Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

mardi 17 mars 2026

Je te retrouverai ici

 


Rûmî écrivait : « Au-delà des idées de bien et de mal, il y a un champ. Je te retrouverai là. » Cette phrase pourrait être entendue comme une invitation à aller quelque part, à atteindre un état, à franchir une distance. Comme si ce champ était ailleurs, au bout d’un chemin intérieur, après un long travail sur soi. Mais si l’on s’arrête un instant, si l’on suspend même l’élan de comprendre, l’évidence se révèle. Car pendant que tu lis ces mots, pendant que ton regard parcourt cette phrase, où cela se passe-t-il exactement ? Où apparaissent ces lettres, ces mots, ces pensées qui se forment à leur contact ?

Tu peux laisser la question résonner sans chercher à y répondre mentalement. Juste regarder. Non pas ce qui est lu, mais d’où c’est lu. Non pas le contenu, mais ce sans-forme dans lequel le contenu apparaît. Avant même que le sens ne soit saisi, avant que tu sois d’accord ou pas d’accord, avant toute réaction, il y a déjà ce champ dont parle Rûmî. Il n’est pas à atteindre, il est déjà là, puisque rien ne pourrait apparaître sans lui.

Et si tu regardes de plus près, ce champ n’a pas de visage. Les autres voient ton visage, mais toi, ici, maintenant, du point de vue à partir duquel tu lis, trouves-tu une forme, une limite, une frontière, deux petits yeux, une tête  ? Ou bien est-ce simplement ouvert, transparent, sans centre localisable ? Les mots que tu lis apparaissent dans cette ouverture transparente et sans fond. Les pensées qui commentent, approuvent ou rejettent apparaissent aussi dans cette même ouverture. Même l’idée d’un “toi” qui lit est perçue ici, dans ce champ sans contour.

Alors peut-être que “au-delà du bien et du mal” ne signifie pas devenir indifférent, mais voir avant que le jugement ne surgisse, voir depuis cet espace où rien n’est encore divisé, où aucune opinion n’a encore pris forme. Avant le prisme des croyances, avant les filtres appris, il y a cette clarté simple qui accueille tout sans effort.

Et “je te retrouverai là”… peut prendre un autre sens. Car dans cet espace, il n’y a plus vraiment un lecteur d’un côté et un texte de l’autre. Il n’y a plus deux choses séparées qui se rencontrent. Il y a simplement un même champ, indivisible, dans lequel tout apparaît en même temps : les mots, leur compréhension, les pensées qu’ils suscitent, la sensation d’être en train de lire. Tout cela est donné d’un seul tenant, dans une seule et même ouverture.


C’est en ce sens que mon ami Alain me disait l’autre jour au téléphone combien sa femme Nicole, que je connaissais aussi et qui nous a quittes sous sa forme humaine il y a quelques semaines, lui semblait plus proche que jamais.


C’est peut-être ce que Rûmî a vu lorsqu’il écrit ailleurs : « J’ai frappé à la porte, j’ai frappé, j’ai frappé jusqu’au sang. Un jour la porte s’est ouverte, et j’ai vu que je frappais de l’intérieur. » Ce que l’on cherche semble toujours devant, comme une porte fermée, un accès à trouver. Mais lorsque cela s’ouvre, il devient évident qu’il n’y avait pas de distance réelle, pas d’extérieur à atteindre. Tout se passait déjà ici, dans ce même champ.

Tu peux même le vérifier maintenant. Sans bouger, sans rien changer, juste remarquer : ce que tu es, au plus proche, est-ce quelque chose que tu peux voir, ou est-ce ce dans quoi tout est vu ? Est-ce une forme parmi les formes, ou cette ouverture dans laquelle toutes les formes apparaissent ? C’est plus proche de toi que ta veine jugulaire, comme le dit le Coran. Il n’y a aucune distance à parcourir, rien à atteindre, rien à devenir. Juste reconnaître ce qui est déjà là, immédiatement, avant toute pensée.

ne t’invite pas à aller ailleurs. Il te pointe vers ce qui est déjà là, avant même que tu ne te définisses. Ce champ ouvert, sans visage, sans centre, dans lequel ces mots apparaissent en ce moment même. Et le plus simple, peut-être, c’est de reconnaître que tu n’es pas en train de le chercher. Tu es déjà en train de le lire, depuis lui, en lui, comme lui.

