Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

samedi 15 octobre 2016

Un Christ Non Duel
"Avant qu'Abraham ne fût, Je suis"


Ce que l'on retient en général de l'enseignement du Christ c'est essentiellement son étonnant message d'amour. Le commandement d'amour (Marc 12) "Aime ton prochain comme toi même" - qu'on retrouve aussi dans la Torah - l'invitation à la miséricorde et au pardon, le refus de la spirale de la violence et de la vengeance issue de la morale du code d'Hammourabi ("œil pour œil, dent pour dent"), expression de la morale tribale, encore en vigueur dans les tribus pachtounes d'Afghanistan dans de nombreuses zones dites civilisées de la planète et même chez un nombre croissant d'européens.


De ce fait la parole du Christ au travers de la religion chrétienne, sous ses aspects les meilleurs, est devenue une sorte de Bhakti-Yoga, qui est un terme sanscrit qui désigne l'ensemble des pratiques spirituelles tournées vers la dévotion de la divinité dans l'hindouisme. Les pratiquants du Bhakti-Yoga cherchent à entrer en contact avec l'être suprême ou une divinité, au travers de prières ou d'un mode de vie particulier. C'est une belle voie et, lorsqu'elle est accomplie avec un abandon total à la Volonté divine - qui pourrait se formuler en termes non duels par un abandon total ce qui est - alors, c'est un véritablement chemin de réalisation de l'Ultime. Car qu'y a-t-il de plus grand que de s'abandonner totalement à ce qui est ?

Cet aspect du Christiannisme concerne plutôt ce qu'on pourrait nommer la voie de l'amour ou de la foi. Et, pratiquée avec sincérité elle fait émerger une Humilité sans personne de humble. Le yoga de la dévotion est un merveilleux yoga. C'est néanmoins l'aspect extérieur de l'enseignement. Car lorsqu'elle est mal comprise, comme c'est très souvent le cas, cette identification avec la divinité génère les plus grandes perversions, souffrances et conflits dans le monde. En effet, sans la réalisation que ce que chacun d'entre nous sommes à la base, c'est à dire Conscience sans forme, cette Unité entre le Père et Moi, prend des allures pathologiques. Cette méconnaisance de notre vraie nature associée à la pratique devient alors la porte ouverte aux idées les plus saugrenues et génératrices des plus grandes violences qui reviennent à croire que Dieu peut avoir des préférences et, pourquoi pas une préférence pour moi, en tant que corps mental, pour ma famille, mon clan, ma patrie, voire mon "peuple élu". Ainsi la voie du Bhakti Yoga peut paradoxalement renforcer l'idée d'être une personne séparée.

Mais cet amour du prochain que proclame le Christ - avec encore plus d'insistance peut-être qu'aucun autre prophète - vient de l'amour du Soi. Il vient de la reconnaissance intime et directe que Moi et le Père nous sommes Un (Jean 10). Il vient du fait que Jésus a découvert en lui l'éternel, le Christ, le Trésor de notre vraie nature de Conscience.

C'est parce que Je suis l'Amour que ce corps-mental-ci va se comporter avec l'autre corps-mental avec amour, car il a réalisé qu'ils sont tous deux issus de la même Conscience. Cette réalisation a donc pour corollaire l'intuition que toute chose et toute créature est une expression de cette Conscience impersonnelle, du Soi, notre véritable nature.

Ainsi l'enseignement du Christ s'apparente également à une sorte de Jnana Yoga, un Yoga de la Connaissance. Ce yoga énonce que l'Absolu est le soi véritable. Sa méthode principale est l'investigation du soi par le retour à la source de nos pensées jusqu'à la pensée du je. Le Jnana Yoga est recommandé aux aspirants plus "avancées" à cause de sa méthode directe, mais il est plus difficile d'accés que le Bhakti-Yoga.

