Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

jeudi 19 février 2026

Quand l’amour a rendez-vous avec l’illusion

 


Satsang signifie en sanskrit « se rassembler autour de la vérité ». Se tenir ensemble dans cet espace de conscience par lequel tout est connu, dont tout est fait, et qui demeure inchangé.

La vérité ne lutte pas contre l’illusion, elle la dissout. Et si cette vérité était simplement l’amour, déjà présent, espace de présence et d’accueil inconditionnés, avant toute préférence ?


Le satsang devient alors un lieu de vérification, où l’on confronte l’illusion, c’est-à-dire ce qui est éphémère, avec ce qui est toujours là, le nuage avec le ciel, la vague avec l’océan, pour voir, pour reconnaître que la vague est en réalité une expression de l’océan, non séparée de l’océan. Cette non séparation entre la vague et l’océan révèle une indicible intimité que l’on appelle non séparation ou amour inconditionnel.


Le Satsang est donc le lieu où a lieu le « voir » à partir d’un regard désencombré de pensées et de comparaisons, si au cœur de chaque expérience, ce que nous sommes n’a pas déjà tout accepté tel que c’est.


On dit souvent que l’amour et la vérité font bon ménage. Mais tant que nous nous illusionnons sur ce que nous sommes, il nous est impossible de reconnaître ce par quoi tout est connu et donc d’aimer véritablement. Nous pouvons ressentir de l’attachement, du désir, de l’enthousiasme, de la passion, parfois même une grande générosité. Pourtant, et tu en as fait comme moi l’expérience, c’est uniquement tant que l’autre vient confirmer l’image que nous avons de nous-mêmes, cet amour tient. Dès que cette image est menacée, l’amour se retire.


Le personnage peut dire « je t’aime ». Il le dit parfois avec sincérité. Mais ce « je t’aime » est presque toujours conditionné. Il signifie en réalité : je t’aime tant que tu me rassures, tant que tu me confirmes, tant que tu nourris ma construction intérieure et imaginaire. Le personnage ne dit jamais « oui » totalement. Il dit à la rigueur « oui, mais ». Oui, mais ne me quitte pas, je t’offrirai des perles de pluie »…  Oui, mais ne me contredis pas. Oui, mais ne me révèle pas mes failles. C’est un oui sous contrat. Ce que l’on nomme souvent amour par ignorance est en réalité du marchandage grossier ou subtil. 


Dès que l’autre semble menacer la construction égotique, l’amour se transforme. Il devient retrait, reproche, froideur ou attaque. Ce que nous appelions amour n’était en réalité qu’un arrangement subtil au service de l’identité séparée.


Le véritable amour, lui, est sans condition. Il ne dépend pas d’une réciprocité. Il ne dépend pas d’un comportement. Il ne dépend même pas d’un résultat. Il ne dit pas « oui, mais ». Il dit simplement « OUI ».


Lorsque l'attention (qui signifie en latin se tendre vers) relâche sa tension vers l’identité, comme un élastique dont l’un des points lâche enfin prise, quelque chose se révèle. Une source tranquille, antérieure à toutes les histoires. Une paix qui ne dépend pas des circonstances. Une présence qui ne manque de rien. Cette redécouverte n’est pas un  état d’être ou une émotion, c’est le simple fait d’être.


On reconnaît alors des qualités simples et essentielles. Une paix profonde, qui n’est pas l’absence de bruit mais l’absence d’agitation intérieure. Une indestructibilité, non pas physique évidemment, mais ontologique. Ce que je suis en profondeur n’est pas atteint par ce qui apparaît en moi. C’est là un espace de complétude qui ne cherche plus à se remplir. Se révèle une joie d’être qui ne dépend d’aucun objet, ce que la tradition indienne a nommé Sat Chit Ananda, être, conscience, félicité. Une intimité radicale avec tout ce qui apparaît, car tout apparaît à zéro distance de cette présence. Et enfin une liberté, la liberté d’être ce qui est, sans être limité par ce qui surgit.


Pourtant, cette reconnaissance ne suffit pas toujours à transformer notre manière d’entrer en relation. On peut découvrir clairement que l’on est cet espace d’accueil, comme dans la vision sans tête de Douglas Harding, et continuer à fonctionner souvent dans le monde avec des réflexes anciens. On peut contempler un paysage dans l’ouverture et, le lendemain, se contracter face à un collègue, un voisin, un étranger, son partenaire.