Et cette reconnaissance, si simple, si immédiate, est à la portée de tous. La vision sans tête n’est pas une théorie, ni une croyance de plus, mais une évidence disponible pour tout être qui consent à regarder depuis ce qu’il est vraiment.


Merci à Douglas Harding d’avoir su formuler avec autant de clarté, de pédagogie et de simplicité ce retournement du regard, ce chemin de retour vers l’évidence.


Je suis cet espace sans visage, ouvert et infini, dans lequel apparaissent le monde, le corps et les pensées.


lundi 16 mars 2026

Y a comme une fin à toute chose (poème pour chanson)




Y A COMME UNE FIN À TOUTE CHOSE



Demain j’aurais cent ans déjà 

Et cette vie m’apparaîtra

Comme une bulle dans un rêve

Qu’un souffle effleure et qui s’achève 


Demain sera toujours trop tard 

Être ivre ici est tout un art 

S’envoler de ses propres ailes 

Pour vivre en Lui mourir en elle 


Dieu que la Vie est brève  

Dieu que la Vie est frêle 

Dieu que la vie est belle 

Presque Irréelle 

Si réelle 


Y a bien une fin à toute chose 

Fini le bon temps des osmoses

Et Même s’il reste quelque chose

Y a vraiment plus personne et toi tu oses ?


Dire qu’il n’y a plus rien à dire 

Lorsque après nous la mer se retire 

S’oublier jusqu’à se contredire 

Voir que l’amour sait aussi tout détruire  


Y a comme une fin à toute chose 

Et malgré le parfum des roses, 

La vie n’est qu’une courte pause 

Le temps d’éclore et en silence on ose 


Et s’il demeure une autre chose

Plus vraie que nos métamorphoses 

Un fil discret que rien n’oppose

Où l’on se quitte et tout repose


Y a comme une fin à toute chose 

Et malgré le chant des osmoses

La vie n’est qu’une courte pause 

Le temps d’éclore puis l’overdose 


Mais y a bien en-deçà des choses 

Un doux lien qu’on ne saurait dire 

Comme ce sourire qui s’impose 

Pour aimer jusqu’à en mourir  


lundi 9 mars 2026

Se détacher pour mieux aimer

 


Le mot « détachement » est souvent mal compris. Dans le langage courant, il évoque une forme de froideur, de retrait affectif, presque une indifférence. Pourtant, dans la tradition spirituelle, et particulièrement dans la voie non duelle, le détachement n’a rien à voir avec un refus du monde ou avec un cœur fermé. Il désigne plutôt une liberté intérieure, la capacité de voir les choses sans s’y confondre.

Ces dernières années, certains enseignants de non-dualité se sont emparés de cette question en critiquant vivement cette notion de détachement. Selon eux, elle pourrait conduire à une forme d’insensibilité, notamment face à des expériences humaines très douloureuses comme les pertes, les deuils ou certains traumatismes profonds. Dans certains cas, cette critique s’est même élargie jusqu’à vouloir décrier l’Advaita Vedānta dans son ensemble, présenté comme une voie froide ou dépourvue de compassion.

Il me semble pourtant important, dans ce type de débat, de ne jamais jeter le bébé avec l’eau du bain et de ne pas généraliser. Toute voie spirituelle peut être mal comprise ou mal transmise. Mais il serait injuste d’en tirer des conclusions sur l’ensemble d’une tradition aussi vaste et profonde, peut-être l’une des plus profondes dont dispose l’humanité depuis des millénaires pour se libérer de la souffrance et réaliser sa vraie nature.

