbres de toute la littérature française. Une conversation passionnante avec un ami écrivain, Jean-Marie Humbert, qui venait de relire les quelques milliers de pages de « La Recherche », m’a récemment donné envie de revenir à ce passage et de l’éclairer dans une perspective non-duelle. On présente généralement cette scène comme l’exemple par excellence de la mémoire involontaire, c’est-à-dire d’un souvenir qui resurgit spontanément sous l’effet d’une sensation, sans que nous ayons fait le moindre effort pour nous le rappeler. Cette lecture est évidemment juste d’un point de vue relatif. Mais à force de concentrer toute notre attention sur le mécanisme de la mémoire et sur la résurrection du passé, nous risquons de passer à côté d’un extraordinaire pointeur vers notre vraie nature intemporelle.

Lorsque, dans le roman, le narrateur porte à ses lèvres une cuillerée de thé dans laquelle s’est amolli un morceau de madeleine, il ne se souvient encore de rien. Aucun paysage de son enfance ne s’est reformé dans son esprit. Il y a seulement une sensation et, avec elle, une joie soudaine, puissante, irrépressible. Tout est là. Le bonheur éprouvé est, à cet instant précis, sans cause connue. Il ne dépend encore d’aucune histoire, d’aucun visage, d’aucun lieu retrouvé. Pendant un instant, rien ne manque, rien ne doit être obtenu, réparé ou retrouvé. Plus étonnant encore, Proust écrit : « cette essence n’était pas en moi, elle était moi ». Cette phrase semble tout droit sortie de l’Ashtavakra Gita ou d’un texte de la tradition non-duelle. Il ne dit pas seulement que cette joie a envahi le narrateur. Il affirme que l’essence même de cette joie était ce qu’il était.

C’est précisément ce que nous disent les grandes traditions spirituelles : notre vraie nature est joie. Dans l’Advaita Vedānta, bien que l’on ne puisse définir ce que nous sommes réellement, Brahman est traditionnellement évoqué par la formule Sat Cit Ānanda. Sat désigne l’être, Cit la conscience et Ānanda la béatitude, que l’on peut également comprendre comme la plénitude ou l’absence de manque. Il ne s’agit pas de trois qualités qui viendraient s’ajouter les unes aux autres, mais de trois manières d’indiquer une même réalité indivisible. La joie n’est donc pas un état accidentel qui surviendrait à l’être. Elle est inhérente à l’être que nous sommes. Durant cet instant, il n’y avait plus un homme séparé contemplant son propre bonheur. Il y avait seulement cette plénitude, cette absence de manque, cette conscience libérée pour quelques secondes de l’histoire qu’elle se raconte habituellement à elle-même.

C’est ici que commence ce que l’on pourrait appeler le dilemme de la madeleine. Le narrateur pourrait demeurer dans l’émerveillement, goûter cette joie sans chercher à la saisir ni tenter d’en découvrir la cause. Mais, n’ayant pas pleinement reconnu cette joie comme l’expression de sa vraie nature, il s’engage dans la recherche d’une cause située dans le temps. Il interroge la sensation, boit de nouveau, tente de reproduire l’expérience et mobilise toute son intelligence afin de retrouver l’événement passé auquel ce goût pourrait être associé.

Quelque chose de très intéressant se produit alors. Le narrateur boit une deuxième gorgée et n’y trouve rien de plus que dans la première. La troisième lui apporte encore un peu moins. La force de l’expérience diminue à mesure qu’il cherche à la reproduire. Nous connaissons tous ce phénomène. Un enfant mange un morceau de chocolat et éprouve un grand plaisir. Il va naturellement en reprendre un deuxième, puis un troisième, parce qu’il croit que le plaisir se trouve dans le chocolat et que chaque nouveau morceau lui procurera la même joie. Les adultes font d’ailleurs exactement la même chose, avec simplement des chocolats plus cacaotés et parfois plus chers. Je peux en témoigner en connaissance de cause. Le premier carré semble ouvrir les portes d’un paradis perdu. Le sixième commence à peser et, au dixième, ce qui devait nous rendre heureux nous oblige surtout à réfléchir à notre digestion et à ses conséquences prochaines.

Dans une autre vie, au cours de mes études de sciences politiques, j’avais appris que les économistes désignent ce phénomène par la notion d’« utilité marginale décroissante ». La satisfaction procurée par chaque unité supplémentaire d’un bien tend à diminuer jusqu’au point de satiété. Au-delà de ce point, une consommation supplémentaire peut devenir indifférente, désagréable ou même produire l’effet inverse de celui qui était recherché. La sagesse économique rejoint ici, sans le savoir, une intuition non-duelle profonde : aucun objet ne peut, par lui-même, produire le bonheur.