Pourquoi ? Parce que la séparation ne s’est pas seulement installée comme une idée. Elle s’est inscrite dans le corps. Elle s’est cristallisée sous forme de contractions musculaires, d’émotions figées, de schémas défensifs répétés. À force de croire que nous sommes séparés, le corps lui-même a appris à se protéger et à installer une armure énergétique. Ces contractions deviennent des filtres qui colorent notre perception. Elles empêchent l’amour de circuler librement.


Descendre dans le cœur ne se produit pas automatiquement parce qu’on a vu clairement sa vraie nature. Il y a souvent un travail d’exploration nécessaire. Explorer nos attentes. Explorer ce qui semble menacer notre identité. Explorer nos peurs les plus anciennes.


J’ai accompagné pendant longtemps un ami dont la pierre d’achoppement était une peur profonde de l’étranger, un fond de racisme qu’il reconnaissait en lui avec une certaine honte. Il savait revenir à la Présence, à la Vision Sans Tête souvent, il sentait souvent l’unité, il avait des ouvertures lumineuses. Pourtant, dès qu’il se trouvait confronté à certaines situations, ou imaginaire liés à l’immigration, l’étranger, le sentiment d’être envahi et une contraction violente surgissaient. 


Un jour, nous avons décidé de ne plus contourner cela. Il a accepté de plonger directement dans cette peur. Sensoriellement, tactilement, vibratoirement. Ce qui est monté en premier fut une colère énorme, presque inhumaine, comme si une force archaïque cherchait à expulser l’intrus. Cela s’est exprimé par une toux presque apoplexique. Puis après une dizaines de minutes cette colère s’est transformée en tristesse. Une tristesse ancienne, liée à la peur d’être envahi, effacé, remplacé. Des mémoires sont remontées en relation avec son père. En restant avec cette vague émotionnelle, sans la justifier ni la condamner, quelque chose s’est ouvert. Une douce chaleur a commencé à envahir son corps. Les larmes sont venues. Et ce qui semblait être un démon s’est révélé n’être qu’une contraction demandant à être vue, reconnue, goûtée et n conscience, aimée. 


La transmutation ne s’est pas faite par un effort moral. Elle s’est faite par une immersion consciente. La peur, baignée dans la présence, a perdu sa rigidité. L’énergie qui alimentait le rejet s’est révélée être la même énergie que l’amour, mais simplement déformée par la contraction, la résistance, les pensées. 


Un éveil qui n’intègre pas nos zones d’ombre, nos peurs et désirs inavouables, nos attentes inconscientes et tous nos angles morts, reste partiel. On peut reconnaître l’espace au-dessus des épaules et continuer à vivre avec un cœur fermé. L’éveil complet implique que cet espace accueille aussi nos ombres et nos émotions refoulées, les deuils pas complètement ressentis. Que nous laissions monter ce qui semble empêcher l’amour. Non pour le cultiver, mais pour le voir clairement, le sentir pleinement, le laisser se dissoudre dans la conscience qui le contient.


Cela demande une grande honnêteté. Reconnaître en soi la jalousie, la peur, le rejet, la haine parfois. Non pour s’en accuser, mais pour cesser de les projeter sur le monde. Tant que ces mouvements restent inconscients, ils gouvernent nos relations.


Pratiquer l’éveil du cœur, c’est donc dans mon invitation non duelle également activement explorer tout ce qui ne dit pas oui, tous nos refus et nos attentes implicites. Chaque « oui, mais » est une porte. Chaque contraction est un lieu d’apprentissage. Chaque peur est une invitation à rester présent.


Peu à peu, la séparation perd de sa force. Les relations cessent d’être des négociations identitaires ou carrément du commerce comme dirait Éric Baret.  Elles deviennent des rencontres. Non plus deux personnages cherchant à se sécuriser mutuellement, mais une présence reconnaissant une autre présence, in fine une seule et même Présence se reconnaissant au travers de la relation. 