Il peut aussi arriver, bien sûr, que certains enseignants immatures répètent l’enseignement millénaire de l’Advaita comme des perroquets qui parlent sans toujours savoir ce qu’ils disent. Dans ces cas-là, la transmission peut devenir sèche, mécanique, dépourvue de la sensibilité humaine et pédagogique qu’elle requiert. Un enseignement profond peut alors être réduit à quelques formules répétées sans véritable compréhension, « tu es déjà ce que tu cherches », « il n’y a personne », « tout est parfait tel que c’est », « l’être que tu es est déjà sans besoin », « ce que tu cherches est ce qui cherche », etc., qui reprennent finalement les grandes formulations des Upanishads (les mahāvākya comme « tat tvam asi », « aham brahmāsmi », « prajñānam brahma », « ayam ātmā brahma »), mais sans que leur profondeur existentielle soit réellement explorée. On retrouve parfois ce type de formulations dans certains courants contemporains de la non-dualité associés au néo-advaita, chez des enseignants comme Tony Parsons ou d’autres figures du même courant, et l’on pouvait aussi entendre ce ton dans les premiers enseignements de Jeff Foster, avant que son approche n’évolue vers quelque chose de plus incarné et sensible.

Mais il peut également arriver que ceux qui critiquent l’Advaita dans son ensemble n’aient simplement pas rencontré des enseignants capables de transmettre cet enseignement avec maturité, ou qu’ils n’aient pas encore été dans la disposition intérieure qui permet de le recevoir pleinement. Une rencontre spirituelle dépend toujours de deux choses à la fois : la qualité de la transmission et la maturité de celui qui l’écoute.

C’est pourquoi il me semble plus juste d’éviter d’incriminer l’Advaita Vedānta dans son ensemble. Comme toute grande tradition spirituelle, elle peut être transmise avec profondeur ou avec maladresse. Ce qui fait la différence n’est pas tant la voie elle-même que la qualité humaine et la sensibilité avec lesquelles elle est partagée.

En ce qui me concerne, je n’ai jamais reçu l’Advaita Vedānta comme une voie dépourvue de cœur. Bien au contraire. Ce que j’y ai découvert, c’est une invitation à reconnaître un espace de conscience plus vaste que nos identifications habituelles, un espace dans lequel la souffrance peut être accueillie sans être niée.

Je partage ce chemin de retour vers le Soi depuis de nombreuses années. Depuis 1998, dans mes séances de thérapie non duelle, j’explore ces questions avec les personnes qui viennent me voir. L’Advaita Vedānta y est présent comme une orientation, mais toujours en dialogue avec différentes approches et avec l’expérience vivante du corps, notamment à travers ce que j’appelle la voie du sentir.

Car une pédagogie vivante tient toujours compte de la personne qui se trouve en face de nous. Ce qui peut être libérateur pour l’un peut être prématuré pour un autre.

La voie du détachement peut donc tout à fait être appropriée, même face à des blessures profondes, à condition qu’elle soit proposée avec douceur, avec tact, et dans le respect du rythme de celui qui souffre. Il ne s’agit jamais de demander à quelqu’un de nier ce qu’il ressent. Il s’agit plutôt de l’aider, progressivement, à découvrir qu’il existe en lui un espace plus vaste que ce qu’il traverse.

C’est dans cet esprit que je propose parfois, comme hier lors du satsang, par Zoom et en présentiel, un jeu de révélation très simple. D’abord, considérer une expérience dans la perspective de l’appropriation. Se dire intérieurement : « ceci est mon expérience » (par exemple : ceci est mon corps, ceci est ma souffrance, ceci est mon désir, ceci est ma famille, ceci est ma vie…). Puis prendre une trentaine de secondes pour sentir ce que cela produit. Ensuite, déplacer très légèrement la perspective. Dire simplement : « cela est une expérience » (cela est un corps, cela est une souffrance, cela est un désir, cela est une famille, cela est une vie…). Et là encore, prendre un moment pour sentir.