Ce que nous voyons clairement avec le chocolat se retrouve sous des formes plus complexes dans nos relations amoureuses et sexuelles. Nous avons peut-être tous connu ces histoires que nous imaginions sans fin, ces rencontres dans lesquelles le désir semblait devoir se renouveler éternellement. La présence de l’autre nous bouleversait. Une voix, un regard, un geste suffisait à nous rendre heureux. Puis, peu à peu, ce qui semblait autrefois provoquer l’émerveillement devient familier. L’intensité diminue et le désir réclame une répétition, une variation ou une confirmation toujours nouvelle. Nous faisons alors porter à l’autre et au monde la responsabilité de notre émerveillement. Le plaisir qui semblait devoir se perpétuer peut finir par produire de la lassitude, de l’agacement et parfois même du dégoût.



Cela ne signifie pas que le plaisir et l’amour devraient être abandonnés. Cela montre simplement que, par ignorance, nous demandons souvent à une personne de produire continuellement en nous un état qu’aucune personne ne peut fabriquer. Nous avons l’impression que l’autre provoque notre joie, de même que le narrateur a d’abord l’impression que le thé et la madeleine sont à l’origine de la sienne. En réalité, l’autre ou la madeleine ne font que suspendre momentanément notre attente d’autre chose. Or c’est précisément cette attente, cette tension vers un ailleurs ou un instant futur, qui nous empêche de sentir l’émerveillement déjà présent.

Lorsque le désir (qui se manifeste sensoriellement comme une tension vers autre chose que ce qui est déjà là) obtient ce qu’il cherchait, il se détend à l’instant. La barrière constituée par la recherche inconsciente tombe et laisse apparaître la joie inhérente à notre vraie nature. Comme nous pensons spontanément selon les lois de la causalité, nous attribuons cette joie à la personne, à l’objet ou à l’événement qui semble l’avoir précédée. Nous disons que cette personne nous rend heureux, que ce chocolat nous procure du plaisir ou que cette madeleine fait renaître en nous une joie ancienne. Pourtant, l’autre n’a pas créé cette joie. Il a momentanément interrompu le mouvement qui nous empêchait de la reconnaître. La joie inhérente à notre vraie nature était déjà là.

Dès que nous attribuons ce pouvoir à l’autre, nous chercherons fatalement à répéter l’expérience, à retenir la personne aimée et à retrouver le premier éblouissement. Nous passons alors insensiblement de l’amour à la consommation du plaisir, et la loi de satiété finit inévitablement par se manifester. Le narrateur pressent lui-même que la cause véritable ne se trouve ni dans la madeleine ni dans la tasse. Il constate que sa joie est liée au goût du thé et du gâteau, tout en comprenant qu’elle le dépasse infiniment et ne peut être de même nature. Cette observation est décisive. La madeleine a éveillé quelque chose qu’elle ne pouvait contenir. Si elle avait réellement été la cause de cette joie, chaque nouvelle gorgée aurait dû la reproduire avec une intensité comparable. Or cette intensité diminue. Le narrateur comprend donc que ce qu’il cherche n’est pas dans le gâteau, même s’il continue à chercher ce que le gâteau a réveillé.

Finalement, il écrit : « Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. » Il reconnaît alors le goût du petit morceau de madeleine que sa tante Léonie lui offrait autrefois à Combray, après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. Dès lors, la joie reçoit une explication. Elle venait, pense-t-il, de la résurrection soudaine de son enfance.

Mais ici, je vous invite à renverser complètement cette perspective dualiste pour dé-couvrir (cesser de couvrir) que la joie ne venait pas réellement du passé, puisque le souvenir de Combray s’est présenté après elle. Ce souvenir lui a donné une forme, une couleur, un visage et une histoire, mais le premier instant était libre de tout cela. Avant que la pensée ne dise : « C’est la madeleine de mon enfance », il y avait seulement la disparition momentanée de la croyance illusoire en un moi séparé de la vie. La madeleine a certes déclenché l’expérience, mais elle n’en était pas la source. Durant quelques secondes, la recherche est interrompue. Voilà tout. La joie sans cause s’est alors spontanément révélée comme ayant toujours été là.

Chercher l’origine de ce bonheur dans le passé revient presque à chercher dans l’interrupteur l’origine de la lumière. L’interrupteur permet à la lumière d’apparaître, mais il ne la produit pas. De même, la madeleine a permis à une joie déjà présente de se révéler, mais le narrateur l’attribue ensuite au souvenir qui l’accompagnait.

Après avoir compris que la joie ne se trouvait pas dans la madeleine elle-même, le narrateur en recherche la cause dans l’enfance. Ce déplacement est naturel pour quelqu’un qui s’identifie à un corps né dans le temps et appelé à mourir, et qui croit par conséquent être lui-même un être inscrit dans le temps. Mais, en réalité, nous ne voulons pas nécessairement retrouver les événements précis de cette époque. Nous voulons retrouver une certaine manière d’être au monde.