Alors le « je t’aime » change de nature. Il ne signifie plus « je t’aime tant que… ». Il devient l’expression simple d’un oui sans condition. Un grand Oui qui ne dépend pas de l’autre, mais qui inclut l’autre. Un Oui avec majuscule qui n’est plus fragile, parce qu’il ne repose plus sur une construction imaginaire. 


L’amour n’est pas une émotion ajoutée à l’éveil. Il est ce qui se révèle lorsque tout ce qui lui fait obstacle est vu, accueilli, embrassé. Tout ce à quoi tu résistes persiste, tout ce que tu embrasses s’efface. 

Ainsi l’éveil véritable n’est pas seulement une clarté au sommet. C’est une descente dans le cœur. Et cette descente, patiente et lucide, transforme peu à peu la manière dont nous habitons le monde.


Que la paix et l’amour règnent en toi et autour de toi


Amor Fati


samedi 14 février 2026

JE suis la Vérité



 Peut-être que ce que nous appelons conscience individuelle, par commodité, par habitude ou simplement par méconnaissance, n’est pas une petite lumière enfermée dans un corps, mais le lieu même où l’illimité se reconnaît. Lorsque je me relie simplement à la pensée et au sentiment « je suis », non comme une formule répétée mécaniquement mais comme une expérience immédiate et vivante, il y a cette évidence tranquille d’être.

Puis-je vraiment dire que cela m’appartient personnellement ? Je peux dire ma maison, mon livre, mon souvenir. Mais puis-je dire mon être de la même manière ? Le fait d’être est ce par quoi toute chose est connue, et il est antérieur à tout ce que je pourrais revendiquer comme mien. C’est ce sentiment d’être qui rend possible toute appropriation, mais lui-même ne peut pas être approprié.

Alors peut-être que ce que j’appelle « ma conscience » n’est pas une propriété privée, mais le point où le Sans-Forme se sait lui-même. La conscience personnelle n’a pas d’existence propre que je détiendrais personnellement. Elle est tout au plus une configuration provisoire, une sorte de réceptacle d’expression à travers lequel la présence de la Conscience illimitée et atemporelle se manifeste momentanément.

Ce n’est manifestement pas moi, corps mental, c’est-à-dire sensations et pensées, qui est conscience. Ni les pensées ni les perceptions ne sont en elles-mêmes conscientes. C’est la Conscience qui apparaît momentanément, et en apparence, en tant qu’un moi séparé. Seule la Conscience est consciente.

Dans le Traité de l’unité, Balyānī formule cela avec une simplicité désarmante : « J’ai connu mon Seigneur par mon Seigneur. » Il n’y a pas un individu qui, par ses propres moyens, atteindrait le divin. Il y a le Réel qui se révèle à lui-même. La connaissance de l’être n’est pas un effort personnel, elle est la reconnaissance immédiate par laquelle la Conscience se sait.

Lorsque Hallaj dit « Je suis la Vérité », il est condamné pour blasphème. Ce qui est jugé, ce n’est pas seulement une doctrine, c’est une expérience dont les juges ne font pas eux-mêmes l’épreuve. Ils pensent la conscience comme individuelle, séparée, et Dieu comme extérieur. Dans cette vision, la phrase ne peut être qu’une transgression.

Mais si le « je » dont il parle n’est pas l’ego psychologique, si ce n’est pas le corps mental qui se proclame absolu, alors le sens se renverse. Ce n’est pas un homme qui s’élève à la hauteur de Dieu, c’est Dieu qui s’exprime à travers une forme humaine.

Le véritable scandale n’est pas de dire que Dieu est présent ici. Le véritable aveuglement est de le maintenir à distance.

Ce que Hallaj éclaire dans sa parole « Je suis la Vérité » n’est peut-être rien d’autre que cette évidence : la Vérité ne parle jamais à la troisième personne.

Nous pourrions dire que la Reconnaissance Je suis est la trace du divin en nous. 

On se retrouve dimanche soir à 19h30 ce 15/02 pour partager cette évidence.

Paix et amour 

Amor Fati 


mercredi 11 février 2026

Le véritable miracle



 Je crois que chaque être humain, au moins une fois dans sa vie, s’est émerveillé du simple fait d’être conscient. Il y a ce moment très simple où l’on réalise soudain : je suis … et je sais que je suis. Notre civilisation ne nie pas cet émerveillement. Par contre, elle affirme, sans jamais avoir pu le pouvoir le prouver, que la conscience serait un épiphénomène, un effet secondaire de l’activité du cerveau, un produit tardif de l’évolution de la matière depuis le Big Bang jusqu’à la complexification extrême des réseaux neuronaux des cerveaux humains.