Cela fait une trentaine d’années que je partage cette pratique extrêmement simple, qui permet de passer de la posture égotique de l’appropriation à une vision impersonnelle et non duelle. Elle révèle qu’il nous est possible de découvrir que la souffrance ne vient jamais directement de l’expérience vécue, mais de la façon dont nous la percevons. Soit nous la regardons à travers le filtre de nos croyances, et dans ce cas l’expérience devient souffrante, car il y a presque toujours une tentative de changer ce qui est. Soit nous la laissons apparaître à partir de ce que nous sommes vraiment, et cela a souvent un effet profondément guérisseur, qui permet peu à peu de traverser et parfois de guérir des traumatismes profonds.

Ce simple glissement, presque imperceptible, peut révéler quelque chose de très profond. Rien n’est nié, rien n’est rejeté, mais la contraction liée au sentiment d’appropriation se relâche légèrement, ou parfois complètement, et l’expérience apparaît dans un espace plus vaste, parfois même dans un espace que l’on pourrait dire infini, puisque c’est l’espace de conscience lui-même par lequel tout est connu.

C’est souvent dans cet espace que le détachement commence à être compris non comme une froideur, mais comme une liberté intérieure.

Dans la Bhagavad Gītā, Krishna dit à Arjuna : « Celui qui agit en abandonnant l’attachement aux fruits de l’action atteint la paix » (Bhagavad Gītā V.12). Ce détachement n’est pas une fuite de l’action. Arjuna doit continuer à agir. Mais il n’est plus prisonnier de l’appropriation : « mon action », « mon succès », « mon échec ».

Dans l’Advaita Vedānta, le processus de discernement consiste justement à reconnaître ce qui est observé comme n’étant pas le Soi. Śaṅkara le résume dans la méthode du neti neti, « ni ceci, ni cela », décrite dans la Brihadaranyaka Upanishad (II.3.6). Tout ce qui peut être perçu est reconnu comme non-Soi : le corps, les sensations, les pensées, les émotions.

Mais ce détachement n’aboutit pas à une sécheresse intérieure. Au contraire, lorsqu’on cesse de se contracter autour d’une identité limitée, quelque chose de beaucoup plus vaste apparaît.

Maître Eckhart l’exprime de manière très frappante : « L’homme détaché est celui qui ne veut rien, ne sait rien, ne possède rien » (Sermon sur la pauvreté en esprit). Et pourtant, chez Eckhart, ce détachement est inséparable de l’amour divin, parce que lorsque le « moi » cesse de se défendre et de s’approprier, il reste simplement l’ouverture.

Ramana Maharshi disait souvent : « Le détachement et la réalisation du Soi sont une seule et même chose » (Talks with Sri Ramana Maharshi, entretien 26). Autrement dit, le détachement n’est pas un effort moral pour devenir indifférent. Il naît naturellement quand on voit que rien de ce qui apparaît ne constitue notre identité essentielle.

Et paradoxalement, c’est là que l’amour devient possible dans sa forme la plus pure. Tant que nous sommes identifiés, l’amour est mêlé de peur, de possession et d’attentes. Nous aimons souvent en disant, même inconsciemment : « tu es à moi », « j’ai besoin de toi », « ne me quitte pas ».

Mais lorsque cette contraction se relâche, l’autre n’est plus perçu comme un objet destiné à combler un manque. Il est simplement reconnu dans la même présence.

Le détachement ne tue pas l’amour. Il enlève simplement ce qui l’empoisonne.

Nisargadatta Maharaj l’exprime d’une phrase très simple : « Quand il n’y a plus de désir ni de peur, l’amour est là » (I Am That, entretien 46).

Ainsi, lorsque je vois « ceci est un corps », le corps n’est pas rejeté. Il est libéré. Lorsque je vois « ceci est une pensée », la pensée n’est pas combattue. Elle est libre de passer.

Et dans cet espace conscient et silencieux de liberté, ce qui reste n’est pas l’indifférence. C’est l’espace même dans lequel tout est aimé inconditionnellement. 

Que la paix et la joie règnent en toi et autour de toi

Amor Fati 

lundi 2 mars 2026

QUI EST JE ?

 


Il y a, en amont de toute pensée, une simplicité radicale : quelque chose en moi sait qu’une pensée vient d’apparaître. Quelque chose en moi reconnaît qu’une sensation se manifeste. Ce n’est pas la pensée elle-même qui se connaît, ni la sensation qui se sent elle-même. Elles sont connues. Ressenties. Illuminées par une lumière silencieuse, que rien ne peut atteindre, mais qui éclaire tout.

Ce n’est ni une métaphore ni un jeu conceptuel. C’est l’expérience la plus simple et la plus indiscutable : je sais que je suis. Quand je dis spontanément « j’existe », ce que je veux réellement dire est plus subtil. Le mot exister vient du latin ex-sistere, se tenir hors de, surgir hors de. Exister suppose une sortie, une projection. Mais dans l’expérience immédiate, je ne me vis pas comme “sorti de”. Je me vis comme en train d’être. En permanence il y a cette évidence silencieuse : être.

Je ne peux pas douter que je suis. Je peux douter de mes pensées, de mes perceptions, de mes souvenirs. Je peux remettre en question mes croyances, mon identité, mon histoire. Maintenant, quelque chose sait. Et si jamais quelqu’un fait le malin et prétend douter du fait d’être, même de ce doute qu’il affirme avoir, il en est conscient. Ce doute est connu. Il apparaît et il est connu.

Car la personne elle-même, le corps mental, apparaît au sein de la Conscience. La personne est perçue. Elle semble composée de pensée, de sensations, de sentiments et d’émotions. Mais elle n’est pas ce par quoi tout cela est su.

Et ce « je » n’est pas un objet parmi les autres. Ce « je » est cela par quoi tout est connu. Ce n’est pas une pensée, car toute pensée est vue. Ce n’est pas une sensation, car toute sensation apparaît en lui. Ce n’est même pas une conscience personnelle, car la personne est déjà un contenu.

Alors… qu’est-ce que ce « Je » ?

Les sages de l’Inde ont posé la question il y a des millénaires. Dans les premières lignes de la Kena Upanishad (l’Upanishad de « Ce par quoi »), on lit : « Par qui est dirigé l’esprit ? Par qui la pensée est-elle projetée ? Par qui la parole est-elle prononcée ? » Le mot Kena signifie littéralement : ce par quoi, ce par qui. Ce n’est pas une question pour accumuler une réponse. C’est une invitation à demeurer dans l’ouverture, à créer une brèche dans l’armure de nos prétentions à savoir. Car tout ce qui peut être connu est un objet, et Celui ou Cela qui connaît ne peut jamais être saisi comme un objet car il n’a tout simplement pas de caractéristiques objectives ( âge, taille, limite, couleur, son…).

Les pensées ne sont pas conscientes. Elles ne se connaissent pas elles-mêmes. Elles passent. Elles sont des formes très éphémères dans l’espace du pur connaître, comme des nuages dans le ciel. De même, une sensation corporelle n’est pas consciente : elle est perçue, mais elle-même ne perçoit rien. Même la mémoire du moi, ce récit intérieur auquel nous sommes si souvent attachés, n’est pas consciente par elle-même : elle est vue, entendue, et parfois, comme ici, contestée.

Alors qui ou quoi perçoit tout cela ?

Qu’est-ce qui est toujours là, immobile, silencieux, inaltérable ?

Qu’est-ce qui ne peut être pensé, mais sans quoi aucune pensée ne serait possible ?

Le Je dont il est question ici n’est pas un moi psychologique. C’est le pur fait d’être. Le Je qui ne peut être vu, car il est celui qui voit. Le Je qui ne peut être connu comme un objet, car il est la condition même de tout connaître.

Ce Je ne parle pas. Il ne formule rien. Il n’a pas de voix. Pourtant, si l’on devait imaginer qu’il puisse prononcer un mot, sa première parole serait la plus simple qui soit : « Je suis. »

Dans le livre de l’Exode, lorsque Moïse demande le nom de Dieu, la réponse est : « Ehyeh asher ehyeh », le plus souvent traduit par « Je suis celui qui suis » ou « Je suis celui qui est » (Exode 3,14). Avant tout attribut, avant toute qualification, il y a cette affirmation de l’être. Non pas « je suis ceci », non pas « je suis cela », mais simplement « Je suis ».