L’enfant n’a pas encore construit une identité personnelle aussi solide que celle de l’adulte. Il vit souvent sans le savoir ce que la voie de la vision sans tête nous invite à redécouvrir consciemment. Il n’y a pas quelqu’un ici, enfermé derrière un visage, qui regarderait un monde situé là-bas. Il y a une ouverture dans laquelle le monde apparaît. La fleur, le goût, le son et le regard de l’autre ne sont pas tenus à distance par un commentaire permanent. L’enfant est encore en intimité avec les choses parce que la frontière entre lui-même et le monde n’a pas acquis toute la rigidité qu’elle aura plus tard.

Ce que nous appelons la nostalgie de l’enfance est plus profondément la nostalgie de cette non-séparation. Nous croyons regretter une maison, une odeur, un jardin ou la voix d’une personne proche aujourd’hui disparue. À travers eux, nous cherchons cette expérience dans laquelle personne ne se tenait encore à distance de la vie. L’âge d’or n’est pas une période heureuse du passé. C’est cette ouverture sans personne dans laquelle ce texte apparaît en cet instant même.

Cette ouverture n’appartient pas à l’enfance. Elle est présente maintenant. Ce qui a changé, c’est que l’identité personnelle s’est installée au premier plan. Nous avons appris un nom, reconnu un visage dans le miroir, construit une histoire et trouvé notre place dans le monde. Nous avons fini par croire que nous étions exclusivement cette personne. Pourtant, en cet instant même, le monde entier et ce texte apparaissent dans un espace ouvert, silencieux et sans âge. Le narrateur cherche dans le passé ce qui n’a jamais quitté l’intemporelle présence de notre vraie nature.

Le véritable âge d’or n’est pas derrière nous. Il est cette disponibilité de la conscience, avant qu’une pensée ne vienne raconter l’expérience, se l’approprier et faire naître un sentiment de possession. L’enfant vit cette ouverture sans le savoir. L’adulte peut la reconnaître consciemment. Ce qui semblait perdu dans le temps se révèle alors comme ce qui n’a jamais été absent.

La même madeleine permet de formuler ce dilemme d’une autre manière. Rupert Spira, un enseignant de non-dualité que j’affectionne particulièrement, reprend souvent une expression anglaise bien connue : « You cannot have your cake and eat it. » Littéralement, on ne peut pas conserver son gâteau et le manger en même temps. L’image tombe particulièrement bien ici, puisque la madeleine est elle aussi un gâteau. Tant que le gâteau se trouve devant nous, nous pouvons le connaître comme un objet, mais nous ne l’avons pas encore mangé. Une fois mangé, il n’existe plus à distance de nous comme une chose séparée.

Rupert Spira donne à cette expression un sens non-duel très profond : nous ne pouvons pas à la fois être ce que nous sommes et le connaître comme un objet. Pour connaître objectivement quelque chose, il faut s’en séparer. Il faut un sujet qui connaît et un objet qui est connu. Or l’Être ne peut pas sortir de lui-même pour se regarder. La Conscience ne peut pas se placer en face de la Conscience. Elle se connaît autrement, simplement en étant consciemment elle-même.

Le narrateur se trouve exactement au cœur de ce paradoxe. Tant qu’il goûte la joie, il est cette joie. Dès qu’il cherche à la comprendre, une distance semble apparaître. Il y a désormais un sujet qui observe une sensation, recherche sa cause et tente de la transformer en connaissance. Il quitte en quelque sorte l’immédiateté de l’Être pour entrer dans l’aventure de son explication. C’est ici que naît la dualité : d’un côté celui qui cherche, de l’autre l’expérience qu’il cherche à saisir.

Mais cette sortie est impossible au sens absolu. La Conscience ne quitte jamais ce qu’elle est. Elle ne devient jamais réellement un sujet séparé placé face à un objet. Même la recherche du passé apparaît en elle. Même l’interprétation, la mémoire et le désir d’expliquer sont encore des formes prises par la Présence. Rien ne se trouve jamais à l’extérieur de la Conscience. Il y a seulement un déplacement de l’attention, qui se porte désormais sur les souvenirs, les images et les explications, et ne reconnaît plus ce dans quoi tout cela apparaît.

On pourrait dire que Proust passe à côté de la Présence, mais ce serait à la fois juste et injuste. Il passe à côté de la simplicité de la révélation en voulant l’expliquer. Pourtant, cette méprise magnifique donne naissance à l’une des œuvres les plus riches de la littérature. S’il était demeuré silencieusement dans la joie sans cause, nous aurions peut-être eu un sage, mais nous n’aurions peut-être pas eu « La Recherche ».

