Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

jeudi 15 janvier 2026

Paix intérieure et lucidité dans le monde

 


Je vais résumer un long questionnement par mail que j’ai reçu récemment  : « Comment se fait-il que certains enseignants non duels soutiennent ouvertement des dictateurs agressant d’autres pays et des récits manifestement outranciers ou voire complètement mensongers ? »

Je ne suis pas ici ce que les autres voient là-bas. Seul l’Ici se reconnaît. Et je ne distribue pas comme certains des certificats d’éveil. Que ceux qui ont des oreilles entendent. 


Mais quand quelqu’un, dans un discours, défend activement des figures de pouvoir violentes, mensongères ou autoritaires, ce n’est manifestement pas à partir de la reconnaissance de la Présence qu’il parle. C’est une pensée, une idéologie, un conditionnement qui a repris le volant. La reconnaissance de l’être peut avoir eu lieu, momentanément, peut-être, mais elle n’est pas en train de s’exprimer dans ce moment-là.


Cela révèle presque toujours une identification encore active, souvent d’ailleurs avec l’idée d’être du côté des éveillés contre les moutons, des lucides contre les endormis. C’est évidemment une forme d’ego ou de contournement spirituel. Il se nourrit de la même énergie que le fanatisme politique, même s’il parle le langage de l’absolu.


C’est pour cela que l’on peut voir chez certains enseignants de non dualité une grande clarté quand ils parlent du Soi, ou écrivent des livres sur la non dualité et une grande confusion quand ils parlent du monde. Ce n’est pas une hypocrisie volontaire, d’ailleurs ils ont toujours raison et ne supportent en général pas des avis contraires qui mettraient leur construction idéologique imaginaire en question. C’est le signe que l’absolu a peut-être été momentanément reconnu, mais que le relatif n’a pas été pleinement intégré dans la même lucidité.


C’est aussi pour cela que la non dualité authentique n’est jamais froide ni cynique. Elle est naturellement du côté de la vie, de la vérité, de la vulnérabilité. Elle ne se met pas au service de la domination ou de l’abus de pouvoir, parce que la domination suppose toujours un moi qui se croit séparé et supérieur.


 Ne t’en afflige pas. Tu peux comme moi discerner entre le bon grain et l’ivraie et résister à cette fâcheuse tendance que nous avons parfois de jeter le bébé avec l’eau du bain. 

C’est juste la trace d’une réalisation très partielle qui n’a pas encore traversé toutes les couches de l’humain. Le relatif n’a pas été guéri. Et c’est peut être là l’un des vrais critères d’authenticité que tu cherches et que pressens chez certains. Tu as compris que ce n’est pas tant ce que quelqu’un dit de l’unité, mais comment il traite au quotidien la complexité du monde, la vérité des faits et la souffrance des autres sans les dissoudre dans un simple concept.


Quand Jésus est interrogé sur le commandement le plus important, il répond par ce double mouvement très simple et très profond, aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même. Dans une lecture non duelle, ce Dieu n’est pas une entité extérieure, mais la source même de l’être, la présence vivante qui est notre vraie nature. Aimer Dieu de tout son être, c’est se retourner vers cette paix, cette conscience, cette réalité sans forme qui est déjà là. C’est par exemple dans la perspective de la vision sans tête reconnaître l’espace ouvert transparent dans forme et sans âge, au-dessus des épaules. 

Ce retournement peut être immédiat, fulgurant, parfois même bouleversant. Mais Jésus ajoute aussitôt aimer l’autre comme soi même, ce qui signifie que la reconnaissance de cette présence en soi ne peut rester enfermée dans une intériorité séparée. Si ce que je suis est cette même présence, alors l’autre est aussi cela, et l’amour n’est plus une vertu mais une évidence.


Pourtant, dans l’expérience humaine, cette évidence ne « s’incarne » pas toujours d’un seul coup. Beaucoup découvrent momentanément une paix intérieure réelle, une sorte de silence, de recul par rapport au mental, mais cette paix peut encore être vécue comme un refuge, comme un espace où l’on se protège du monde, au lieu d’être un espace où le monde est inclus. Il y a alors une subtile ou pas si subtile séparation qui demeure, un dedans paisible et un dehors encore perçu comme menaçant, confus ou indigne de cette paix. Je suis en paix mais le monde est en guerre. Ce sont les autres qui sont violents. 

