Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

jeudi 18 novembre 2021

Dieu nous fait signe en toute expérience

 


Les retrouvailles avec la source de notre être véritable ne peut jamais être le fruit d’une soumission aveugle ni d’un effort ou d’une concentration sur une pratique particulière.

Pour ma part le Oui à tout ce qui est, fut et sera, vint seulement après une très longue période de recherche de bonheur au travers des expériences dans le monde. 


Le lâcher prise ne s’est fait qu’au bout d’une longue lutte pour garder l’illusion du contrôle et après avoir considéré toutes les autres issues pour éviter de sentir l’impuissance totale.


Tant qu’il y avait encore en moi le moindre espoir d’assouvir ma soif de bonheur définitif au travers d’une expérience terrestre, c’est que je n’étais pas près à abdiquer en Lui. 


Souvenons-nous d’Arjuna, le plus grand guerrier de son temps, un des héros du Mahabharata - la merveilleuse cosmogonie de l’Inde - qui partit dans la montagne pour accomplir des austérités afin que Shiva lui soit auspicieux. 

Shiva se présenta à lui sous la forme d’un chasseur avec lequel Arjuna combattit jusqu’au bout de ses forces. Mais bien que l’admirable archer, se battit avec infinie noblesse jusqu’au bout de la nuit, il ne put bien sûr rien faire contre Shiva qui se révéla alors à lui. 


Souvenons-nous également de l’histoire de Milarepa.


Milarépa qui s'adonne à la méditation et à l'ascèse dans les montagnes du Tibet se voit importuné dans sa grotte par des spectres et des démons qui ont bien décidé de ne pas le lâcher : « Cinq spectres, roulant des yeux comme des fonds de bols, s'y trouvaient. L'un était installé sur la couche du Jetsün1, deux l'écoutaient expliquer le Dharma, un quatrième accommodait de la nourriture, le dernier feuilletait les livres de l'ermite ». Nous sommes dans l'univers magique du Tibet médiéval. Milarépa a vécu au XIème et XIIème siècle.


Quand on pratique la méditation, on est souvent tenté de penser que la pratique assidue va régler tous nos problèmes, toutes nos tentations, toutes nos faiblesses, toutes nos peurs, toutes nos incapacités à vivre sereinement la vie de tous les jours dans la société qui est la nôtre. Le langage courant appelle « démons » ces tentations qui nous conduisent infailliblement vers une pente glissante. On parle ainsi de démons du jeu, démons de la boisson, de démons existentiels. Ce sont ces démons que l'on voudrait voir disparaître par une méthode qui purifierait automatiquement notre conscience. Le problème, c'est que ces démons ne nous lâchent pas. Exactement comme pour Milarépa ! Milarépa, avant d'être le grand saint bouddhique qu'il a été, a été un meurtrier et un sorcier de magie noire. Il a ainsi contribué à massacrer par rage, ressentiment et volonté de vengeance une grande partie de sa propre famille, ses oncles et ses tantes qui avaient mené la vie dure à lui, sa mère et sa sœur. On comprend que Milarépa devait lui aussi avoir ses démons et des démons puissants qui plus est.


 Milarépa tenta plusieurs stratégies pour se débarrasser de ces démons. Les amadouer tout d'abord en leur dédiant en un chant de compassion. Au Tibet, Milarépa était le saint patron des troubadours du fait de la multitude de ces chants. Il chante donc la beauté et l'harmonie de ce lieu et explique qu'il vient avec de bonnes intentions, de très bonnes intentions puisqu'il est animé par l'esprit d'Éveil, le souhait ardent que tous les êtres sensibles soient libérés de la souffrance.


Quelques démons, les moins féroces s’évanouissent. Mais d’autres démons ne sont pas sensibles à ces arguments d'entente harmonieuse ! Ils préfèrent le chaos, la discorde et se repaissent de conflits, quand bien même c'est désavantageux pour tout le monde ! Rien n'y fait : les démons restent en place et redoublent même de diablerie !


