Peut-être que ce que nous appelons conscience individuelle, par commodité, par habitude ou simplement par méconnaissance, n’est pas une petite lumière enfermée dans un corps, mais le lieu même où l’illimité se reconnaît. Lorsque je me relie simplement à la pensée et au sentiment « je suis », non comme une formule répétée mécaniquement mais comme une expérience immédiate et vivante, il y a cette évidence tranquille d’être.
Puis-je vraiment dire que cela m’appartient personnellement ? Je peux dire ma maison, mon livre, mon souvenir. Mais puis-je dire mon être de la même manière ? Le fait d’être est ce par quoi toute chose est connue, et il est antérieur à tout ce que je pourrais revendiquer comme mien. C’est ce sentiment d’être qui rend possible toute appropriation, mais lui-même ne peut pas être approprié.
Alors peut-être que ce que j’appelle « ma conscience » n’est pas une propriété privée, mais le point où le Sans-Forme se sait lui-même. La conscience personnelle n’a pas d’existence propre que je détiendrais personnellement. Elle est tout au plus une configuration provisoire, une sorte de réceptacle d’expression à travers lequel la présence de la Conscience illimitée et atemporelle se manifeste momentanément.
Ce n’est manifestement pas moi, corps mental, c’est-à-dire sensations et pensées, qui est conscience. Ni les pensées ni les perceptions ne sont en elles-mêmes conscientes. C’est la Conscience qui apparaît momentanément, et en apparence, en tant qu’un moi séparé. Seule la Conscience est consciente.
Dans le Traité de l’unité, Balyānī formule cela avec une simplicité désarmante : « J’ai connu mon Seigneur par mon Seigneur. » Il n’y a pas un individu qui, par ses propres moyens, atteindrait le divin. Il y a le Réel qui se révèle à lui-même. La connaissance de l’être n’est pas un effort personnel, elle est la reconnaissance immédiate par laquelle la Conscience se sait.
Lorsque Hallaj dit « Je suis la Vérité », il est condamné pour blasphème. Ce qui est jugé, ce n’est pas seulement une doctrine, c’est une expérience dont les juges ne font pas eux-mêmes l’épreuve. Ils pensent la conscience comme individuelle, séparée, et Dieu comme extérieur. Dans cette vision, la phrase ne peut être qu’une transgression.
Mais si le « je » dont il parle n’est pas l’ego psychologique, si ce n’est pas le corps mental qui se proclame absolu, alors le sens se renverse. Ce n’est pas un homme qui s’élève à la hauteur de Dieu, c’est Dieu qui s’exprime à travers une forme humaine.
Le véritable scandale n’est pas de dire que Dieu est présent ici. Le véritable aveuglement est de le maintenir à distance.
Ce que Hallaj éclaire dans sa parole « Je suis la Vérité » n’est peut-être rien d’autre que cette évidence : la Vérité ne parle jamais à la troisième personne.
Nous pourrions dire que la Reconnaissance Je suis est la trace du divin en nous.
On se retrouve dimanche soir à 19h30 ce 15/02 pour partager cette évidence.
Paix et amour
Amor Fati

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