Selon le modèle dominant, la matière serait dinc première, la vie en aurait émergé, puis le cerveau se serait complexifié, et la conscience serait apparue comme une propriété dérivée de cette complexité. et Dieu sait combien l’homme a cherché la conscience dans le cerveau, combien il l’a disséqué, mesuré, stimulé, cartographié. Les scientifiques n’ont pas peur du ridicule, ni même parfois de commettre des atrocités au nom de la connaissance, et pourtant personne n’a jamais trouvé la conscience comme un objet localisable. On observe des corrélations, jamais la conscience elle-même comme chose.

Et surtout, on ne pourra jamais vérifier que la conscience émerge de la matière. En revanche, dans l’expérience directe, on peut constater que toute idée de matière apparaît dans la conscience. Tout ce que tu sais du Big Bang, tout ce que tu comprends des neurosciences, toutes les théories les plus sophistiquées et les plus logiques formelles apparaissent dans ce champ simple et immédiat : être conscient.

La conscience n’est pas une conclusion, elle est la condition même de toute conclusion.

Le plus beau jour de ma vie c’est quand je me suis dit que « peut-être que le véritable miracle n’est pas que la conscience ait émergé un jour de l’univers, mais que l’univers, tel qu’il est connu, émerge dans la conscience, ici et maintenant ? »

Cette inversion fondamentale qui représente un changement radical de paradigme, n’est pas un simple jeu mental ou metaphysique pour se gausser de brillants concepts. Si la conscience est vraiment secondaire, il en résulte que nous ne sommes que des fragments isolés dans un monde qui est extérieur à nous. Nous sommes alors réduits à n’être qu’un un simple corps mental limité et soumis en permanence à deux grandes peurs : la peur du manque et la peur de mourir.   Par contre, si la conscience est première, cette illusion de séparation tombe. Et, comme toutes nos souffrances, et la plupart des conflits que nous entretenons les uns avec les autres et avec la nature et le monde, viennent de cette ignorance de qui nous sommes, cela change totalement la donne pour l’humain, pour l’humanité, et aussi pour le monde lui-même, ainsi que pour toutes les espèces qui sont en danger du fait même de cette méconnaissance.

Avant toute théorie, avant toute croyance, avant tout narratif à propos du monde, des autres, de ce que dit la science « physicaliste » comme dirait mon ami impersonnel Bernardo Kastrup, ou à propos de ma petite personne, il y a inexorablement ce fait simple que chaque UN d’entre nous pouvons reconnaître : être conscient. Et cette conscience consciente d’être conscience, c’est Toi, ce que Tu es ultimement, ici et maintenant. 

On se retrouve dimanche 15 février à 19h30 pour le Satsang chez moi ET par zoom (gratuit, no de réunion 830 899 8788) pour s’émerveiller ensemble d’être le même Rien du Tout, l’unique Sans Forme prenant tout forme sans jamais cesser d’être ultimement le Sans Forme. 


lundi 9 février 2026

La Présence c’est Toi

 


Il y a une Présence qui ne s’oppose jamais à rien. Elle ne lutte pas, ne tranche pas, ne choisit pas. Elle n’a pas besoin d’exclure pour être. Elle est là comme le ciel est là, sans opinion sur les nuages qui le traversent. Ce qui surgit en elle n’est jamais pour Elle un problème à résoudre. La joie y passe sans être retenue, la peine sans être repoussée. Même la résistance y est admise, même le refus d’accueillir y trouve sa place. 


C’est Toi. 


Cette Présence ne dit jamais oui contre un non. Elle accueille le oui et le non dans une meme ouverture. Elle ne privilégie pas la lumière contre l’ombre. Elle connaît l’intimité du rire comme celle des larmes. Les pensées passent sans être suivies, les émotions apparaissent sans susciter ni narratifs ni dramaturgie, les sensations se déploient sans être jugées. Tout peut venir, rien n’a besoin de rester, et pourtant rien n’est chassé. 


C’est Toi. 


Quand quelque chose se contracte, elle ne cherche pas à détendre. Quand la peur apparaît, elle ne la combat pas. Elle ne corrige pas l’expérience, elle la laisse être ce qu’elle est. C’est précisément cette absence d’opposition qui devient paix. Non pas une paix  qui pourrait naître d’une quelconque intention - et Dieu sait combien l’enfer est pavé de bonnes intentions - mais une paix déjà là avant toute tentative de pacification. 


C’est Toi. 


On croit parfois que l’inclusion est un effort, une posture morale ou une sorte de décision intérieure. Mais ici, il n’y a aucun effort. L’inclusion est naturelle, spontanée, comme la mer qui reçoit aussi bien les rivières calmes et pures que les torrents boueux. Elle ne se demande pas si ce qui arrive mérite d’être là. Elle est l’espace même où la question ne se pose plus. 


C’est Toi. 


Dans cette Présence, rien n’est à améliorer pour être digne d’exister. La fatigue, l’élan, le doute, la clarté, le désespoir, les crises de panique, la colère, l’amour, la confusion, tout est reçu dans la même tranquille équanimité. Et c’est peut être cela le plus déroutant. Ce qui inclut tout n’a jamais eu besoin de se protéger de quoi que ce soit. 


C’est Toi.


Quand cette Présence se reconnaît Elle-meme, quand Tu te reconnais être celle, même fugitivement, Tu découvres qu’elle n’est pas quelque chose que quelqu’un pourrait « posséder ». C’est ce dans quoi tout se déploie déjà. La

Présence ne s’oppose à rien parce qu’il n’y a rien en dehors d’elle. Et dans cette évidence douce, sans commentaire, la vie peut enfin danser avec fluidité. 


C’est Toi. 


C’est pour cela que l’on dit que la Présence est omnipotente, parce que tout dépend d’elle et qu’elle ne dépend de rien. Rien ne peut apparaître sans elle, et pourtant elle n’a besoin de rien pour être ce qu’elle est. Elle ne fait rien, et tout se fait en elle.


On dit aussi qu’elle est omnisciente, non pas parce qu’elle saurait des choses, mais parce qu’elle est consciente de tout. Et ce dont elle est consciente n’est pas conscient par soi même. Les pensées apparaissent, les sensations apparaissent, les émotions apparaissent, mais elles ne se connaissent pas elles mêmes. Ce qui connaît est toujours déjà là, silencieux, antérieur à toute expérience.


Elle est dite omniprésente, parce qu’elle est toujours présente, alors que tout ce qui apparaît en elle est éphémère. Les formes vont et viennent, les états changent, les histoires se transforment, mais la Présence qui les accueille ne s’absente jamais. Elle est là au début, au milieu et à la fin de chaque expérience.


Je la qualifierais également cette Présence de omni-imprégnante. Pourquoi ? Parce que tout apparaît à zéro distance d’elle. Du coup, forcément, tout est ultimement fait d’Elle. Dans l’expérience il n’y a aucune séparation réelle. La question « quelle est la distance entre la vague et l’eau ? » dissout toute croyance et impression de distance entre la conscience et ce qui apparaît en Elle. 

Toutes les vagues sont faites d’eau, mais l’eau n’est pas faite de vagues. Les formes ne sont que des expressions passagères de ce qui demeure sans forme. Ainsi je peux dire que la Présence est le Sans Forme qui semble prendre toute forme sans jamais cesser d’être Elle-même. 


De cette reconnaissance ne naît une détente. De cette évidence surgissent naturellement la paix, la joie, l’amour et la liberté. 


Et c’est de toi dont il est question. C’est de Toi dont on parle. Toi, ce que tu es vraiment. Ici la Conscience « parle à Elle-même ». 


C’est pour cela qu’il est dit  dans la Chandogya Upanishad : « Tat tvam asi» qui signifie « Cela Tu l’es ».


Amor Fati 


samedi 7 février 2026

L’attente sans attente


Ramana Maharshi, disait à juste titre que le seul empêchement à réaliser le Soi était la croyance que je ne suis pas déjà le Soi. Malheureusement, la croyance de n’être pas déjà le Soi ne se manifeste pas comme un écrit sur une banderole traînée par un avion derrière lui et que l’on voit parfois sur la plage l’été. La croyance de n’être pas le déjà le Soi manifeste de mille et une façons grossières et subtiles et dans une multitude d’états d’être, de gestes, d’actions, de pensées et de façon de percevoir le monde d’entrer en relation avec les autres. La croyance de n’être pas déjà le Soi est reliée à une multitude d’arborescences de croyances sous-jacentes, qui disent d’une façon ou d’une autre, que le bonheur se trouve plus tard que maintenant et ailleurs qu’ici. 
L’attente est le poison.
 J’ai essayé de le formuler dans un poème nommé « Attente sans attente » en l’honneur de la formulation de Jean Klein. Il se trouve par le lien : https://www.bonjourpoesie.fr/vospoemes/poemes/dan_speerschneider/attente_sans_attente

Extrait du poème :

«  L’attente sans attente est une dérive joyeuse 
Dans l'azur sans songes.
Pendant ce temps, sur l’océan de nos incertitudes, 
Un vaisseau fantôme avec sa cargaison de rêves,
Dérive.
Lorsqu’une voix crie « terre », une autre, plus triomphante 
Encore, gronde en écho : "Fata Morgana".
L’espoir est le sel de l’eau des assoiffés.
L'attente, captieuse comme un poison sucré.
L’écheveau du désir, 
Pur,
Comme un ciel de cyanure. »


Dès qu’il y a attente de paix, ce qui apparaît et n’est pas paisible est vécu comme un obstacle.

Dès qu’il y a attente de joie, tout ce qui ne correspond pas à cette joie semble manquer ou gêner.

Dès qu’il y a attente d’amour, la moindre distance, le moindre silence de l’autre est perçu comme une absence.

Dès qu’il y a attente de bien-être, l’inconfort devient un problème à résoudre.

Dès qu’il y a attente de santé, le corps est regardé comme un ennemi potentiel.

Dès qu’il y a attente d’éveil, tout ce qui est ordinaire paraît insuffisant.

L’attente n’est jamais neutre. Elle crée une tension subtile,

une orientation vers autre chose que ce qui est là. età partir de cette attente, tout ce qui ne correspond pas à l’image attendue est vécu comme contraire, comme une résistance, comme un empêchement.

À l’inverse, lorsqu’il n’y a plus d’attente particulière, ce qui apparaît n’a plus besoin d’être comparé. Il n’y a plus à défendre un état, ni à atteindre un autre.

La contraction se relâche alors d’elle-même, non parce que tout devient conforme, mais parce qu’il n’y a plus d’exigence face à la vie telle qu’elle se présente.

L’attente crée un écart imaginaire entre ce qui se présente et ce qui devrait être. Cet écart n’existe pas dans le réel, il est entièrement fabriqué par la pensée, et pourtant il est vécu comme très réel. À partir de cet écart naît une tension subtile mais constante. On peut l’appeler résistance, ego ou souffrance, peu importe le mot, il s’agit toujours de la même contraction intérieure face à ce qui est. Cette tension engendre un sentiment de manque, et le manque nourrit la peur. Peur de ne pas avoir ce qu’il faudrait, peur de ne pas être à la hauteur, peur de perdre ce qui semble nécessaire à l’équilibre et à la sécurité.

À partir de là, les conflits apparaissent presque inévitablement. D’abord avec soi, puis avec les autres, et finalement avec la vie telle qu’elle se présente. Lorsqu’il y a l’impression qu’il manque quelque chose, il faut bien le trouver quelque part. Alors naissent les stratégies conscientes ou inconscientes, les comparaisons, les rivalités, les tentatives de se rassurer en prenant, en contrôlant, en accumulant. Cela peut prendre des formes très visibles ou au contraire très subtiles, dans les relations affectives, dans la quête d’amour, dans le besoin de reconnaissance, dans le pouvoir, dans l’argent ou dans l’accumulation d’expériences.

Rien de tout cela ne vient de la vie elle-même. Tout cela naît de cette attente première, de cette idée profondément ancrée qu’autre chose devrait être là à la place de ce qui se présente maintenant. Tant que cette attente n’est pas vue, la tension se maintient, même si les circonstances extérieures changent. Mais lorsque cette attente est simplement reconnue pour ce qu’elle est, sans être combattue ni justifiée, quelque chose se relâche naturellement. Non parce que la vie devient soudain conforme à un idéal, mais parce qu’il n’y a plus d’écart imaginaire à combler.

