Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

samedi 24 janvier 2026

L’éveil spirituel nous humanise et réenchante le monde



On dit souvent à juste titre que l’éveil n’est pas l’éveil de la personne. La personne n’est finalement qu’une dynamique de pensées qui désire autre chose que ce qui se présente et qui s’accompagne presque toujours de tensions, de contractions corporelles, de stratégies plus ou moins conscientes pour se protéger ou se compléter. Et ni une pensée ni une sensation ne sont conscientes. 

Dans cette perspective, seule la conscience s’éveille et l’humain n’est pas conscient au sens où il ne serait pas le sujet de cette reconnaissance. Notre humanité, notre corps mental, la personne, bien qu’elle soit faite de conscience puisqu’il n’y a que la conscience, apparaît dans la conscience et non l’inverse, ce qui permet de dire que l’éveil ne bénéficie à personne. Le fameux éveil est en réalité une simple reconnaissance mais pour qui ? Car la Conscience ne se connaît-elle pas toujours Elle-même. Elle ne fait que sembler s’oublier. Ce qui fait dire à juste titre à Ramana Maharshi qui réitère à partir de son expérience directe ce que tous les grand textes traditionnels de non dualité disent depuis 3000 ans : Il n’y a ni éveil ni ignorance. 


Et pourtant, ne devons-nous pas admettre que même si ce que l’on nomme à tort ou à raison éveil et qui correspond en réalité à la fin du sentiment de séparation et des contractions liées à l’idée d’être un moi séparé, cette reconnaissance entraîne néanmoins des changements profonds et très concrets dans la manière dont l’humanité s’exprime ensuite au travers de ce corps mental-ci dans le monde. 

L’idée de la personne ne disparaît pas complètement mais elle cesse d’être imaginée comme étant au centre de l’expérience. Elle cesse d’être prise pour ce que nous sommes ultimement et devient une simple fonction, un outil au service de la vie, un outil qui se trouve progressivement allégé d’un poids considérable. Ce qui s’allège en premier, ce sont les frictions internes, cette lutte permanente avec ce qui est, ces dialogues mentaux incessants et ces scénarios répétés qui consommaient une énergie considérable. Le mental devient plus simple, plus fonctionnel, il sert à ce pour quoi il est fait puis se tait, tandis que le corps se détend peu à peu, que les gestes deviennent plus directs et que faire ce qui est à faire demande de  moins en moins d’effort, parce que l’énergie n’est plus dispersée dans la résistance.


Dans la vie quotidienne, cela se traduit de manière très tangible. L’attention est plus disponible, ce qui est essentiel se retient naturellement tandis que l’inessentiel est plus facilement oublié, sans effort particulier. Marcher, parler, écouter, travailler, créer se font avec plus de fluidité, dans un même mouvement, et en fin de journée il y a moins cette impression d’avoir été tiré dans tous les sens par ses propres pensées, moins de fatigue mentale inutile.


Dans la relation à l’autre, les changements sont tout aussi sensibles. L’autre n’est plus vécu comme une menace, un miroir ou un moyen de se sentir exister, mais comme quelqu’un qui est rencontré tel qu’il est. L’écoute devient plus réelle, moins parasitée par le besoin de répondre, de convaincre ou de se défendre, la parole se simplifie, parfois plus silencieuse, parfois plus ferme, avec beaucoup moins de violence intérieure. Dire oui ou dire non devient plus clair, et même si les conflits ne disparaissent pas, ils perdent une grande part de leur charge dramatique.


Cette manière d’être s’étend naturellement au monde vivant dans son ensemble. La nature n’est plus perçue comme un décor extérieur et les animaux ne sont plus relégués au rang d’objets secondaires. Il y a un sentiment de proximité évident, sans discours à tenir à ce sujet. Même la souffrance du monde, bien qu’elle soit pleinement ressentie, ne devient plus une charge personnelle écrasante, ce qui permet d’agir, d’aider ou de s’engager lorsque cela s’impose, sans se perdre dans la culpabilité ou le désespoir.


On parle parfois d’illumination, et je rappelle à souhait que le mot « enlightenment » en anglais évoque à la fois une mise en lumière et un allégement, light. Allégement du poids de l’histoire personnelle, du besoin d’avoir raison, de la peur de mal faire, de l’obsession de soi. Les émotions continuent d’apparaître, y compris les plus difficiles, mais elles traversent plus librement, sans être interprétées comme des échecs ou des menaces pour une identité.


Il y a aussi, dans cette reconnaissance, une dimension profondément tantrique, au sens le plus simple et le plus incarné du terme. Quand la vision sans tête est là, quand il n’y a plus ce centre qui se crispe pour interpréter ou s’approprier, le monde ne devient pas abstrait, il devient proche. Les couleurs gagnent en intensité, la lumière semble plus vivante, les formes plus présentes. Les sons ne sont plus seulement entendus, ils résonnent dans l’espace ouvert que nous sommes. Même le silence a une densité. La poésie du monde se révèle dans toute sa splendeur. 


Le corps devient plus sensible, plus disponible. Le souffle s’approfondit, la peau perçoit davantage, et c’est un euphémisme, le mouvement se fait plus lent, plus doux plus libre, plus efficient s’il y a une pratique de bricolage artisanale ou artistique.

La chaleur, le froid, le contact du sol, le poids du corps, tout cela est senti plus pleinement, plus joyeusement. Il y a une sensualité évidente dans cette manière d’être, mais sans tension, sans recherche de plaisir particulier. Une sensualité naturelle, simple, qui traverse l’expérience ordinaire. La vie se goûte à travers les sens, sans commentaire, sans distance.


La vision sans tête ne m’a pas rendu plus distant ni plus savant. Elle m’a rendu plus ouvert. L’émerveillement revient là où l’habitude avait pris toute la place. Le monde cesse d’être un décor familier ou un problème à résoudre. Il est devenu un infini terrain de jeu vivant, changeant, offert. La danse de la vie se fait sentir dans les gestes les plus simples. Marcher, regarder, parler, créer prennent une saveur nouvelle. Il y a souvent une joie tranquille, parfois jubilatoire, qui ne dépend de rien de précis, simplement du fait d’être là. C’est ce que Jean Klein nommait la joie sans objet et que la tradition non duelle hindoue nomme ananda de SatChitAnanda. 


Cette vie impersonnelle n’est pas froide. Elle est profondément créative. Quand il n’y a plus l’obligation de se définir, de se protéger ou de réussir, quelque chose crée librement. Les mots, les gestes, le chant, l’écriture, l’amour surgissent plus facilement. La créativité n’est plus un moyen d’exister, elle devient une expression naturelle de la vie elle-même. Tout peut devenir matière à création, à jeu, à exploration. La vie n’est plus observée de l’extérieur, elle est vécue de l’intérieur, simplement, intensément, avec une sensation de présence pleine et vivante.


À mesure que cette reconnaissance se déploie, il devient évident que l’éveil n’est ni une expérience privée ni un accomplissement personnel. Il touche silencieusement la manière même dont l’humain habite le monde. Chaque geste, chaque relation, chaque choix (en l’absence de choisisseur) porte alors une autre qualité, plus simple, plus sensible, plus ajustée. Ce changement n’est pas spectaculaire, il n’a rien de démonstratif, et pourtant il imprègne tout. L’éveil ne transforme pas le monde comme un événement visible, il agit plus discrètement, en modifiant la source à partir de laquelle nous percevons, ressentons et agissons.


Au fond, quand on prend un peu de recul, il devient clair que l’éveil est ce qu’il y a de plus profondément positif pour l’humanité et pour la Terre dans son ensemble. Il ne propose pas une solution extérieure ni un programme à appliquer, il touche directement la racine de ce qui nourrit la violence, la prédation et l’aveuglement, cette croyance en un moi séparé qui cherche à se défendre, à posséder et à contrôler. Lorsque cette croyance s’affaiblit ou tombe, l’action humaine devient plus ajustée, plus sensible, plus respectueuse des équilibres du vivant, sans qu’il soit nécessaire de s’imposer une morale.


C’est sans doute pour cela que, lorsqu’on demandait à Ramana Maharshi et à Nisargadatta Maharaj ce qu’ils faisaient pour le monde, assis sur une peau de tigre, leur réponse était  toujours la même. 


« Le plus grand service que l’on puisse rendre au monde est de demeurer dans le Soi. »

Source : Entretiens avec Sri Ramana Maharshi (Talks with Sri Ramana Maharshi), entretien n°272.


« En demeurant dans l’état naturel, j’aide le monde plus efficacement que par toute action. »

Source : Je suis (I Am That), dialogues traduits en français chez Les Deux Océans, entretien n°64.


Ils parlaient de l’éveil lui-même comme de ce qu’il y a de plus juste et de plus bénéfique, comme d’un changement silencieux à la source même de l’expérience humaine.


L’éveil ne promet pas de sauver le monde et n’offre aucune garantie visible. Il transforme néanmoins progressivement la qualité de la présence humaine sur Terre. Lorsque cette présence devient plus claire, plus sensible, plus ouverte, sans centre à défendre, les relations, les gestes, les choix quotidiens et la manière d’habiter le monde se transforment d’eux-mêmes. Peut-être est-ce là, finalement, la contribution la plus profonde que l’on puisse offrir à l’humanité et à la Terre : humaniser les humains et réenchanter le monde. 


Que la paix et la joie règnent en toi et imprègnent ton environnement.


Amor Fati 

mardi 20 janvier 2026

La compassion n’exclut pas l’action

 


Voir une structure psychique défensive, constamment en guerre, qui ne sait exister qu’en écrasant ou en humiliant, peut naturellement faire naître de la compassion. Non pas une compassion sentimentale ou naïve, mais une compréhension claire de la source de la violence. La violence ne surgit jamais du vide ou de l’ouverture consciente et transparente au dessus de tes épaules que l’on nome la vision sans tête. Elle est toujours l’expression d’une erreur identitaire et d’une peur extrême, d’un sentiment d’insécurité radical, d’une incapacité à se sentir exister sans s’imposer. L’amour du Soi étant ignoré on le cherche désespérément à l’extérieur comme un vampire exigeant l’attention des autres. En ce sens, oui, la violence est presque toujours le signe d’une souffrance extrême. Ça il faut le voir, le comprendre, le sentir, en soi d’abord puis en chaque personne. Cette compréhension si elle descend dans le cœur génère de la compassion. 

Mais, et c’est là le point essentiel, cette compassion n’implique en rien la passivité. Elle n’implique ni l’excuse, ni la tolérance de l’abus, ni le renoncement à l’action. Au contraire. Lorsqu’elle est réelle, la compassion clarifie l’action. Elle empêche la haine, mais elle n’empêche pas la fermeté. Elle ne confond pas compréhension et permissivité.


Dans une perspective non duelle, agir contre l’abus de pouvoir n’est pas un acte de rejet de l’autre, mais un acte de protection du vivant. Comme on retient un enfant qui frappe, tout simplement parce que laisser faire serait une autre forme de violence. L’action juste ne naît pas de la colère, mais de la lucidité. Et la lucidité peut dire non sans haine, poser des limites sans déshumaniser.


C’est un point crucial, souvent mal compris. La non-dualité n’est pas une anesthésie morale. Elle n’est pas un “tout est égal”. Elle voit que la souffrance est à l’origine de la violence, et précisément pour cela, elle ne la laisse pas se déployer sans réponse. La compassion authentique inclut la responsabilité. Elle inclut le refus clair de l’abus. Elle inclut l’action, parfois très ferme, quand elle est nécessaire.


On pourrait presque dire ceci. La haine combat la personne. La lucidité protège le réel. Et c’est seulement depuis cette lucidité que l’action peut être à la fois juste, efficiente et profondément humaine.


Etre humain comme on dit c’est au final reconnaître notre nature divine…


Que la joie et la paix de ta nature divine rayonnent en toi et autour de toi..


Amor Fati 


lundi 19 janvier 2026

Réalisation et imprégnation progressive du nouveau paradigme

 


Merci les amis pour toutes vos contributions sous forme de commentaire. Je vois que ce sujet passionne un certain nombre d’entre nous. Les réactions et les commentaires nous montrent à quel point ce questionnement peut nous toucher et ainsi contribuer à affiner notre établissement dans la présence. Quand il y a reconnaissance de notre vraie nature, l’autre apparaît comme une expression de la même conscience que moi. Faire du mal à l’autre revient alors à se faire du mal à soi-même. C’est cela que l’on appelle la compassion. Cela ne signifie pas l’inaction ni la naïveté face à la violence ou à l’abus de pouvoir, mais que toute parole ou tout « acte juste » ne peut pas naître de la haine, de la vengeance ou d’un ego blessé. La non-dualité inclut tout, y compris les comportements destructeurs, mais inclure ne veut pas dire cautionner. Reconnaître que tout est fait de la même conscience n’efface pas la responsabilité dans la manière d’agir et de parler dans le monde. Ce que j’interroge ici, en m’incluant pleinement, c’est l’origine intérieure de chacune de nos prises de position : viennent-elles d’un espace ouvert, ou sont-elles encore informées par nos habitudes, nos peurs ou notre passé ? Cette vigilance et cette humilité sont pour moi du simple bon sens spirituel, pas un jugement moral. Ma vie se rappelle à l’humilité de Maître Eckhart : « On ne peut se quitter soi-même qu’on puisse se quitter davantage ».

Ainsi il me semble pour ma part que l’intégration de ce changement de paradigme auquel m’invite la réalisation que Je suis le Sans Forme prend toute forme dans ma vie quotidienne pour imprégner actes pensées et paroles et, qui sur un plan essentiel ne dépend d’aucun temps particulier peut paradoxalement prendre un temps infini.

Belles explorations à toi l’ami

Que la paix et la joie soient en toi et autour de toi.  

jeudi 15 janvier 2026

Paix intérieure et lucidité dans le monde

 


Je vais résumer un long questionnement par mail que j’ai reçu récemment  : « Comment se fait-il que certains enseignants non duels soutiennent ouvertement des dictateurs agressant d’autres pays et des récits manifestement outranciers ou voire complètement mensongers ? »

Je ne suis pas ici ce que les autres voient là-bas. Seul l’Ici se reconnaît. Et je ne distribue pas comme certains des certificats d’éveil. Que ceux qui ont des oreilles entendent. 


Mais quand quelqu’un, dans un discours, défend activement des figures de pouvoir violentes, mensongères ou autoritaires, ce n’est manifestement pas à partir de la reconnaissance de la Présence qu’il parle. C’est une pensée, une idéologie, un conditionnement qui a repris le volant. La reconnaissance de l’être peut avoir eu lieu, momentanément, peut-être, mais elle n’est pas en train de s’exprimer dans ce moment-là.


Cela révèle presque toujours une identification encore active, souvent d’ailleurs avec l’idée d’être du côté des éveillés contre les moutons, des lucides contre les endormis. C’est évidemment une forme d’ego ou de contournement spirituel. Il se nourrit de la même énergie que le fanatisme politique, même s’il parle le langage de l’absolu.


C’est pour cela que l’on peut voir chez certains enseignants de non dualité une grande clarté quand ils parlent du Soi, ou écrivent des livres sur la non dualité et une grande confusion quand ils parlent du monde. Ce n’est pas une hypocrisie volontaire, d’ailleurs ils ont toujours raison et ne supportent en général pas des avis contraires qui mettraient leur construction idéologique imaginaire en question. C’est le signe que l’absolu a peut-être été momentanément reconnu, mais que le relatif n’a pas été pleinement intégré dans la même lucidité.


C’est aussi pour cela que la non dualité authentique n’est jamais froide ni cynique. Elle est naturellement du côté de la vie, de la vérité, de la vulnérabilité. Elle ne se met pas au service de la domination ou de l’abus de pouvoir, parce que la domination suppose toujours un moi qui se croit séparé et supérieur.


 Ne t’en afflige pas. Tu peux comme moi discerner entre le bon grain et l’ivraie et résister à cette fâcheuse tendance que nous avons parfois de jeter le bébé avec l’eau du bain. 

C’est juste la trace d’une réalisation très partielle qui n’a pas encore traversé toutes les couches de l’humain. Le relatif n’a pas été guéri. Et c’est peut être là l’un des vrais critères d’authenticité que tu cherches et que pressens chez certains. Tu as compris que ce n’est pas tant ce que quelqu’un dit de l’unité, mais comment il traite au quotidien la complexité du monde, la vérité des faits et la souffrance des autres sans les dissoudre dans un simple concept.


Quand Jésus est interrogé sur le commandement le plus important, il répond par ce double mouvement très simple et très profond, aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même. Dans une lecture non duelle, ce Dieu n’est pas une entité extérieure, mais la source même de l’être, la présence vivante qui est notre vraie nature. Aimer Dieu de tout son être, c’est se retourner vers cette paix, cette conscience, cette réalité sans forme qui est déjà là. C’est par exemple dans la perspective de la vision sans tête reconnaître l’espace ouvert transparent dans forme et sans âge, au-dessus des épaules. 

Ce retournement peut être immédiat, fulgurant, parfois même bouleversant. Mais Jésus ajoute aussitôt aimer l’autre comme soi même, ce qui signifie que la reconnaissance de cette présence en soi ne peut rester enfermée dans une intériorité séparée. Si ce que je suis est cette même présence, alors l’autre est aussi cela, et l’amour n’est plus une vertu mais une évidence.


Pourtant, dans l’expérience humaine, cette évidence ne « s’incarne » pas toujours d’un seul coup. Beaucoup découvrent momentanément une paix intérieure réelle, une sorte de silence, de recul par rapport au mental, mais cette paix peut encore être vécue comme un refuge, comme un espace où l’on se protège du monde, au lieu d’être un espace où le monde est inclus. Il y a alors une subtile ou pas si subtile séparation qui demeure, un dedans paisible et un dehors encore perçu comme menaçant, confus ou indigne de cette paix. Je suis en paix mais le monde est en guerre. Ce sont les autres qui sont violents. 

C’est une sorte d’étape. La reconnaissance de l’être peut être vraie, mais l’intégration de cette reconnaissance dans toutes les zones de la vie, dans le corps, dans l’histoire, dans les peurs, dans les relations, dans les blessures anciennes, dans les opinions, demande en général du temps.


Il est très rare que tout se dissolve d’un seul coup, sauf peut être dans des trajectoires exceptionnelles comme celle de Ramana Maharshi, qui est resté des années immergé dans le samadhi ?Pour la plupart d’entre nous, la vérité est entrevue, parfois profondément, parfois fugitivement, puis la vie quotidienne continue, avec ses réflexes, ses peurs, ses fidélités anciennes, ses angles morts. L’amour découvert au cœur de l’être doit alors peu à peu descendre dans ces zones de contraction. Et cela n’est pas automatique. Cela demande la plupart du temps une forme de maturité, de lucidité, parfois même de goût pour l’exploration de t la confrontation intérieures. 


Il peut donc y avoir des réalisations authentiques momentanées et, en même temps, apparemment, des zones d’ombre actives, des opinions violentes, des aveuglements politiques ou affectifs, des défenses identitaires. Cela ne nie pas la réalité de la reconnaissance, mais cela montre qu’elle n’a pas encore été pleinement intégrée. L’unité a été vue, mais elle n’est pas encore devenue une manière d’habiter le monde. Et c’est peut être là que se joue la vraie incarnation de la non dualité, non pas dans des expériences extraordinaires, mais dans la lente et parfois difficile inclusion de tout ce que nous sommes, et de tous ceux que nous rencontrons, dans la même lumière.

dimanche 11 janvier 2026

Un oiseau monte haut


Un oiseau monte haut 


Un oiseau monte haut 

Et le ciel devient chant

Tout désir tombe à l’eau

D’où vient ce feu vivant


La mer parle tout bas

D’un bleu si transparent

Que mon cœur reste là

À goûter l’océan


C’est la poupée de sel

Qui s’en va dans la mer

Un vieux nœud se défait

Sans même se défaire


La nuit veille en moi

C’est mouvant, émouvant

Rien ne pleure en soi

C’est Lui seul s’éprouvant 


Mais Qui rêve de qui

Dans ce grand clair obscur

Où tout chant est un cri

De l’unique blessure


Et nul ne sait vraiment

Qui se voit vivre en qui

Tout naît d’un tremblement

Au bord de l’infini


On ne sait jamais quand 

Ce rêve s’éteindra 

Mais je sais que le temps 

Est dans de drôles de draps 


Un nuage s’égare

Dans un ciel sans avant

Un mirage se prépare

À mourir maintenant


Chaque battement d’aile

Traverse le néant

Et l’eau redevient ciel

Dans un même courant


Depuis la nuit des temps

Avant qu’Abraham ne fut

Je suis le cœur battant

D’un silence absolu

samedi 10 janvier 2026

Les concepts non duels et leur signification

 


Un ami, déconcerté et confus devant quelques lectures non-duelles radicales, mais néanmoins très curieux de la teneur de ce message m'a demandé de clarifier quelques éléments de langage. Je me suis amusé à présenter et à explorer quelques concepts racines de façon assez dépouillée et, espère que ça ne rajoutera pas à sa confusion ou à la vôtre.


L'univers, l'espace et le temps.

Du point de vue de l'expérience directe, l'univers est constitué d'un ensemble d'objets dont le corps-mental est un exemple. Il semble que l'univers existe dans le temps et l'espace. Néanmoins, le temps et l'espace ne sont que des concepts. Ils ne sont pas réels. Seul est considéré comme réel ce qui ne change pas. On pourrait dire que le temps est le concept du changement. Et puisque tous les objets sont sujets au changement, tous les objets sont des concepts temporels. L'espace est le concept de l'étendue (taille et forme). Puisque tous les objets se situent dans l'espace, on pourrait également dire que tous les objets sont des concepts spatiaux.

 

La Conscience.

La Conscience est cela qui est conscient de l'univers. La Conscience ne peut être prouvée par des concepts qui ne sont que de la mémoire et donc du passé. Elle se connaît elle-même de façon directe. Car, vous êtes conscient et vous savez que vous êtes conscient. Vous êtes conscient d'être conscient. Cette Conscience n'est pas soumise à la loi du changement et de l'évolution. Elle n'a pas de forme et n'est donc pas une chose. Elle ne naît pas et ne peut mourir. La Conscience, la Réalité, la Présence consciente, sont tous des pointeurs conceptuels vers ce qui n'a ni nom ni forme. Tous les objets apparaissent au sein de la Conscience.

Le petit je, le moi séparé (le faux je).

Le moi de la personne est un concept résultant d'une identification de la Conscience, qui est vraie avec le concept d'un moi séparé qui est faux. Ce moi séparé semble exister mais dés qu'il est exploré dans l'expérience directe, il avoue son imposture en se dissolvant dans la Conscience dont il est issu. Le moi séparé de la personne est un concept qui n'existe pas réellement. Je suis la Réalité, la Conscience, la Vie, l'Expérience Une et indivisible. Dés que le concept "moi séparé" apparaît, son contraire, le "non-moi" apparaît également. Dés que je crois être un moi pensant ses pensées et posant des actes de façon délibérée, la théorie matérialiste semble automatiquement accréditée et l'existence des objets séparés paraît réelle et préexistant à la Conscience.

Le Corps.

Lorsque vous laissez tomber votre imaginaire et vos savoirs de seconde main, le corps apparait dans l'expérience directe comme un ensemble de sensations et de perceptions. Ce qu'on appelle communément le corps n'est qu'un flux de sensations auxquelles la pensée surimpose des étiquettes, des noms et des concepts. Dans l'expérience directe, sensations et pensées ne sont que des apparitions au sein de la Conscience. En d'autres termes le corps aussi est un concept qui n'a pas de réalité objective et autonome. Plus vous ressentez de façon directe le corps, plus celui-ci se manifeste en tant que vibration, moins il semble dense. Puis, vous découvrez que toute vibration est elle-même, aussi subtile soit-elle, une simple apparition, se dissolvant dans l'espace conscient. Magie suprême, cette dissolution pointe elle-même vers la véritable nature du corps qui est pure spatialité ou Conscience sans forme et sans âge.



Le véritable Je.

Je ne suis ni un concept ni un objet. Je ne puis être le corps-mental car Je suis cela qui en est conscient. Ainsi Je suis la Conscience. Je et Conscience sont synonymes. Je suis sans limites et sans âge. L'univers et le corps-mental apparaissent en moi en tant que Conscience. Je, moi en tant que Conscience sans forme et sans âge, n'apparais pas en eux.

 

Libre arbitre et causalité.

Le "Je" illusoire de l'identité séparée semble dotée de choix et de liberté. La notion de libre arbitre est un des plus puisssants marqueurs de l'impression d'être une entité séparée aux commandes d'une vie personnelle. Mais puisque le "Je" illusoire n'a pas de réelle existence, il n'y a ni auteur, ni acteur, ni penseur, ni choix personnel, ni observateur personnel. Ainsi le corps-mental n'a aucun contrôle sur quoi que ce soit.

Croire en un auteur des actes est une croyance qui dépend de la croyance en un auteur indépendant et en l'existence de la causalité. Mais puisqu'il n'y a pas d'auteur, la causalité est elle-même un concept sans réalité. Puisque les objets eux aussi sont des concepts sans réalité, tout ce qui semble apparaître n'est rien d'autre qu'un concept. Tout arrive spontanément, sans cause. Même si les objets avaient une existence réelle, il est aisé de voir qu'on ne peut jamais trouver une cause originelle à un phénomène mais qu'il y a une multiplicité infinie de facteurs. C'est donc tout l'univers qui est la cause de toute forme ou apparition, chaque situation, chaque évènement tel qu'il se présente. Puisque le moi séparé et la causalité ne sont rien d'autre que des concepts, le libre arbitre doit également être considéré comme un simple concept de même que la notion de responsabilité personnelle.

L'impression de liberté que nous resentons au cœur de nos vies est réelle. Mais elle ne vient pas de l'illusion de choix du personnage, même si c'est généralement justifié et compris ainsi, mais de la Conscience elle-même, libre de toute idée de choix ou de non choix.

La souffrance.

Souffrir c'est vouloir ce qui n'est pas. Et ce vouloir procède de la croyance que "je" peux changer ce qui est et obtenir ce que "je" désire. Cette croyance engendre l'idée de la responsabilité individuelle qui elle-même engendre un certain nombre de misères comme par exemple le regret, la culpabilité,(d'avoir fait le mauvais choix), la honte, l'orgueil (d'avoir accompli personnellement quelque chose ou d'avoir fait le bon choix) par rapport aux évènements passés et l'inquiétude, la peur, et l'espoir par rapport au futur. La peur est un autre nom pour la souffrance. Cette dernière naît avec l'identification objective avec le corps. Les autres nous ont dit que nous étions ce corps et nous l'avons cru. Les enfants font généraleemnt confiance au savoir des parents et se soumettent facilement aux autorités extérieures pour leur dire qui ils sont. Le corps étant mortel, tant que l'on s'identifie au corps, la peur de mourir est présente d'une façon plus ou moins subtile.


L'éveil ou reconnaissance de votre vraie nature

L'éveil est une désidentification avec la croyance d'être un acteur personnel ainsi que le sentiment de séparation. Avec la reconnaissance de votre vraie nature de conscience sans forme, vous réalisez qu'il n'y a pas d'acteur personnel et qu'il n'y en a jamais eu. Il n'y a donc pas non plus de séparation. Puisqu'il n'y a plus d'appropriation personnelle de l'expérience, il n'y a plus de penseur, d'auteur ou d'acteur. Il n'y a donc plus de regret, de culpabilité, de honte, de fierté personnelle par rapport aux évènements passés, ni de stress, de peur, de désir ou de projections personnelles sur le futur.

Que puis-je faire pour m'éveiller à ma vraie nature ?

Ici il s'agit d'être très précis et honnête et réaliser que celui qui prétend vouloir et pouvoir s'éveiller n'est en réalité qu'un flux de pensées et de sensations. Puisqu'il n'y a pas d'acteur personnel, il n'y a rien que vous puissiez faire pour vous éveiller et donc nulle responsabilité personnelle à cet égard et à nul autre d'ailleurs. l'éveil est d'ailleurs un mot impropre parce qu'il donne l'illusion que c'est l'entité séparée, la personne qui s'illumine, alors que l'éveil est la fin de la croyance en l'existence d'une personne séparée. Je préfère donc parler de reconnaissance. Lorsque le voile de l'identification au nom et à la forme tombe, c'est la Présence déjà éveillée en arrière plan qui réalise qu'il n'y a qu'Elle depuis toujours. Cette réalisation est elle-même au-delà du temps et de toutes les pratiques liées au temps. Il n'y a donc aucune pratique qui puisse causer en elle-même cet éveil.