C’est une sorte d’étape. La reconnaissance de l’être peut être vraie, mais l’intégration de cette reconnaissance dans toutes les zones de la vie, dans le corps, dans l’histoire, dans les peurs, dans les relations, dans les blessures anciennes, dans les opinions, demande en général du temps.


Il est très rare que tout se dissolve d’un seul coup, sauf peut être dans des trajectoires exceptionnelles comme celle de Ramana Maharshi, qui est resté des années immergé dans le samadhi ?Pour la plupart d’entre nous, la vérité est entrevue, parfois profondément, parfois fugitivement, puis la vie quotidienne continue, avec ses réflexes, ses peurs, ses fidélités anciennes, ses angles morts. L’amour découvert au cœur de l’être doit alors peu à peu descendre dans ces zones de contraction. Et cela n’est pas automatique. Cela demande la plupart du temps une forme de maturité, de lucidité, parfois même de goût pour l’exploration de t la confrontation intérieures. 


Il peut donc y avoir des réalisations authentiques momentanées et, en même temps, apparemment, des zones d’ombre actives, des opinions violentes, des aveuglements politiques ou affectifs, des défenses identitaires. Cela ne nie pas la réalité de la reconnaissance, mais cela montre qu’elle n’a pas encore été pleinement intégrée. L’unité a été vue, mais elle n’est pas encore devenue une manière d’habiter le monde. Et c’est peut être là que se joue la vraie incarnation de la non dualité, non pas dans des expériences extraordinaires, mais dans la lente et parfois difficile inclusion de tout ce que nous sommes, et de tous ceux que nous rencontrons, dans la même lumière.

dimanche 11 janvier 2026

Un oiseau monte haut


Un oiseau monte haut 


Un oiseau monte haut 

Et le ciel devient chant

Tout désir tombe à l’eau

D’où vient ce feu vivant


La mer parle tout bas

D’un bleu si transparent

Que mon cœur reste là

À goûter l’océan


C’est la poupée de sel

Qui s’en va dans la mer

Un vieux nœud se défait

Sans même se défaire


La nuit veille en moi

C’est mouvant, émouvant

Rien ne pleure en soi

C’est Lui seul s’éprouvant 


Mais Qui rêve de qui

Dans ce grand clair obscur

Où tout chant est un cri

De l’unique blessure


Et nul ne sait vraiment

Qui se voit vivre en qui

Tout naît d’un tremblement

Au bord de l’infini


On ne sait jamais quand 

Ce rêve s’éteindra 

Mais je sais que le temps 

Est dans de drôles de draps 


Un nuage s’égare

Dans un ciel sans avant

Un mirage se prépare

À mourir maintenant


Chaque battement d’aile

Traverse le néant

Et l’eau redevient ciel

Dans un même courant


Depuis la nuit des temps

Avant qu’Abraham ne fut

Je suis le cœur battant

D’un silence absolu

samedi 10 janvier 2026

Les concepts non duels et leur signification

 


Un ami, déconcerté et confus devant quelques lectures non-duelles radicales, mais néanmoins très curieux de la teneur de ce message m'a demandé de clarifier quelques éléments de langage. Je me suis amusé à présenter et à explorer quelques concepts racines de façon assez dépouillée et, espère que ça ne rajoutera pas à sa confusion ou à la vôtre.


L'univers, l'espace et le temps.

Du point de vue de l'expérience directe, l'univers est constitué d'un ensemble d'objets dont le corps-mental est un exemple. Il semble que l'univers existe dans le temps et l'espace. Néanmoins, le temps et l'espace ne sont que des concepts. Ils ne sont pas réels. Seul est considéré comme réel ce qui ne change pas. On pourrait dire que le temps est le concept du changement. Et puisque tous les objets sont sujets au changement, tous les objets sont des concepts temporels. L'espace est le concept de l'étendue (taille et forme). Puisque tous les objets se situent dans l'espace, on pourrait également dire que tous les objets sont des concepts spatiaux.

 

La Conscience.

La Conscience est cela qui est conscient de l'univers. La Conscience ne peut être prouvée par des concepts qui ne sont que de la mémoire et donc du passé. Elle se connaît elle-même de façon directe. Car, vous êtes conscient et vous savez que vous êtes conscient. Vous êtes conscient d'être conscient. Cette Conscience n'est pas soumise à la loi du changement et de l'évolution. Elle n'a pas de forme et n'est donc pas une chose. Elle ne naît pas et ne peut mourir. La Conscience, la Réalité, la Présence consciente, sont tous des pointeurs conceptuels vers ce qui n'a ni nom ni forme. Tous les objets apparaissent au sein de la Conscience.

Le petit je, le moi séparé (le faux je).

Le moi de la personne est un concept résultant d'une identification de la Conscience, qui est vraie avec le concept d'un moi séparé qui est faux. Ce moi séparé semble exister mais dés qu'il est exploré dans l'expérience directe, il avoue son imposture en se dissolvant dans la Conscience dont il est issu. Le moi séparé de la personne est un concept qui n'existe pas réellement. Je suis la Réalité, la Conscience, la Vie, l'Expérience Une et indivisible. Dés que le concept "moi séparé" apparaît, son contraire, le "non-moi" apparaît également. Dés que je crois être un moi pensant ses pensées et posant des actes de façon délibérée, la théorie matérialiste semble automatiquement accréditée et l'existence des objets séparés paraît réelle et préexistant à la Conscience.

Le Corps.

Lorsque vous laissez tomber votre imaginaire et vos savoirs de seconde main, le corps apparait dans l'expérience directe comme un ensemble de sensations et de perceptions. Ce qu'on appelle communément le corps n'est qu'un flux de sensations auxquelles la pensée surimpose des étiquettes, des noms et des concepts. Dans l'expérience directe, sensations et pensées ne sont que des apparitions au sein de la Conscience. En d'autres termes le corps aussi est un concept qui n'a pas de réalité objective et autonome. Plus vous ressentez de façon directe le corps, plus celui-ci se manifeste en tant que vibration, moins il semble dense. Puis, vous découvrez que toute vibration est elle-même, aussi subtile soit-elle, une simple apparition, se dissolvant dans l'espace conscient. Magie suprême, cette dissolution pointe elle-même vers la véritable nature du corps qui est pure spatialité ou Conscience sans forme et sans âge.



Le véritable Je.

Je ne suis ni un concept ni un objet. Je ne puis être le corps-mental car Je suis cela qui en est conscient. Ainsi Je suis la Conscience. Je et Conscience sont synonymes. Je suis sans limites et sans âge. L'univers et le corps-mental apparaissent en moi en tant que Conscience. Je, moi en tant que Conscience sans forme et sans âge, n'apparais pas en eux.

 

Libre arbitre et causalité.

Le "Je" illusoire de l'identité séparée semble dotée de choix et de liberté. La notion de libre arbitre est un des plus puisssants marqueurs de l'impression d'être une entité séparée aux commandes d'une vie personnelle. Mais puisque le "Je" illusoire n'a pas de réelle existence, il n'y a ni auteur, ni acteur, ni penseur, ni choix personnel, ni observateur personnel. Ainsi le corps-mental n'a aucun contrôle sur quoi que ce soit.

Croire en un auteur des actes est une croyance qui dépend de la croyance en un auteur indépendant et en l'existence de la causalité. Mais puisqu'il n'y a pas d'auteur, la causalité est elle-même un concept sans réalité. Puisque les objets eux aussi sont des concepts sans réalité, tout ce qui semble apparaître n'est rien d'autre qu'un concept. Tout arrive spontanément, sans cause. Même si les objets avaient une existence réelle, il est aisé de voir qu'on ne peut jamais trouver une cause originelle à un phénomène mais qu'il y a une multiplicité infinie de facteurs. C'est donc tout l'univers qui est la cause de toute forme ou apparition, chaque situation, chaque évènement tel qu'il se présente. Puisque le moi séparé et la causalité ne sont rien d'autre que des concepts, le libre arbitre doit également être considéré comme un simple concept de même que la notion de responsabilité personnelle.

