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Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

vendredi 8 mai 2026

Le monde est-il en train de s’éveiller ?

 


On entend souvent aujourd’hui que “le monde est en train de s’éveiller”, qu’un nombre croissant de personnes s’intéressent à la non dualité, à la méditation, à la pleine conscience, (des enseignants de la perspective non duelle comme Rupert Spira ont plus de 500000 abonnés sur leur chaîne YouTube ce qui est il est vrai inédit), et du coup on entend dire qu’à partir d’un certain seuil critique, l’éveil deviendrait presque une nouvelle norme collective. Cette idée peut sembler séduisante et semble donner de l’espoir. Mais au fond, elle ne donne souvent qu’un faux sentiment de sécurité, comme si l’on pouvait remettre la vérité à plus tard, attendre que l’humanité mûrisse collectivement, attendre qu’un mouvement global nous emporte enfin vers la paix.

Mais l’espoir lui-même mérite d’être interrogé. Comme je le dis dans ma chanson Le Grand Amour : « L’espoir est le sel de l’eau des assoiffés. Dès que naît l’espoir renaît le désespoir. » Tant qu’il y a projection vers un futur censé nous sauver, il y a implicitement l’idée qu’il manque quelque chose maintenant.

Puis autre chose d’encore plus fondamental : seule la Conscience s’éveille !


Ibn Arabi, le grand maître soufi disait : «  Dieu dort dans le rocher. Dieu, rêve dans la plante. Dieu bouge dans l’animal. Dieu s’éveille dans l’homme. »

Le monde (un ensemble de perceptions) ne s’éveille pas. Le monde apparaît dans la conscience. C’est une distinction essentielle. Il n’y a pas “le monde” d’un côté et “la conscience” de l’autre. Tout ce qui est perçu, pensé, ressenti, imaginé, espéré, redouté, apparaît dans la conscience. Dire que le monde s’éveille revient déjà à objectiver l’éveil, à le transformer en phénomène observable, mesurable, statistique. Mais l’éveil véritable n’est pas un événement localisé dans le monde. C’est la reconnaissance de ce qui est avant le monde tel qu’il est perçu.

Et surtout, il n’y a pas quelqu’un qui s’éveille. Il n’y a que la conscience qui se reconnaît elle-même. Dès qu’on commence à comptabiliser l’éveil, à parler de pourcentages de population éveillée, de seuils critiques, de basculement collectif, on est déjà revenu dans le rêve du mental, dans le scénario, dans une vision objectivante de la spiritualité.

La vraie question n’est donc pas : “Le monde s’éveille-t-il ?” La vraie question est beaucoup plus simple, beaucoup plus directe : as-tu, toi, un désir de vérité suffisamment profond pour aller jusqu’au bout de cette investigation ? As-tu le courage de regarder ce que tu es avant les récits sur toi-même ?

Parce que cette exploration demande une honnêteté radicale. Elle implique de distinguer ce qui apparaît dans la conscience, pensées, émotions, corps, histoire personnelle, identités, de la conscience elle-même.

Quand cette reconnaissance a lieu, la question du “réveil du monde” perd une grande partie de son importance. Non pas par cynisme ou indifférence, mais parce qu’on voit qu’il n’y a jamais eu “un monde séparé” attendant d’être sauvé. Il y a simplement ce qui apparaît et disparaît ici et maintenant dans la conscience.

Bien sûr, des actions peuvent surgir. L’enseignement, le partage, l’écoute, l’amour, le soin. Mais ils ne naissent plus d’un projet d’ego voulant améliorer le monde pour se rassurer lui-même ou se donner une identité spirituelle. Comme dit l’adage, “l’enfer est pavé de bonnes intentions”.

C’est aussi pour cela que la Bhagavad Gītā insiste tant sur le détachement des fruits de l’action : « Tu as droit à l’action, mais jamais à ses fruits. » (Bhagavad Gītā II.47). Le sage agit, mais ne cherche pas à posséder son action ni à en tirer un mérite personnel.

Car l’éveil n’est pas une amélioration du personnage. Ce n’est pas une optimisation du rêve. C’est la reconnaissance de ce qui est déjà libre avant le rêve lui-même.

Et peut-être que la vraie révolution spirituelle commence exactement là.

Où ?

Ici.

Et quand ?

Maintenant.

Amor Fati 


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