Toute création naît probablement de cette tension. L’artiste entrevoit quelque chose qui ne peut être pensé, puis il tente malgré tout de le traduire. Il reçoit une intuition qui n’a pas de mots et passe parfois toute une vie à chercher la phrase qui pourrait lui donner une forme. La phrase ne sera jamais l’expérience elle-même, mais elle pourra en porter le parfum.

Proust choisit en quelque sorte de manger la madeleine et de vouloir la conserver. Il veut vivre l’éblouissement et, en même temps, comprendre d’où il vient. Il veut être la joie et la transformer en connaissance. Cette impossibilité nourrit son œuvre entière. « La Recherche » devient la tentative prodigieuse de retrouver par les mots ce qui, dans l’instant initial, était antérieur aux mots.

Il ne faudrait donc pas juger trop sévèrement cette « erreur ». Elle est l’erreur féconde de l’écrivain, peut-être même de tout artiste. Quelque chose d’infini se révèle, puis la pensée veut lui construire une demeure. Chez Proust, cette demeure devient une cathédrale. Ses phrases sont longues, sinueuses, pleines de détours et d’incises, parce qu’elles essaient d’embrasser simultanément la sensation, le souvenir, la pensée et la conscience de penser. Elles veulent retenir ce qui ne cesse de disparaître dès qu’on cherche à le saisir.

La leçon de la madeleine de Proust, c’est que chaque fois qu’un plaisir ou une sensation agréable est éprouvé, nous pouvons nous rappeler que la joie qui se révèle alors ne vient pas de l’objet lui-même. L’objet semble en être la cause parce que sa rencontre interrompt momentanément la recherche et détend le désir. La joie jusque-là recouverte devient alors perceptible. Le plaisir peut ainsi devenir une porte vers la reconnaissance de notre vraie nature. C’est l’une des intuitions profondes du tantrisme shivaïte du Cachemire, qui nous invite à entrer pleinement dans la sensation agréable, sans chercher à la retenir ni à la reproduire. Lorsque le plaisir est accueilli sans appropriation, l’objet passe au second plan et il reste cette joie sans cause, cette plénitude qui ne vient de rien parce qu’elle est ce que nous sommes.


Amor Fati 


jeudi 3 septembre 2026

L’ultime bénédiction de la reconnaissance


 Lorsque vous reconnaissez tous les visages comme étant le vôtre, c’est que vous connaissez votre visage originel qui est pure transparence, pure ouverture éveillée et capacité pour le monde, les expériences et les créatures.

Cette reconnaissance vient de l’évidence de la non séparation, et se nomme Amour.

Lorsque vous comprenez et que vous sentez directement que l’apparent autre est une expression d’un même Espace d’Amour, vous interagissez et vous entrez en relation avec cette personne et vous le traitez en fonction de cette pensée-sensation.

Et, cette compréhension-sensation de l’Un présent en toute chose, ne s’applique évidemment pas seulement aux autres humains mais également aux animaux, aux plantes, ainsi qu’aux objets dits inertes, qui ne sont pas juste de la matière comme dirait certains scientifiques, mais une expression de la Conscience, faits du même Amour.

Et, l’univers, au travers une infinité d’événements, petits ou grands, appelées synchronicités, trouvera le moyen de vous remercier pour l’avoir touché, écouté, senti, humé, goûté, regardé, parlé et traité tel qu’il est réellement.

Les êtres et les choses, l’univers entier vous diront merci en mille occasions de les avoir ainsi reconnu tels qu’ils sont, le Vivant même, en personne.

Après avoir reflué à la source de votre être et cessé de couvrir par l’imaginaire, cette vacuité infinie que Vous êtes réellement, vous comprenez intuitivement et directement que c’est cette même vacuité qui se manifeste dans le moindre brin d’herbe, mégot de cigarette, fleur, animal, être, forme, son, nuage, expérience plaisante ou douloureuse, la même vacuité qui se manifeste dans chaque rouage de l’univers physique, planètes, étoiles, atomes, quarks, particule de Dieu, dans l’infiniment petit et l’infiniment grand.

Le corps, les autres créatures et le monde se sentiront soudainement délivrés de cette croyance matérialiste et séparatrice qui était la vôtre et qui créait d’incessants conflits et souffrances. Et, ils vous le rendront au centuple. De mille et une manières, que celui qui a des oreilles et un cœur ouverts entendra et sentira.

Vous serez bénis. Car voir la Vie à partir de ce que vous êtes vraiment ouvre la porte à un jeu de reconnaissance sans fin, qui en elle-même est la bénédiction suprême.