L'impression de liberté que nous resentons au cœur de nos vies est réelle. Mais elle ne vient pas de l'illusion de choix du personnage, même si c'est généralement justifié et compris ainsi, mais de la Conscience elle-même, libre de toute idée de choix ou de non choix.

La souffrance.

Souffrir c'est vouloir ce qui n'est pas. Et ce vouloir procède de la croyance que "je" peux changer ce qui est et obtenir ce que "je" désire. Cette croyance engendre l'idée de la responsabilité individuelle qui elle-même engendre un certain nombre de misères comme par exemple le regret, la culpabilité,(d'avoir fait le mauvais choix), la honte, l'orgueil (d'avoir accompli personnellement quelque chose ou d'avoir fait le bon choix) par rapport aux évènements passés et l'inquiétude, la peur, et l'espoir par rapport au futur. La peur est un autre nom pour la souffrance. Cette dernière naît avec l'identification objective avec le corps. Les autres nous ont dit que nous étions ce corps et nous l'avons cru. Les enfants font généraleemnt confiance au savoir des parents et se soumettent facilement aux autorités extérieures pour leur dire qui ils sont. Le corps étant mortel, tant que l'on s'identifie au corps, la peur de mourir est présente d'une façon plus ou moins subtile.


L'éveil ou reconnaissance de votre vraie nature

L'éveil est une désidentification avec la croyance d'être un acteur personnel ainsi que le sentiment de séparation. Avec la reconnaissance de votre vraie nature de conscience sans forme, vous réalisez qu'il n'y a pas d'acteur personnel et qu'il n'y en a jamais eu. Il n'y a donc pas non plus de séparation. Puisqu'il n'y a plus d'appropriation personnelle de l'expérience, il n'y a plus de penseur, d'auteur ou d'acteur. Il n'y a donc plus de regret, de culpabilité, de honte, de fierté personnelle par rapport aux évènements passés, ni de stress, de peur, de désir ou de projections personnelles sur le futur.

Que puis-je faire pour m'éveiller à ma vraie nature ?

Ici il s'agit d'être très précis et honnête et réaliser que celui qui prétend vouloir et pouvoir s'éveiller n'est en réalité qu'un flux de pensées et de sensations. Puisqu'il n'y a pas d'acteur personnel, il n'y a rien que vous puissiez faire pour vous éveiller et donc nulle responsabilité personnelle à cet égard et à nul autre d'ailleurs. l'éveil est d'ailleurs un mot impropre parce qu'il donne l'illusion que c'est l'entité séparée, la personne qui s'illumine, alors que l'éveil est la fin de la croyance en l'existence d'une personne séparée. Je préfère donc parler de reconnaissance. Lorsque le voile de l'identification au nom et à la forme tombe, c'est la Présence déjà éveillée en arrière plan qui réalise qu'il n'y a qu'Elle depuis toujours. Cette réalisation est elle-même au-delà du temps et de toutes les pratiques liées au temps. Il n'y a donc aucune pratique qui puisse causer en elle-même cet éveil.

Sommes nous donc condamnés à la souffrance ?

Il y a de nombreux pointeurs, outils d'attention, ou pratiques qui sont susceptibles de diminuer la souffrance. Mais il est important de voir qu'elles prennent place au sein de la Conscience et qu'il n'y a personne de séparé qui pratique, qui pense, qui médite qui fait quoi que ce soit. Le corps-mental semble faire un tas d'expériences pour nous sortir de la panade mais en réalité le corps-mental lui-même est une expérience au sein de la Conscience impersonnelle. Si ces pratiques visant à soulager la souffrance et à ouvrir le regard doivent avoir lieu alors elles auront lieu. Tout simplement. Mais cela ne dépend d'aucun vouloir personnel. La véritable pratique consiste, sans efforts, de voir les choses telles qu'elles sont, sans commentaire. La véritable pratique consiste finalement à voir toute expérience à partir de la lumière consciente et impersonnelle. De faire l'expérience directe de toute chose pour découvrir que tout ce qui semble séparé n'est en réalité que Conscience. Au travers de chaque expérience directe réaliser encore et encore que vous êtes cette Conscience sans forme et sans âge, sans aucun manque car pleine d'elle-même. Vous comprenez alors tôt ou tard que rien dans le monde ne peut vous compléter ou vous offrir la paix naturelle que vous êtes déjà.

