Citation (Śaṅkara, commentaire des Brahma Sūtra, I.1.4)
« L’action ne peut pas conduire à la connaissance, car la connaissance dépend de ce qui est, tandis que l’action dépend de ce qui doit être fait. La connaissance naît de la discrimination de la réalité, non de l’accomplissement d’un acte. »
(Śaṅkara, Brahma Sūtra Bhāṣya, I.1.4)
Shankara pose ici un principe fondamental de l’Advaita Vedānta. La connaissance du réel ne relève pas de l’ordre du faire mais de celui de la reconnaissance. L’action appartient au domaine du devenir, du temps, de la causalité. Elle suppose un agent, un but, un résultat attendu. Or la connaissance dont parle Śaṅkara n’est pas l’acquisition d’un objet nouveau mais la claire compréhension de ce qui est déjà là.
Agir, même de façon vertueuse ou sacrée, ne peut produire la connaissance du Soi, car le Soi n’est pas un effet à fabriquer. Toute action présuppose l’idée « je fais », alors que la connaissance dissout précisément cette identification à l’agent. Elle révèle que ce que nous cherchions à atteindre n’a jamais été séparé de nous.
Cela ne signifie pas que l’action soit inutile. Śaṅkara reconnaît pleinement sa valeur préparatoire. L’action juste purifie le mental, l’apaise, le rend disponible. Mais elle ne franchit jamais le seuil de la connaissance elle-même. À ce seuil, il n’y a plus rien à faire, seulement à voir.
La connaissance naît lorsque cesse la confusion entre ce qui agit et ce qui est. Elle apparaît comme une évidence silencieuse, lorsque l’on reconnaît que l’être n’a jamais été produit par l’effort, mais seulement voilé par l’agitation. En ce sens, la réalisation n’est pas un accomplissement, mais une cessation. Non pas obtenir, mais cesser de chercher ce qui n’a jamais été perdu.