Milarépa tente alors une approche moins conventionnelle qui est d'adopter l'attitude courroucée des déités tantriques qu'on appelle « Dharmapala » (protecteurs du Dharma). Le regard de Milarépa se fait menaçant et il lance des imprécations à ces monstres. Mais cela ne marche pas ! Certains démons partent démons mais le plus menaçant ne décampe pas et continue à le hanter et à le harceler.


C’est alors que Milarepa, épuisé, finit par ouvrir la gueule menaçante du démon aux dents acérées et fourre sa propre tête dedans en disant: vas-y mange moi. 


Sur ces entrefaites, le démon disparait dans un grand tourbillon de vent. Il n’est pas partis vers un ailleurs, mais s’est résorbé  dans la vacuité et la claire lumière de la conscience non-duelle.


J’ai pour habitude de dire : « Tout ce à quoi tu résistes persiste. Tout ce que tu embrasses s’efface et révèle l’Espace non duel de ta vraie nature dans lequel ne subsiste aucune trace. »


Dans nos nuits noires de l’âme, au cœur de nos crises d’angoisse ou de panique les plus intenses, Dieu est là, toujours, nous tendant une main fraternelle, mais nous le reconnaissons pas. 


Nous continuons à lutter, à condamner, à refuser le sort, à désirer autre chose que ce qui nous est offert. Ce n’est que lorsque nous acceptons de perdre totalement le contrôle, que nous accueillons pleinement le fait d’être « dé - faits » (déconstruits), que le Ici et Maintenant se révèle soudain être ce que nous cherchions depuis toujours.


Que ta volonté soit faite dit la phrase introductive due la prière du Notre Père.


Inch Allah disent les musulmans. Si Dieu (la réalité) le veut.


Jean Klein disait souvent que l’éveil survenait par une sorte d’épuisement. Ça a été mon cas. 



Lorsque dans l’évangile de Thomas Jésus dit (Logion 2) 


« Que celui qui cherche ne cesse de chercher jusqu’à ce qu’il trouve

Et quand il aura trouvé il sera bouleversé et étant bouleversé, il sera émerveillé,

Et il régnera sur le Tout. »


Il nous parle de l’importance de la recherche qui est là pour nous consumer totalement. Même si la recherche n’aboutit que parce que la recherche prend fin, celle-ci doit avoir lieu et elle doit parfois se faire jusqu’à l’épuisement total de toutes nos ressources habituelles.


Dieu vomit les tièdes. Nous devons aller au bout de l’apparent voyage du chercheur pour enfin relâcher l’attention, et réaliser que ce que nous cherchions avait toujours été là, disponible, en arrière plan et accueillant toute expérience, même la plus horrible en apparence.  


 La recherche peut néanmoins prendre une infinité de formes avant que toute forme ne soit reconnue comme une expression du Sans Forme que Vous êtes. 


Mais Dieu (la non dualité, l’Absolu, Ce qui Est, appelez-le comme bon vous semble) ne vous quitte jamais, même dans les heures les plus sombres de votre vie. 


Je me souviens de ce beau poème de Margaret Fishback Powers


Une nuit, je fis un rêve :

Je marchais sur la plage avec mon Seigneur,

Sur le ciel noir, des épisodes de ma vie furent projetés,

Comme sur un immense écran.

Et sur le sable je voyais à chaque fois, deux traces de pas :

Les miens et ceux de mon Seigneur.

Après la dernière scène de ma vie, je me retournai.

Je fus surpris de voir par endroits

Les traces d’une seule personne.

Je me rendis compte

Que je traversais alors les moments les plus difficiles de ma vie.

Inquiète, je demandai au Seigneur :

« Le jour où j’ai décidé de te suivre

Tu m’as dit que tu marcherais toujours avec moi.

Mais je découvre maintenant


Qu’aux pires moments de ma vie

Il n’y a les empreintes que d’une seule personne.

Pourquoi m’as tu abandonnée

Lorsque j’avais le plus besoin de toi ? »

Il me répondit :

« Mon enfant chérie, je t’aime

Et je ne t’abandonnerai jamais, jamais, jamais.

Surtout pas lorsque tu passes par l’épreuve.

Les jours où  il n’y a qu’une seule empreinte dans le sable

Sont exactement ceux où je t’ai

porté dans mes bras »


                                                 Amor Fati 






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