Le retour vers soi par l'investigation et la désidentification.

Pour cela il suffit de faire l'investigation selon le mode naturel de désidentification. Au départ devenez simplement conscient de toutes vos pensées, négatives, positives et voyez les non plus comme des pensées mais comme de simples apparitions dans la Conscience. Observez sans jugement vos sensations et vos émotions. Soyez ouvert à tout ce qui en vous apparaît comme sensation de manque, de tristesse, d'avidité, de jalousie, de désir de reconnaissance, d'amour, de peur, de désespoir, de stress, de culpabilité, de honte. Soyez conscient de vos tensions corporelles, de la moindre contraction ou de malaise. Considérez également toute sensation corporelle ou émotion comme de simples apparitions au sein de la Conscience. Ressentez-les sans jugement, sans aucune intention à leur égard, de façon neutre. Puis, demandez-vous qui ressent ces sensations, ces émotions, ces pensées ? Constatez que toute idée de réponse à propos d'un moi quelconque qui serait le propriétaire de ces sensations, émotions ou pensées, ne serait lui-même qu'une pensée associée à une contraction, ou un ensemble de sensations de tensions, c'est à dire in fine à une ou à un ensemble d'apparitions au sein de la Conscience. Demeurez avec la question : qu'est ce qui est conscient de cette ou de ces apparitions ? Puis constatez que la question pointe vers une absence de "je séparé" et un espace de conscience sans forme, sans commencement et sans fin. Chaque fois que la sensation d'identification apparaît en vous, vous êtes invité à faire cette investigation du Soi de la voie directe que Ramana Maharshi* a rendu célèbre, et qui tous revient à une seule chose : reconnaître au cœur de votre vie que vous êtes la Conscience consciente d'elle-même, sans limites et sans âge et en laquelle les phénomènes transitoires apparaissent et disparaissent. Une fois reconnu que vous êtes le permanent dans lequel le transitoire apparaît et disparaît, réalisez qu'il n'y a aucune séparation entre le témoin conscient et les perceptions. Laisser ensuite le témoin conscient, une subtile réminiscence de dualité se dissoudre avec les perceptions, et réalisez que Vous êtes l'Absolu.

"La logique n'est pas nécessaire contrairement à l'intuition, la faculté artistique de pressentir l'essentiel et de le séparer de l'inutile, de discriminer l'éternel du temporel."

 

Shankara dans commentaires au Brahma Sutra

mercredi 7 janvier 2026

L’antidote non duel : voir l’action dans l’inaction


 Je viens de partager un stage de neuf jours avec dix amis lumineux, chez moi à Paris. C’est toujours un temps béni, profond, vivant, où l’écoute, le silence et la reconnaissance circulent librement. Et pourtant, comme je le constate très souvent dans les satsang, les séances individuelles ou les stages de we ou de 9 jours, un même point d’achoppement revient presque invariablement. 

Ce n’est pas un manque de sincérité ou un déficit d’intelligence, mais plutôt une subtile mais tenace confusion entre le Soi qui est passif et ce qui est actif, qui agit.

Ce qui semble faire obstacle à la reconnaissance claire est presque toujours l’identification du Soi, qui est impassible et inactif, avec l’action du corps, le mouvement de la pensée, la dynamique psychologique. Tant que cette confusion demeure, même des aperçus profonds restent instables. Les bascules décisives, celles que l’on appelle parfois la réalisation du Soi, l’éveil ou la reconnaissance de notre véritable nature, se produisent lorsque la distinction devient évidente entre ce qui est actif et ce qui est éternellement passif, non engagé dans l’action, non dépendant de l’action, et complètement hors du temps.