L'enseignement du Christ ne propose certes pas une investigation comme c'est le cas dans les textes védantiques ou chez leurs maîtres comme Shankarasharya, ou plus près de nous Atmananda Krishna Menon, Ramana maharshi, ou Nisargadatta. Mais, son invitation est de voir directement que le royaume de Dieu est en nous. Son messsage principal est de réaliser Dieu en nous, que Dieu est à la fois transcendant et immanent, et en cela c'est un enseignement de la Gnose, un enseignement de Connaissance et de réalisation de notre nature de Conscience.


 Dans Logion 17 de l'Évangile de Thomas, Jésus dit :

"Je vous donnerais ce que l'œil n'a pas vu,
ce que l'oreille n'a pas entendu,
Ce que la main n'a pas touché,
Ce qui n'est pas encore monté au cœur de l'homme."

Cela ressemble comme deux gouttes d'eau à cette perle de la Kéna Upanishad* (Kéna signifie "ce par quoi") dont voici quelques extraits :

1.3 Ce n'est pas cela que la parole exprime mais ce par quoi la parole est exprimé, tel est le Brahman et non ce à quoi les humains rendent un culte, ordinairement.

1.4 Ce n'est pas ce que l'œil voit mais ce par quoi l'œil voir, tel est le Brahman et non ce à quoi les humains rendent un culte, ordinairement.

1.5 Ce n'est pas ce que l'oreille entend masi ce par quoi l'oreille entend, tel est le Brahman et non ce à quoi les humains rendent un culte, ordinairement.

1.6 Ce n'est pas ce que la pensée pense mais ce par quoi la pensée pense, tel est le Brahman et non ce à quoi les humains rendent un culte, ordinairement.

II.1 Si tu penses ;"Je connais bien Brahman maintenant", c'est que tu n'as compris que bien peu de la vraie nature de Brahman. Ce que tu connais de Sa forme, de même que cette forme que tu te figures à propos des divinités, est également bien peu. Tu dois donc poursuivre ton enquête sur la nature de Brahman.

II.2 Celui qui pense ne pas Le connaître, celui-ci Le connaît. Et celui qui pense Le connaître, celui-là ne Le connaît pas.

II. 3 Dés lors que Brahman est perçu comm ele Soi intérieur, reconnaissable à travers tous les états de conscience Il est connu réellement, et cette connaissance mène à l'immortalité. 


Ainsi, ce vers quoi le Christ pointe n'a ni forme, ni nom. Ce qu'il offre en partage ne peut être perçu, saisi ou compris. Il parle de Cela par quoi tout est connu mais qui ne peut Lui-même être connu.

Le Christ est porteur d'un message de non dualité.

Jésus annonce aussi que "le Royaume est en Vous." Il n'invite pas simplement à changer l'attention de place et à regarder dans une autre direction, une meilleure direction, un nouvel ailleurs. Il invite à une révolution à 180 degrés de la flèche de l'attention, pour remonter à la Source même du regard en nous et, aller au-delà de l'illusion d'être une personne, un corps mental séparé du monde et des autres.

Si Dieu est transcendant, il n'est pas séparé de l'homme, il est également immanent. C'est au cœur même de l'homme que Dieu réside. Tel est le message du Christ.

Enfin, il affirme également "qu'avant qu'Abraham ne fût, je suis."

Il partage ainsi l'évidence de la primauté de la Conscience sur les perceptions (le corps, la pensée et le monde).

Il affirme égalemnt la primauté de l'Atemporelle Présence que nous sommes sur l'imaginaire, la mémoire et le'histoire, la Primauté de la verticalité sur l'horizontalité, et de l'Absolu sur le relatif !

Le "je suis" étant toujours présent Maintenant, il est également uniquement réalisé Maintenant. Jésus ne nous invite pas à des pratiques progressives en vue d'une réalisation future, ni à élaborer une morale, ni surtout à fonder une église. L'urgence est pour chacun d'entre nous, de réaliser notre véritable nature, l'Amour que nous sommes, sans intercesseur. Il affirme en outre que nous ne manquons jamais de rien pour réaliser cela, que nous sommes toujours complets tels que nous sommes Maintenant.