Amor Fati 

mercredi 2 septembre 2026

Rien ne m’appartient, rien ne m’est extérieur


« On ne possède que ce à quoi on renonce. Ce à quoi on ne renonce pas nous échappe. En ce sens, on ne peut posséder quoi que ce soit sans passer par Dieu. » Simone Weil, (« La pesanteur et la grâce »)

Renoncer, ici, ne signifie pas abandonner ce que l’on aime ni devenir indifférent. Cela signifie renoncer à l’idée que quelque chose pourrait véritablement nous appartenir personnellement. Une autre personne, un amour, un enfant, un corps, une situation, une réussite, tout ce que nous essayons de retenir finit par nous échapper, puisque toute forme est appelée à changer. Comme le disait déjà le joli titre du film de Frank Capra (1938) : « Vous ne l’emporterez pas avec vous. »

Ce à quoi nous renonçons intérieurement peut enfin être pleinement accueilli, car nous ne cherchons plus à le saisir, à l’immobiliser ou à le ramener sans cesse à nous-mêmes. Nous lui permettons d’exister librement, dans sa présence comme dans son absence, dans sa permanence comme dans son changement. Nous cessons de vouloir l’enfermer dans nos attentes, nos peurs et notre besoin de sécurité. Nous le laissons être ce qu’il est. Alors seulement, nous le rencontrons vraiment.

Passer par Dieu, dans une perspective non duelle, c’est laisser toute chose retourner à la Conscience que je suis et dont elle n’a jamais été séparée. Rien ne m’appartient personnellement et pourtant rien n’est extérieur à ce que je suis réellement. Le renoncement ne me prive donc pas du monde. Il me délivre de l’illusion d’être quelqu’un et de l’imaginaire d’une quelconque possession personnelle, pour me rendre disponible à une véritable intimité avec tout ce qui apparaît.

Ce que je veux garder m’échappe. Ce à quoi je renonce ne disparaît pas, mais cesse de m’apparaître comme étant extérieur. Car au plus profond, il n’y a jamais eu deux, puisque tout apparaît dans la Conscience que je suis.

Je te souhaite de réaliser que Tu es essentiellement la Conscience et que l’univers entier dépend de cette Conscience pour apparaître. 

Où ? Ici !

Quand ? Maintenant ! 

Amor Fati.


mercredi 26 août 2026

La paix véritable n’est pas résignation

 


https://youtu.be/i-_l7F7v5WM?is=t1Rmd5aAoXCmTbcD

Depuis que j’ai découvert « Between Two Points » il y a quelques jours, je l’écoute en boucle. Chantée par Romany Gilmour et accompagnée par la guitare de son père David Gilmour, cette chanson me bouleverse profondément. Il y a dans sa progression mélodique quelque chose de lentement inexorable. La musique avance sans éclat ni révolte, comme si chaque note conduisait un peu plus loin vers une issue déjà connue, une résignation à laquelle on ne semble plus pouvoir échapper. Le retour du refrain renforce cette sensation. Rien ne se dénoue, rien ne se libère, la même douleur revient avec sa douceur trompeuse, jusqu’à devenir presque une manière de vivre.

La chanson exprime une forme d’acceptation qui ressemble à la paix, mais qui est en réalité une résignation. On cesse d’espérer pour ne plus être déçu. On accepte que les autres nous marchent dessus, on rit à travers les coups et la douleur, on finit par croire qu’ils ont raison et que nous avons tort. Un ersatz de paix s’installe, peut-être. Mais personne n’est dupe, car c’est une paix sans vie, obtenue en renonçant peu à peu à soi-même.

Ce n’est pas cela, l’acceptation réelle, celle que l’on découvre dans l’investigation du Soi. La véritable acceptation ne nous demande pas de nier notre douleur, de supporter l’inacceptable ni de laisser les autres nous détruire. Elle consiste à accueillir pleinement ce qui est ressenti, tout en respectant la forme humaine que nous sommes et les limites dont elle a besoin.

La voix fragile et presque détachée de Romany semble venir d’un endroit où l’on ne se défend déjà plus, tandis que la guitare de Gilmour, ses riffs et les notes longuement appuyées de son solo final enveloppent cette douleur avec une tendresse infinie. C’est étrange, mais j’ai l’impression d’entrevoir, à travers toute la mélancolie de cette chanson, quelque chose comme la nostalgie de l’Être.

 Et au fond, malgré sa tristesse et peut-être même à travers elle, cette chanson me laisse avec un doux sourire d’amour pour tout ce qui est.

Et toi ? 

Belle journée à partir de l’Ouvert.


vendredi 21 août 2026

L’EGO N’EST PAS UNE ENTITÉ, MAIS UNE INCESSANTE ACTIVITÉ D’APPROPRIATION





Que désignons-nous lorsque nous parlons de l’ego dans le cadre d’une voie spirituelle non duelle, c’est-à-dire d’une voie d’éveil à notre vraie nature ? Nous l’imaginons souvent comme une sorte de personnage intérieur, une petite entité cachée quelque part en nous, qu’il faudrait combattre, diminuer ou faire disparaître. Pourtant, l’ego n’est ni une chose ni une entité autonome. L’ego, c’est une activité, une opération continuelle, une manière de « faire je ». Il apparaît chaque fois qu’une expérience est rapportée à un centre personnel. Une pensée surgit, puis presque aussitôt une autre pensée, plus subtile et généralement inaperçue, suggère : « Ceci est ma pensée. » La première pensée, qui était simplement apparue, devient alors « ma » pensée. Une émotion traverse le corps, puis le même mouvement d’appropriation se produit : elle devient « mon » émotion. Une action s’accomplit, et la pensée « c’est moi qui l’ai faite » apparaît. Ainsi se forme, instant après instant, le sentiment d’être celui qui pense, ressent, décide et agit.


Ce mécanisme est si rapide que nous n’en percevons habituellement que le résultat. Nous avons l’impression immédiate qu’un « moi » était présent avant la pensée et qu’il en est l’auteur, alors que, dans l’expérience directe, nous constatons seulement l’apparition d’une pensée, puis celle d’un commentaire qui se l’attribue. L’ego n’est donc pas une entité qui s’approprierait les expériences. Il est précisément ce mouvement d’appropriation. Il n’y a pas d’abord un ego, puis une appropriation effectuée par lui. Nous pourrions donc dire que l’ego est le nom que nous donnons à cette activité incessante, et la plupart du temps inconsciente, par laquelle ce qui apparaît devient « ce qui m’arrive ».


Dire « je » ne constitue évidemment pas une erreur. Nous avons besoin de ce mot pour communiquer, prendre rendez-vous, exprimer nos besoins ou raconter notre histoire. Le « je » pratique est une convention commode permettant de désigner une singularité corps mental. L’erreur commence lorsque cette convention semble désigner une réalité séparée, lorsque la conscience s’identifie exclusivement à ce corps, à ce visage, à cette personnalité et à l’ensemble de ses conditionnements. Je ne dis plus simplement : « Ce corps est fatigué » ou « une inquiétude apparaît ». Je conclus : « Je suis fatigué », « je suis inquiet », puis, plus profondément encore : « Je suis cette personne à laquelle tout cela arrive. »


L’ego naît de cette incessante appropriation. Les expériences sont rassemblées autour d’un centre imaginaire et signées du même nom. Le monde devient ce qui « m’entoure ». Les autres deviennent ceux qui « me » regardent, « m’aiment », « me » jugent, « me » reconnaissent ou « me » menacent. La vie entière paraît s’organiser autour de cette personne supposée centrale.


Chacun se vit spontanément comme le centre de son propre monde, comme le héros d’un film un peu particulier dont il serait à la fois le personnage principal et le spectateur privilégié. Où que j’aille, l’environnement paraît s’organiser autour de moi. Les objets sont devant moi, derrière moi, à « ma » gauche ou à « ma » droite. Mes souvenirs racontent « mon » passé et mes projets dessinent « mon » avenir. Tout semble confirmer que je suis situé ici, dans ce corps, tandis que le reste de l’univers se trouve là-bas. Si je ferme les yeux, le monde visible disparaît. Si je les ouvre, il réapparaît. Cela renforce l’impression que je me trouve derrière les yeux, à l’intérieur de la tête, regardant un monde extérieur à moi. Presque tout le monde traverse ainsi son existence sans remettre en question cette localisation imaginaire.


Mais une contradiction apparaît. Chaque être humain se considère lui aussi comme le centre de son monde. Il ne peut pourtant pas exister une multitude de centres absolument centraux. Si chacun se croit séparé, prioritaire et chargé de défendre son propre monde, la concurrence devient « inévitable et invivable ». « Mon » besoin de sécurité ne coïncide pas toujours avec « le tien ». « Mon » désir d’être reconnu rencontre « ton » propre désir de reconnaissance. « Mon » projet s’oppose à « ton » projet. Au bout du compte, « mon » monde finit par affronter « ton » monde. Un mode de fonctionnement fondé sur une multiplicité de centres séparés porte en lui la possibilité permanente du conflit. Il suffit de regarder l’histoire humaine, ou plus simplement nos relations quotidiennes, pour en constater les effets.


Pourtant, quelque chose de vrai se cache au cœur même de cette illusion. Si chacun se ressent comme absolument central, ce n’est pas seulement par vanité. Le sentiment d’être renvoie en profondeur à quelque chose de réel. L’erreur ne se trouve donc pas dans cette intuition d’être présente au fond de chaque être humain. Elle consiste à attribuer le caractère infini et atemporel de cet être à une personne particulière, revêtue d’un costume spécifique et engagée dans un scénario particulier.


Il est essentiel de constater que le sentiment « Je suis », le pur et simple sentiment d’être, est toujours notre première connaissance. Avant de savoir qui je suis, avant de dire mon nom, mon âge, ma profession ou mon histoire, il y a cette évidence silencieuse : je suis. La première connaissance de chaque être humain est celle d’être. L’enfant la reconnaît avant même de pouvoir la formuler. Elle demeure présente à travers tous les changements de l’existence. Le corps se transforme, les pensées passent, les émotions se succèdent, les rôles sociaux apparaissent et disparaissent, mais l’évidence d’être reste étrangement inchangée.


Dans notre manière habituelle de parler, nous transformons facilement l’ego en une sorte de coupable intérieur. Nous disons qu’il s’empare de nos expériences, qu’il cherche à se protéger, qu’il veut dominer ou qu’il refuse de lâcher prise. Ces expressions peuvent être commodes, et on les retrouve souvent dans les cercles non duels et au cours des satsangs, mais elles finissent par donner une existence autonome à ce que nous cherchons précisément à comprendre. Or, il n’existe nulle part en nous une entité appelée « ego » qui déciderait de s’approprier l’évidence d’être. Il y a simplement un mécanisme de pensée, une association devenue automatique entre le fait d’être conscient et l’image d’une personne particulière.


Lorsque nous disons « il pleut », il n’y a personne qui pleut. Lorsque nous disons « il fait beau », il n’y a personne qui fabrique le beau temps. Le mot « il » est simplement imposé par la construction de la phrase. De la même manière, lorsque nous disons que « l’ego s’approprie une pensée », nous employons une formulation pratique, mais trompeuse si nous la prenons au pied de la lettre. Il y a seulement l’apparition d’une pensée, puis l’apparition d’une autre pensée qui affirme : « Cette pensée est à moi. »


Mais revenons à cette intuition très profonde de permanence qui existe en chacun de nous. Malgré les transformations du corps et les bouleversements de notre histoire, nous avons le sentiment d’être toujours le même. Cette intuition est juste en ce qu’elle renvoie au fait d’être conscient, toujours présent. Mais cette permanence est attribuée par erreur à ce qui apparaît dans la conscience. Nous croyons que la personne est demeurée la même, alors que son corps, ses opinions, ses croyances, ses émotions, ses désirs et sa manière de voir le monde ont constamment changé.


Le fait d’être conscient, lui, est toujours là. Il ne vieillit pas avec les images qu’il éclaire. Il était présent devant les perceptions de l’enfant, il est présent devant celles de l’adulte et il sera présent devant les expériences de la vieillesse. Mais autour de cette impression d’être viennent s’aimanter des pensées, des croyances, des souvenirs, des émotions et des situations. Cet ensemble finit par former l’image apparemment cohérente d’une personne permanente. Il y a là une fausse association, une confusion entre la conscience toujours présente et les contenus changeants qui apparaissent en elle.


Cette confusion ressemble au tour d’un prestidigitateur. On croit voir un objet apparaître ou disparaître, alors qu’un enchaînement extrêmement rapide de gestes a simplement échappé à notre attention. De même, on croit qu’un penseur produit les pensées parce que l’apparition de la pensée et son appropriation sont presque simultanées. Lorsque le mécanisme est observé plus attentivement, le tour de prestidigitation perd une partie de son pouvoir. Les pensées continuent d’apparaître, mais l’existence d’un penseur séparé devient beaucoup moins évidente. À force de lucidité, celui-ci est de moins en moins cru comme étant réel.


L’ego est donc une indication déformée du Soi. Le sentiment d’être est réel, mais il est confondu avec une personne particulière. Cela ressemble à une fenêtre qui prétendrait être la source de la lumière qu’elle laisse passer. La lumière est bien présente, mais la fenêtre affirme : « Cette lumière est à moi. » Pourtant, elle ne produit pas la lumière. Elle lui offre seulement une forme, une orientation et une couleur particulières.


La question essentielle n’est donc plus de savoir comment détruire l’ego. Qui voudrait le détruire, sinon le même sentiment d’identité personnelle cherchant à devenir plus spirituel, plus pur ou plus éveillé ? Le désir de ne plus avoir d’ego peut paradoxalement devenir l’entreprise la plus raffinée de l’ego, même si celui-ci ne dispose, bien entendu, d’aucune intention réelle. Ne tombons pas nous-mêmes dans le piège. Reconnaissons toute la difficulté qu’il y a à le déjouer, car l’écriture même de cet article exige une attention de chaque instant. À chaque phrase, nous risquons de transformer l’ego en une entité agissante, alors que nous cherchons précisément à montrer qu’il n’en est pas une. Une image idéale de soi peut ainsi se construire autour de la disparition supposée du moi : « Un jour, je pourrai enfin dire que je n’ai plus d’ego. »


On rencontre parfois, dans certains milieux de la non-dualité, des personnes qui répètent comme des perroquets : « Je ne suis personne », « il n’y a personne ». Ces phrases peuvent désigner une découverte réelle. Mais elles peuvent aussi devenir de nouvelles croyances ou une manière plus subtile de se distinguer. Le besoin d’être reconnu dans cette découverte, d’avoir raison contre ceux qui n’auraient pas encore compris, ou d’être confirmé comme celui qui a vu qu’il n’y avait personne, montre simplement que la répétition d’une formule ne suffit pas à dissoudre le mécanisme d’appropriation. Il est toujours possible de construire une identité autour de l’idée de n’avoir aucune identité.