C’est exactement ce que pointe avec une précision radicale un extrait du premier chapitre de l’Ashtavakra Gita, un de ces textes sacrés, que je relis régulièrement. Il y est dit : « Comme tu as été mordu par le serpent noir de l’idée “je suis celui qui agit”, bois l’antidote de la conviction “je ne suis pas celui qui agit” et sois heureux. » (Ashtavakra Gita I.8)

L’image est forte et très juste. Le serpent n’est pas l’action, ni même l’engagement dans la vie, mais la croyance silencieuse et presque toujours invisible selon laquelle le Soi serait l’auteur des actes. C’est cette croyance transparente, sorte de conditionnement implicite chez la plupart des êtres qui est le poison. Ce poison installe la tension, l’effort, la culpabilité ou la fierté, et surtout la peur du résultat. L’antidote proposé par Ashtavakra n’est pas une pratique supplémentaire, mais une reconnaissance immédiate. Voir clairement que l’action se produit, mais que le Soi n’est pas celui qui agit.

Cette vision rejoint de façon remarquable l’image des deux oiseaux perchés sur la même branche dans la Mundaka Upanishad. Le texte dit : « Deux oiseaux, inséparables compagnons, sont perchés sur le même arbre. L’un mange les fruits, doux ou amers, l’autre regarde sans manger. » (Mundaka Upanishad III.1.1)

L’oiseau qui mange représente l’individu engagé dans l’action, dans l’expérience et ses conséquences. L’autre oiseau est le Soi, témoin silencieux, qui ne mange rien, ne choisit rien, ne rejette rien. La souffrance apparaît lorsque l’oiseau actif oublie la présence de l’autre et se prend pour l’unique réalité. La libération n’est pas l’arrêt de l’action, mais la reconnaissance de celui qui regarde.

Ashtavakra le dit ailleurs avec la même simplicité tranchante : « Tu es le témoin unique de tout, toujours libre. La cause de ta servitude est que tu te vois autre que cela. » (Ashtavakra Gita, I.7)

L’antidote non duel est toujours comme le formulait Krishna à Arjuna dans la Baghavad Gita : « Le plus sage des hommes est celui qui voit l’inaction dans l’action et l’action dans l’inaction ».

Lorsque cette distinction est clairement réalisée, la vie continue exactement comme avant, mais sans le poids. Les gestes se font, les pensées passent, les décisions apparaissent, mais le Soi demeure intact, non impliqué, hors du temps. C’est de cette non implication que naît la joie dont parle Ashtavakra, une joie simple, sans cause, qui ne dépend ni de l’action ni de son résultat. C’est peut-être cela, au fond, boire l’antidote et être heureux.

Sois heureux et en paix 


Amor Fati 




mardi 6 janvier 2026

Stage de We a Paris le 17/18 janvier

 


Stage de We a Paris le 17/18 janvier avec Dan Speerschneider 

Je vous propose partage, en amont de tout imaginaire, la Présence non-duelle que nous sommes déjà : 2 jours chez moi dans le 19e arrondissement à Paris pour dissoudre les fausses croyances, s’éveiller au rêve, s’étonner d’être...

En constatant que, dans l'expérience directe, il n'y a jamais de séparation, toute tentative d’appropriation et peur psychologique s'effondrent.

En réalisant que toute expérience est une expression de moi-même, je réalise que je suis déjà la paix et le bonheur que je cherche.

L’éveil spirituel, contrairement à ce que l’on a voulu nous le faire croire, n’est pas dévolu à une caste de héros extraordinaires. C’est notre état naturel.

Nous avons simplement été mal informés et inattentifs à ce qui est trop proche, trop simple. Pour que cela ne soit pas une simple compréhension intellectuelle, mais une expérience vivante qui embrase tout votre être, je vous propose un voyage de retour vers ce que vous êtes vraiment pour répondre à la question qui suis-je ?

Ce partage se déclinera au travers d’investigations directes et d’expériences simples, vous permettant de confronter ce que vous croyez avec ce que vous voyez.

La croyance en un moi personnel et séparé se dissout d'elle-même, sans effort, par la simple exposition réitérée de sa nature illusoire et/ou le senti des impressions de séparation

qu'elle a engendrée dans le corps sous forme de fixations et de tensions inutiles.

Toute résistance à ce qui est se dévoile alors, paradoxalement, comme étant la porte la plus directe vers nous-mêmes.

Nous constatons que la Réalisation impersonnelle de notre vraie nature est d'une simplicité déconcertante.