Dans cette absence d’écart, la paix, la joie, l’amour ou la liberté ne sont plus des objectifs à atteindre ni des états à maintenir. Ils apparaissent comme des qualités naturelles de l’expérience lorsque rien ne s’oppose à ce qui est. Il ne s’agit pas d’ajouter quelque chose à la vie, mais de cesser de lui demander d’être autre que ce qu’elle est déjà.

C’est pourquoi Mon invitation à redécouvrir, notre vrai, Nature passe souvent par une invitation à voir tout ce qui en nous attend quelque chose d’autre, de mieux, le plus grand de plus beau plus tard que maintenant et ailleurs qu’ici. Repérer nos attentes inconsciente, souvent implicits qui prolifèrent allègrement dans l’ombre de nos habitudes, nous illumine. En Anglais le mot enlightenment se traduit en francais par le mot illumination mais a un double sens : Light signifie à la fois lumière et légèreté en anglais. Ainsi, voir notre attente éclaire et nous allége d’illusions inutiles. 

Vivre sans pourquoi et sans attente est l’invitation ultime de la Vie afin qu’elle se reconnaisse Elle-même. 




Dès qu’il y a attente de paix,

ce qui apparaît et n’est pas paisible est vécu comme un obstacle.


Dès qu’il y a attente de joie,

tout ce qui ne correspond pas à cette joie semble manquer ou gêner.


Dès qu’il y a attente d’amour,

la moindre distance, le moindre silence de l’autre est perçu comme une absence.


Dès qu’il y a attente de bien-être,

l’inconfort devient un problème à résoudre.


Dès qu’il y a attente de santé,

le corps est regardé comme un ennemi potentiel.


Dès qu’il y a attente d’éveil,

tout ce qui est ordinaire paraît insuffisant.


L’attente n’est jamais neutre.

Elle crée une tension subtile,

une orientation vers autre chose que ce qui est là.


Et à partir de cette attente,

tout ce qui ne correspond pas à l’image attendue

est vécu comme contraire,

comme une résistance,

comme un empêchement.


À l’inverse,

lorsqu’il n’y a plus d’attente particulière,

ce qui apparaît n’a plus besoin d’être comparé.

Il n’y a plus à défendre un état,

ni à atteindre un autre.


La contraction se relâche alors d’elle-même,

non parce que tout devient conforme,

mais parce qu’il n’y a plus d’exigence face à la vie telle qu’elle se présente.



L’attente crée un écart imaginaire entre ce qui se présente et ce qui devrait être.

Cet écart n’existe pas dans le réel, il est fabriqué par la pensée.

Mais il est vécu comme très réel.


De cet écart naît une tension.

On l’appelle résistance.

On l’appelle ego.

On l’appelle souffrance.


Cette tension engendre un sentiment de manque.

Et le manque fait grandir la peur.

Peur de ne pas avoir,

peur de ne pas être,

peur de perdre ce qui semble nécessaire à notre équilibre.


À partir de là, les conflits apparaissent presque inévitablement.

Avec soi.

Avec les autres.

Avec la vie telle qu’elle est.


Car lorsque quelque chose semble manquer,

il faut bien le prendre quelque part.

Alors naissent les stratégies,

les comparaisons,

les rivalités,

les formes de prédation, parfois subtiles, parfois grossières,

dans les relations, dans l’amour, dans le pouvoir, dans l’accumulation.


Tout cela ne vient pas de la vie elle-même,

mais de cette attente première,

de cette idée qu’autre chose devrait être là

à la place de ce qui se présente.


Lorsque cette attente est vue pour ce qu’elle est,

non combattue mais reconnue,

la tension se relâche.

Non parce que tout devient conforme à un idéal,

mais parce qu’il n’y a plus d’écart à combler.


Et dans cette absence d’écart,

la paix, la joie, l’amour ou la liberté

ne sont plus des objectifs à atteindre,

mais ce qui affleure naturellement

quand rien ne s’oppose à ce qui est.