Sommes nous donc condamnés à la souffrance ?

Il y a de nombreux pointeurs, outils d'attention, ou pratiques qui sont susceptibles de diminuer la souffrance. Mais il est important de voir qu'elles prennent place au sein de la Conscience et qu'il n'y a personne de séparé qui pratique, qui pense, qui médite qui fait quoi que ce soit. Le corps-mental semble faire un tas d'expériences pour nous sortir de la panade mais en réalité le corps-mental lui-même est une expérience au sein de la Conscience impersonnelle. Si ces pratiques visant à soulager la souffrance et à ouvrir le regard doivent avoir lieu alors elles auront lieu. Tout simplement. Mais cela ne dépend d'aucun vouloir personnel. La véritable pratique consiste, sans efforts, de voir les choses telles qu'elles sont, sans commentaire. La véritable pratique consiste finalement à voir toute expérience à partir de la lumière consciente et impersonnelle. De faire l'expérience directe de toute chose pour découvrir que tout ce qui semble séparé n'est en réalité que Conscience. Au travers de chaque expérience directe réaliser encore et encore que vous êtes cette Conscience sans forme et sans âge, sans aucun manque car pleine d'elle-même. Vous comprenez alors tôt ou tard que rien dans le monde ne peut vous compléter ou vous offrir la paix naturelle que vous êtes déjà.

Le retour vers soi par l'investigation et la désidentification.

Pour cela il suffit de faire l'investigation selon le mode naturel de désidentification. Au départ devenez simplement conscient de toutes vos pensées, négatives, positives et voyez les non plus comme des pensées mais comme de simples apparitions dans la Conscience. Observez sans jugement vos sensations et vos émotions. Soyez ouvert à tout ce qui en vous apparaît comme sensation de manque, de tristesse, d'avidité, de jalousie, de désir de reconnaissance, d'amour, de peur, de désespoir, de stress, de culpabilité, de honte. Soyez conscient de vos tensions corporelles, de la moindre contraction ou de malaise. Considérez également toute sensation corporelle ou émotion comme de simples apparitions au sein de la Conscience. Ressentez-les sans jugement, sans aucune intention à leur égard, de façon neutre. Puis, demandez-vous qui ressent ces sensations, ces émotions, ces pensées ? Constatez que toute idée de réponse à propos d'un moi quelconque qui serait le propriétaire de ces sensations, émotions ou pensées, ne serait lui-même qu'une pensée associée à une contraction, ou un ensemble de sensations de tensions, c'est à dire in fine à une ou à un ensemble d'apparitions au sein de la Conscience. Demeurez avec la question : qu'est ce qui est conscient de cette ou de ces apparitions ? Puis constatez que la question pointe vers une absence de "je séparé" et un espace de conscience sans forme, sans commencement et sans fin. Chaque fois que la sensation d'identification apparaît en vous, vous êtes invité à faire cette investigation du Soi de la voie directe que Ramana Maharshi* a rendu célèbre, et qui tous revient à une seule chose : reconnaître au cœur de votre vie que vous êtes la Conscience consciente d'elle-même, sans limites et sans âge et en laquelle les phénomènes transitoires apparaissent et disparaissent. Une fois reconnu que vous êtes le permanent dans lequel le transitoire apparaît et disparaît, réalisez qu'il n'y a aucune séparation entre le témoin conscient et les perceptions. Laisser ensuite le témoin conscient, une subtile réminiscence de dualité se dissoudre avec les perceptions, et réalisez que Vous êtes l'Absolu.

"La logique n'est pas nécessaire contrairement à l'intuition, la faculté artistique de pressentir l'essentiel et de le séparer de l'inutile, de discriminer l'éternel du temporel."

 

Shankara dans commentaires au Brahma Sutra