La Kena Upanishad poursuit : « Celui qui pense connaître Brahman ne le connaît pas. Celui qui ne prétend pas le connaître, le connaît. Il est inconnu de ceux qui le connaissent, et connu de ceux qui ne le connaissent pas. » Car ce Je ne peut être objet de connaissance. Il est le sujet absolu. Il est ce par quoi toute chose est connue, y compris l’idée de Dieu, y compris l’idée de soi.

Ramana Maharshi disait : « Le Soi brille toujours, mais vous ne le voyez pas à cause de l’obsession du non-soi. C’est le Soi seul qui doit dire : “Je suis le Soi.” » Cette parole ne vient pas d’une personne. Elle est la reconnaissance silencieuse de l’être par lui-même.

Ce n’est donc pas un savoir à obtenir. C’est un retournement. Une détente. Quand les pensées sont vues comme pensées, quand les sensations sont vues comme sensations, il reste cette évidence simple : être.

Et même cette phrase est encore de trop. Car ce Je est cela par quoi tout est connu, et qui seul se reconnaît lui-même.


lundi 23 février 2026

Stage d’été 26 : 9 jours pour vivre l’aventure la plus sacrée

 




Depuis une vingtaine d’années, j’anime une retraite de 9 jours consacrée à la reconnaissance directe de notre vraie nature. Pendant ces neuf jours, nous explorons ensemble, à travers des expériences simples et profondes, la remise en question du mode de perception duel et la découverte de l’unité vécue, cette paix et cet amour qui ne dépendent de rien.

La retraite s’appuie essentiellement (mais pas que) sur les deux approches complémentaires no duelles, que sont la voie de la connaissance, avec l’investigation du Soi et le retournement de la conscience (incluant également la Vision Sans Tête de Douglas Harding), ainsi que la voie du sentir (ou de l’amour) inspirée notamment du shivaïsme du Cachemire et de mon maître vivant Frédéric Moreau (ostéopathe à Aix-en-Provence). Des outils issus des grandes traditions non duelles, ainsi que des temps d’accompagnement en dyade, rendent cette exploration vivante, concrète et profondément incarnée. En raison de ce caractère très expérientiel, ce stage constitue aussi un préambule possible à une formation à l’accompagnement non duel et intéresse particulièrement les personnes exerçant un métier de thérapeute.

Je souhaite organiser cet été une nouvelle édition de cette aventure intérieure, dans un lieu à la campagne, en France, en pleine nature. Les dates envisagées seraient début ou mi-juillet 2026. Le groupe sera volontairement restreint, une douzaine de personnes maximum, afin de préserver la dimension individualisée du stage. Une séance d’une heure et demie sera offerte en amont à chaque participant.

Je suis actuellement à la recherche du lieu et des premières personnes intéressées. À partir de quatre à six inscriptions, l’organisation sera lancée.

Si cet appel résonne pour vous, si vous sentez l’élan de vivre neuf jours de retour à soi, de simplicité, de profondeur et de partage entre amis, vous pouvez me contacter en message privé pour en parler. D’autres retraites de neuf jours sont organisées au cours de l’année, n’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez être informé.

Je propose également des séances individuelles d’accompagnement non duel depuis 1998, sur place à Paris dans le 19ème ou par Zoom. Sur place, il est possible de bénéficier, si cela est juste pour vous, d’un accompagnement par le toucher (sur un corps habillé) et de soins énergétiques visant à faire émerger et à accueillir les émotions bloquées. Cela facilite grandement l’établissement dans la Présence de la Conscience. 

Vous pouvez également vous abonner à ma newsletter pour être informé des sessions en direct par Zoom, gratuites, et des stages à venir en cliquant sur ce lien :

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Vous pouvez également consulter mon blog :

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où se trouvent plus d’un millier d’articles sur la non dualité depuis 2014.


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Dan Speerschneider

Mail : adnnn1967@gmail.com