Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

jeudi 19 février 2026

Quand l’amour a rendez-vous avec l’illusion

 

Satsang signifie en sanskrit « se rassembler autour de la vérité ». Se tenir ensemble dans cet espace de conscience par lequel tout est connu, dont tout est fait, et qui demeure inchangé.

La vérité ne lutte pas contre l’illusion, elle la dissout. Et si cette vérité était simplement l’amour, déjà présent, espace de présence et d’accueil inconditionnés, avant toute préférence ?


Le satsang devient alors un lieu de vérification, où l’on confronte l’illusion, c’est-à-dire ce qui est éphémère, avec ce qui est toujours là, le nuage avec le ciel, la vague avec l’océan, pour voir, pour reconnaître que la vague est en réalité une expression de l’océan, non séparée de l’océan. Cette non séparation entre la vague et l’océan révèle une indicible intimité que l’on appelle non séparation ou amour inconditionnel.


Voir si, au cœur de l’expérience, ce que nous sommes n’a pas déjà tout accepté tel que c’est.


On dit souvent que l’amour et la vérité font bon ménage. Mais tant que nous nous illusionnons sur ce que nous sommes, il nous est impossible d’aimer véritablement. Nous pouvons ressentir de l’attachement, du désir, de l’enthousiasme, de la passion, parfois même une grande générosité. Pourtant, tant que l’autre vient confirmer l’image que nous avons de nous-mêmes, cet amour tient. Dès que cette image est menacée, l’amour se retire.


Le personnage peut dire « je t’aime ». Il le dit parfois avec sincérité. Mais ce « je t’aime » est presque toujours conditionné. Il signifie en réalité : je t’aime tant que tu me rassures, tant que tu me confirmes, tant que tu nourris ma construction intérieure. Le personnage ne dit jamais « oui » totalement. Il dit « oui, mais ». Oui, mais ne me quitte pas. Oui, mais ne me contredis pas. Oui, mais ne me révèle pas mes failles. C’est un oui sous contrat.


Dès que l’autre semble menacer la construction égotique, l’amour se transforme. Il devient retrait, reproche, froideur ou attaque. Ce que nous appelions amour n’était en réalité qu’un arrangement subtil au service de l’identité séparée.


Le véritable amour, lui, est sans condition. Il ne dépend pas d’une réciprocité. Il ne dépend pas d’un comportement. Il ne dépend même pas d’un résultat. Il ne dit pas « oui, mais ». Il dit simplement « oui ».


Lorsque la tension de l’identité se relâche, comme un élastique dont l’un des points lâche enfin prise, quelque chose se révèle. Une source tranquille, antérieure à toutes les histoires. Une paix qui ne dépend pas des circonstances. Une présence qui ne manque de rien. Cette découverte n’est pas une émotion. C’est un fait d’être.


On reconnaît alors des qualités simples et essentielles. Une paix profonde, qui n’est pas l’absence de bruit mais l’absence d’agitation intérieure. Une indestructibilité, non pas physique, mais ontologique. Ce que je suis en profondeur n’est pas atteint par ce qui apparaît en moi. Une complétude qui ne cherche plus à se remplir. Une joie d’être qui ne dépend d’aucun objet, ce que la tradition indienne a nommé sat chit ananda, être, conscience, félicité. Une intimité radicale avec tout ce qui apparaît, car tout apparaît à zéro distance de cette présence. Et enfin une liberté, la liberté d’être ce qui est, sans être limité par ce qui surgit.


Pourtant, cette reconnaissance ne suffit pas toujours à transformer notre manière d’entrer en relation. On peut découvrir clairement que l’on est cet espace d’accueil, comme dans la vision sans tête de Douglas Harding, et continuer à fonctionner dans le monde avec des réflexes anciens. On peut contempler un paysage dans l’ouverture et, le lendemain, se contracter face à un collègue, un voisin, un étranger.


Pourquoi ? Parce que la séparation ne s’est pas seulement installée comme une idée. Elle s’est inscrite dans le corps. Elle s’est cristallisée sous forme de contractions musculaires, d’émotions figées, de schémas défensifs répétés. À force de croire que nous sommes séparés, le corps lui-même a appris à se protéger. Ces contractions deviennent des filtres. Elles colorent notre perception. Elles empêchent l’amour de circuler librement.


Descendre dans le cœur ne se produit pas automatiquement parce qu’on a vu clairement sa vraie nature. Il y a souvent un travail d’exploration nécessaire. Explorer nos attentes. Explorer ce qui semble menacer notre identité. Explorer nos peurs les plus anciennes.


J’ai accompagné pendant longtemps un ami dont la pierre d’achoppement était une peur profonde de l’étranger, un fond de racisme qu’il reconnaissait en lui avec honte. Il méditait, il comprenait l’unité, il avait des ouvertures lumineuses. Pourtant, dès qu’il se trouvait confronté à certaines situations, une contraction violente surgissait.


Un jour, nous avons décidé de ne plus contourner cela. Il a accepté de plonger directement dans cette peur. Ce qui est monté en premier fut une colère énorme, presque inhumaine, comme si une force archaïque cherchait à expulser l’intrus. Puis cette colère s’est transformée en tristesse. Une tristesse ancienne, liée à la peur d’être envahi, effacé, remplacé. En restant avec cette vague, sans la justifier ni la condamner, quelque chose s’est ouvert. Une chaleur a envahi son corps. Les larmes sont venues. Et ce qui semblait être un démon s’est révélé n’être qu’une contraction demandant à être vue.


La transmutation ne s’est pas faite par un effort moral. Elle s’est faite par une immersion consciente. La peur, baignée dans la présence, a perdu sa rigidité. L’énergie qui alimentait le rejet s’est révélée être la même énergie que l’amour, mais déformée par la contraction.


Un éveil qui n’intègre pas cela reste partiel. On peut reconnaître l’espace au-dessus des épaules et continuer à vivre avec un cœur fermé. L’éveil complet implique que cet espace accueille aussi nos ombres. Que nous laissions monter ce qui semble empêcher l’amour. Non pour le cultiver, mais pour le voir clairement, le sentir pleinement, le laisser se dissoudre dans la conscience qui le contient.


Cela demande une grande honnêteté. Reconnaître en soi la jalousie, la peur, le rejet, la haine parfois. Non pour s’en accuser, mais pour cesser de les projeter sur le monde. Tant que ces mouvements restent inconscients, ils gouvernent nos relations.


Pratiquer l’éveil du cœur, c’est donc activement explorer tout ce qui ne dit pas oui. Chaque « oui, mais » est une porte. Chaque contraction est un lieu d’apprentissage. Chaque peur est une invitation à rester présent.


Peu à peu, la séparation perd de sa force. Les relations cessent d’être des négociations identitaires. Elles deviennent des rencontres. Non plus deux personnages cherchant à se sécuriser mutuellement, mais une présence reconnaissant une autre présence.


Alors le « je t’aime » change de nature. Il ne signifie plus « je t’aime tant que… ». Il devient l’expression simple d’un oui sans condition. Un oui qui ne dépend pas de l’autre, mais qui inclut l’autre. Un oui qui n’est plus fragile, parce qu’il ne repose plus sur une construction.


L’amour n’est pas une émotion ajoutée à l’éveil. Il est ce qui se révèle lorsque tout ce qui lui fait obstacle est vu et accueilli. L’éveil véritable n’est pas seulement une clarté au sommet. C’est une descente dans le cœur. Et cette descente, patiente et lucide, transforme peu à peu la manière dont nous habitons le monde.


Que la paix et l’amour règnent en toi et autour de toi


Amor Fati


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