Jésus parlait de "la Vérité qui dépassait tout entendement". On pourrait même dire la Vérité qui précède tout entendement.

La Vérité de Je suis précède les "je suis ceci ouje suis cela".  La Vérité de la Conscience consciente d'être consciente est avant toute compréhension. L'évidence du Je suis précède la parole, le concept et toute définition de moi-même .

Le Christ est véritablement porteur d'un message de non dualité.



Lorsque notre véritable nature se réalise, l'évidence non duelle des textes des évangiles saute au yeux du regard désencombré. Il y a une sorte de reconnaissance-évidence et le parfum des Upanishads, de la Bhagavad Gita, du Yoga Vasishta, du Tao, du Dzogshen, du tantrisme Shivaïte du Cashemire et bien d'autres traditions non duelles y affleure avec une grande clarté.

Je vous conseille à ce propos la lecture de l'Evangile de Thomas avec les excellents commentaires de Jean Yves Leloup.

La simplicité et l'universalité de l'invitation non duelle est juste de revenir à l'évidence d'être. 

Avant d'être Dan je suis. Avant d'être une personne je suis. Avant d'être un homme ou une femme je suis. Avant même d'être né je suis. C'est cela le sens de la parole de Jésus : "Avant qu'Abraham ne fût je suis."

C'est une autre façon de dire que tout apparaît dans la Conscience, que "je suis" est la première manifestation de la Conscience consciente d'être consciente et que rien ne peut exister en dehors de la Conscience.

Avant d'être ceci ou cela, Je dois être là.

Voyez qu'en ce moment même où les pensées en vous vont bon train pour comprendre ce qui vient d'être lu, quelque chose, qui n'est pas quelque chose est déjà là, présent pour en être conscient.

Quelque chose précède toujours ce qui se pense et ce qui se perçoit. Les pensées et les perceptions surgissent au sein de la Consciente qui en est consciente.

Il faut une extrême attention pour le réaliser.

Constatez que vous précédez toujours les perceptions. Et, comme le corps, le mental et le monde sont des perceptions, Vous, en tant que Conscience, Vous en tant que principe Absolu et Conscient, Vous précédez le corps, le mental et le monde.

Qu'est ce que cela qui est présent et conscient de ses mots qui sont lus maintenant ?

Il y a peut-être une compréhension mentale et intellectuelle dont vous êtes conscients. Mais, justement, qu'est ce que cela qui en est conscient et qui précède la perception et la compréhension ?

Une grande partie de l'enseignement d'un des plus grands Jnanis de l'Inde moderne, Sri Nisargadatta Maharaj, était basée sur cette invitation de consater que "je suis", la simple évidence d'être vivant et conscient qui ne dépend d'aucune pensée, ni d'aucune perception. Il invitait à rester le plus souvent conscient d'être conscient, de cette évidence d'être - formulée par la première pensée apparaissant dans la conscience d'un être humain - "Je suis". Puis, de se laisser happer par l'Absolu, ce Mystère Absolu en quoi Je suis apparaît et disparaît, qui est notre véritable "identité." Il disait que cela ne pouvait manquer de survenir puisque c'est ce que nous sommes et ce qui est.

Namaste

NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.


* Upanishad : Ce mot sanscrit vient de upa qui signifie proche de, ni qui signifie bas et shad être assis. Upanishad est donc le fait d'être assis et recevoir l'enseignement du Guru. Les Upanishad forment ce que l'on appelle le Vedanta, de Ved-anta, qui signifie la fin des Védas. Cela, d'abord parce qu'ils en constituent la partie finale, mais également parce qu'ils en sont l'enseignement ultime, le plus haut, pointant vers le silence de l'Être. Le thème principal des upanishad est la connaissanec ultime, c'est à dire la réalisation de notre véritable nature, l'identité du soi et du Soi, entre le Soi et l'univers ce qui fait émerger le fameux Tu es Cela de la Chandgogya upanishad, : Tu es le Sans Forme prenant toutes les formes, la Conscience se modulant dans une infinité d'expressions.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire