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Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

jeudi 15 janvier 2026

Paix intérieure et lucidité dans le monde

 


Je vais résumer un long questionnement par mail que j’ai reçu récemment  : « Comment se fait-il que certains enseignants non duels soutiennent ouvertement des dictateurs agressant d’autres pays et des récits manifestement outranciers ou voire complètement mensongers ? »

Je ne suis pas ici ce que les autres voient là-bas. Seul l’Ici se reconnaît. Et je ne distribue pas comme certains des certificats d’éveil. Que ceux qui ont des oreilles entendent. 


Mais quand quelqu’un, dans un discours, défend activement des figures de pouvoir violentes, mensongères ou autoritaires, ce n’est manifestement pas à partir de la reconnaissance de la Présence qu’il parle. C’est une pensée, une idéologie, un conditionnement qui a repris le volant. La reconnaissance de l’être peut avoir eu lieu, momentanément, peut-être, mais elle n’est pas en train de s’exprimer dans ce moment-là.


Cela révèle presque toujours une identification encore active, souvent d’ailleurs avec l’idée d’être du côté des éveillés contre les moutons, des lucides contre les endormis. C’est évidemment une forme d’ego ou de contournement spirituel. Il se nourrit de la même énergie que le fanatisme politique, même s’il parle le langage de l’absolu.


C’est pour cela que l’on peut voir chez certains enseignants de non dualité une grande clarté quand ils parlent du Soi, ou écrivent des livres sur la non dualité et une grande confusion quand ils parlent du monde. Ce n’est pas une hypocrisie volontaire, d’ailleurs ils ont toujours raison et ne supportent en général pas des avis contraires qui mettraient leur construction idéologique imaginaire en question. C’est le signe que l’absolu a peut-être été momentanément reconnu, mais que le relatif n’a pas été pleinement intégré dans la même lucidité.


C’est aussi pour cela que la non dualité authentique n’est jamais froide ni cynique. Elle est naturellement du côté de la vie, de la vérité, de la vulnérabilité. Elle ne se met pas au service de la domination ou de l’abus de pouvoir, parce que la domination suppose toujours un moi qui se croit séparé et supérieur.


 Ne t’en afflige pas. Tu peux comme moi discerner entre le bon grain et l’ivraie et résister à cette fâcheuse tendance que nous avons parfois de jeter le bébé avec l’eau du bain. 

C’est juste la trace d’une réalisation très partielle qui n’a pas encore traversé toutes les couches de l’humain. Le relatif n’a pas été guéri. Et c’est peut être là l’un des vrais critères d’authenticité que tu cherches et que pressens chez certains. Tu as compris que ce n’est pas tant ce que quelqu’un dit de l’unité, mais comment il traite au quotidien la complexité du monde, la vérité des faits et la souffrance des autres sans les dissoudre dans un simple concept.


Quand Jésus est interrogé sur le commandement le plus important, il répond par ce double mouvement très simple et très profond, aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même. Dans une lecture non duelle, ce Dieu n’est pas une entité extérieure, mais la source même de l’être, la présence vivante qui est notre vraie nature. Aimer Dieu de tout son être, c’est se retourner vers cette paix, cette conscience, cette réalité sans forme qui est déjà là. C’est par exemple dans la perspective de la vision sans tête reconnaître l’espace ouvert transparent dans forme et sans âge, au-dessus des épaules. 

Ce retournement peut être immédiat, fulgurant, parfois même bouleversant. Mais Jésus ajoute aussitôt aimer l’autre comme soi même, ce qui signifie que la reconnaissance de cette présence en soi ne peut rester enfermée dans une intériorité séparée. Si ce que je suis est cette même présence, alors l’autre est aussi cela, et l’amour n’est plus une vertu mais une évidence.


Pourtant, dans l’expérience humaine, cette évidence ne « s’incarne » pas toujours d’un seul coup. Beaucoup découvrent momentanément une paix intérieure réelle, une sorte de silence, de recul par rapport au mental, mais cette paix peut encore être vécue comme un refuge, comme un espace où l’on se protège du monde, au lieu d’être un espace où le monde est inclus. Il y a alors une subtile ou pas si subtile séparation qui demeure, un dedans paisible et un dehors encore perçu comme menaçant, confus ou indigne de cette paix. Je suis en paix mais le monde est en guerre. Ce sont les autres qui sont violents. 

C’est une sorte d’étape. La reconnaissance de l’être peut être vraie, mais l’intégration de cette reconnaissance dans toutes les zones de la vie, dans le corps, dans l’histoire, dans les peurs, dans les relations, dans les blessures anciennes, dans les opinions, demande en général du temps.


Il est très rare que tout se dissolve d’un seul coup, sauf peut être dans des trajectoires exceptionnelles comme celle de Ramana Maharshi, qui est resté des années immergé dans le samadhi ?Pour la plupart d’entre nous, la vérité est entrevue, parfois profondément, parfois fugitivement, puis la vie quotidienne continue, avec ses réflexes, ses peurs, ses fidélités anciennes, ses angles morts. L’amour découvert au cœur de l’être doit alors peu à peu descendre dans ces zones de contraction. Et cela n’est pas automatique. Cela demande la plupart du temps une forme de maturité, de lucidité, parfois même de goût pour l’exploration de t la confrontation intérieures. 


Il peut donc y avoir des réalisations authentiques momentanées et, en même temps, apparemment, des zones d’ombre actives, des opinions violentes, des aveuglements politiques ou affectifs, des défenses identitaires. Cela ne nie pas la réalité de la reconnaissance, mais cela montre qu’elle n’a pas encore été pleinement intégrée. L’unité a été vue, mais elle n’est pas encore devenue une manière d’habiter le monde. Et c’est peut être là que se joue la vraie incarnation de la non dualité, non pas dans des expériences extraordinaires, mais dans la lente et parfois difficile inclusion de tout ce que nous sommes, et de tous ceux que nous rencontrons, dans la même lumière.

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