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Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

mercredi 7 janvier 2026

L’antidote non duel : voir l’action dans l’inaction


 Je viens de partager un stage de neuf jours avec dix amis lumineux, chez moi à Paris. C’est toujours un temps béni, profond, vivant, où l’écoute, le silence et la reconnaissance circulent librement. Et pourtant, comme je le constate très souvent dans les satsang, les séances individuelles ou les stages de we ou de 9 jours, un même point d’achoppement revient presque invariablement. 

Ce n’est pas un manque de sincérité ou un déficit d’intelligence, mais plutôt une subtile mais tenace confusion entre le Soi qui est passif et ce qui est actif, qui agit.

Ce qui semble faire obstacle à la reconnaissance claire est presque toujours l’identification du Soi, qui est impassible et inactif, avec l’action du corps, le mouvement de la pensée, la dynamique psychologique. Tant que cette confusion demeure, même des aperçus profonds restent instables. Les bascules décisives, celles que l’on appelle parfois la réalisation du Soi, l’éveil ou la reconnaissance de notre véritable nature, se produisent lorsque la distinction devient évidente entre ce qui est actif et ce qui est éternellement passif, non engagé dans l’action, non dépendant de l’action, et complètement hors du temps.

C’est exactement ce que pointe avec une précision radicale un extrait du premier chapitre de l’Ashtavakra Gita, un de ces textes sacrés, que je relis régulièrement. Il y est dit : « Comme tu as été mordu par le serpent noir de l’idée “je suis celui qui agit”, bois l’antidote de la conviction “je ne suis pas celui qui agit” et sois heureux. » (Ashtavakra Gita I.8)

L’image est forte et très juste. Le serpent n’est pas l’action, ni même l’engagement dans la vie, mais la croyance silencieuse et presque toujours invisible selon laquelle le Soi serait l’auteur des actes. C’est cette croyance transparente, sorte de conditionnement implicite chez la plupart des êtres qui est le poison. Ce poison installe la tension, l’effort, la culpabilité ou la fierté, et surtout la peur du résultat. L’antidote proposé par Ashtavakra n’est pas une pratique supplémentaire, mais une reconnaissance immédiate. Voir clairement que l’action se produit, mais que le Soi n’est pas celui qui agit.

Cette vision rejoint de façon remarquable l’image des deux oiseaux perchés sur la même branche dans la Mundaka Upanishad. Le texte dit : « Deux oiseaux, inséparables compagnons, sont perchés sur le même arbre. L’un mange les fruits, doux ou amers, l’autre regarde sans manger. » (Mundaka Upanishad III.1.1)

L’oiseau qui mange représente l’individu engagé dans l’action, dans l’expérience et ses conséquences. L’autre oiseau est le Soi, témoin silencieux, qui ne mange rien, ne choisit rien, ne rejette rien. La souffrance apparaît lorsque l’oiseau actif oublie la présence de l’autre et se prend pour l’unique réalité. La libération n’est pas l’arrêt de l’action, mais la reconnaissance de celui qui regarde.

Ashtavakra le dit ailleurs avec la même simplicité tranchante : « Tu es le témoin unique de tout, toujours libre. La cause de ta servitude est que tu te vois autre que cela. » (Ashtavakra Gita, I.7)

L’antidote non duel est toujours comme le formulait Krishna à Arjuna dans la Baghavad Gita : « Le plus sage des hommes est celui qui voit l’inaction dans l’action et l’action dans l’inaction ».

Lorsque cette distinction est clairement réalisée, la vie continue exactement comme avant, mais sans le poids. Les gestes se font, les pensées passent, les décisions apparaissent, mais le Soi demeure intact, non impliqué, hors du temps. C’est de cette non implication que naît la joie dont parle Ashtavakra, une joie simple, sans cause, qui ne dépend ni de l’action ni de son résultat. C’est peut-être cela, au fond, boire l’antidote et être heureux.

Sois heureux et en paix 


Amor Fati 




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