Il est plus simple de regarder ce qui se passe maintenant. Une pensée apparaît. A-t-elle besoin d’un penseur séparé pour apparaître ? Une sensation traverse le corps. Trouve-t-on, à l’intérieur de cette sensation, quelqu’un qui la possède ? Une décision se forme. Peut-on observer l’instant précis où une entité autonome en deviendrait l’auteur ?


En regardant honnêtement, nous rencontrons des pensées, des sensations, des émotions et des actions, mais nous ne trouvons jamais l’entité séparée qui prétendrait les produire. L’ego est présent comme pensée, comme habitude d’appropriation, comme commentaire intérieur, mais jamais comme sujet indépendant. Nous pouvons dire « l’ego pense » de la même manière que nous disons « il pleut », à condition de ne pas imaginer quelqu’un derrière la pluie ni une entité cachée derrière les pensées.


Et pourtant, il y a bien conscience de tout cela. Les pensées sont connues, les sensations sont connues, le corps est connu, le monde est connu. Cette conscience est-elle enfermée dans le corps, ou le corps apparaît-il lui-même dans la conscience ? Possède-t-elle un âge, une forme, un visage ou une histoire ? Est-elle située quelque part dans l’espace que nous percevons, ou l’espace apparaît-il lui-même en elle ?


Le Je véritable n’est peut-être pas le personnage que nous pouvons décrire. Il est cette conscience dans laquelle le personnage, son corps et son monde apparaissent. Il ne dit pas : « Je suis seulement ceci. » Il accueille ceci et cela, l’intérieur et l’extérieur, le proche et le lointain, sans être limité par aucune de ces distinctions.


Lorsque cela est reconnu, la personne, c’est-à-dire la singularité corps mental ainsi que son fonctionnement, ne disparaît pas. Elle continue à être, travailler, aimer, décider et répondre à son prénom. Le mot « je » demeure parfaitement utilisable. Ce qui commence à s’effacer, c’est la conviction qu’il désigne une conscience séparée, enfermée dans un corps et opposée au reste du monde.


Le « petit je » n’a pas besoin d’être « détruit ». Il suffit de voir qu’il est une convention pratique, une manière de désigner cette singularité corps mental au sein de l’expérience. Comme une vague n’a pas à disparaître pour découvrir qu’elle est l’océan, la personne n’a pas à être supprimée pour que soit reconnue la conscience qui la constitue.


Le problème n’est ni le mot « je », ni le fonctionnement particulier de la personne. Il commence lorsque cette convention est prise pour la preuve qu’un auteur séparé dirige ce qui se produit.


Ce qui peut disparaître n’est donc pas le « petit je », mais la méprise qui consiste à prendre la singularité corps mental pour une entité autonome, propriétaire de la conscience et auteur de ses pensées et de ses actes. Les pensées d’appropriation peuvent continuer d’apparaître sans être crues.


La liberté ne consiste pas à ne plus dire « moi », mais à ne plus être dupe de ce que ce mot semble désigner. La personne continue de vivre et d’agir, tandis que la croyance en un centre séparé perd peu à peu son évidence.


Cette lucidité ne nous conduit pas vers une compréhension seulement intellectuelle. Elle révèle les qualités mêmes de notre véritable nature : la paix, qui est absence d’agitation intérieure, la joie, qui est absence de manque, l’amour, qui est absence de séparation, et la liberté, qui est absence d’entrave. Ces qualités ne sont pas des états extraordinaires qu’il faudrait fabriquer ou atteindre. Elles deviennent perceptibles lorsque la croyance en un moi séparé cesse d’occuper tout l’espace.


Reconnaître cela pour soi ne signifie pas se retirer du monde ni devenir indifférent aux autres. Au contraire, lorsque la séparation est moins crue, la paix, la joie, l’amour et la liberté peuvent naturellement se partager. La reconnaissance de notre véritable nature transforme alors notre manière d’écouter, de rencontrer, d’aimer et d’accompagner. Ce que nous découvrons au plus intime de nous-mêmes, nous apprenons aussi à le reconnaître chez l’autre et à le laisser circuler dans la relation.


Je te souhaite de tout cœur que tu reconnaisses que tu es la paix, la joie et l’amour que tu cherchais auparavant dans le monde et auprès des autres, afin que tu puisses partager cette reconnaissance avec ton environnement.


Amor Fati