Elle ne dépend d'aucune circonstance ou expérience particulières, et est

toujours disponible Ici et Maintenant

en chacun de nous.

Je serais disponible à des questions personnelles et/ou des soins énergétiques pendant les pauses. 


We du 17/18 janvier 

Samedi 10h-13h / 15h-18h30

Le samedi soir dîner ensemble pour ceux qui veulent … 

Dimanche 16 novembre

10-13h puis 15h -18h00

REPAS DE MIDI : restaurant ou déjeuner chez moi avec ce que chacun a apporté 


Blog :

eclore-en-conscience.blogspot.fr


INSCRIPTIONS

uniquement à

Dan Speerschneider

mail : adnnn1967@gmail.com ou tel 0663769081 

200 Euros pour les 2 jours

Nous ne demanderons pas d‘acomptes mais faisons confiance à votre présence après inscription!

Si problèmes financiers, me contacter pour un arrangement.

samedi 3 janvier 2026

L’action ne mène pas à la connaissance


Citation (Śaṅkara, commentaire des Brahma Sūtra, I.1.4)


« L’action ne peut pas conduire à la connaissance, car la connaissance dépend de ce qui est, tandis que l’action dépend de ce qui doit être fait. La connaissance naît de la discrimination de la réalité, non de l’accomplissement d’un acte. »


(Śaṅkara, Brahma Sūtra Bhāṣya, I.1.4)



Shankara pose ici un principe fondamental de l’Advaita Vedānta. La connaissance du réel ne relève pas de l’ordre du faire mais de celui de la reconnaissance. L’action appartient au domaine du devenir, du temps, de la causalité. Elle suppose un agent, un but, un résultat attendu. Or la connaissance dont parle Śaṅkara n’est pas l’acquisition d’un objet nouveau mais la claire compréhension de ce qui est déjà là.


Agir, même de façon vertueuse ou sacrée, ne peut produire la connaissance du Soi, car le Soi n’est pas un effet à fabriquer. Toute action présuppose l’idée « je fais », alors que la connaissance dissout précisément cette identification à l’agent. Elle révèle que ce que nous cherchions à atteindre n’a jamais été séparé de nous.


Cela ne signifie pas que l’action soit inutile. Śaṅkara reconnaît pleinement sa valeur préparatoire. L’action juste purifie le mental, l’apaise, le rend disponible. Mais elle ne franchit jamais le seuil de la connaissance elle-même. À ce seuil, il n’y a plus rien à faire, seulement à voir.


La connaissance naît lorsque cesse la confusion entre ce qui agit et ce qui est. Elle apparaît comme une évidence silencieuse, lorsque l’on reconnaît que l’être n’a jamais été produit par l’effort, mais seulement voilé par l’agitation. En ce sens, la réalisation n’est pas un accomplissement, mais une cessation. Non pas obtenir un éveil plus tard que maintenant, et ailleurs qu’ici, mais simplement cesser de chercher ce qui n’a jamais été perdu.


Amor Fati 

lundi 29 décembre 2025

Il n’y a qu’une seule Joie

 


Toute joie est une harmonique de la joie essentielle, la simple joie d’être, qui est toujours une joie sans cause et sans objet. C’est pour cela qu’en Inde, même si Brahman est désigné dans la Brihadaranyaka Upanishad comme n’étant ni ceci ni cela, on le qualifie pourtant traditionnellement par Sat Chit Ananda, être, conscience, félicité. Non pas pour lui attribuer des qualités, mais pour indiquer, depuis l’expérience humaine, la saveur même de ce qui est.


Cette joie peut sembler venir des situations les plus ordinaires. Le premier café du matin pris en silence, voir des arpèges nouveaux et très mélodieux se déployer en méditant avec sa guitare, la découverte d’une saveur nouvelle venant d’une autre culture, le rire spontané d’un enfant dans la pièce d’à côté, un message inattendu qui tombe juste, lorsque votre médecin vous annonce une bonne nouvelle concernant votre santé après examen des analyses de laboratoire, le corps qui se dénoue enfin quand on s’assoit, la sensation de l’air frais sur le visage en sortant de chez soi. Nous disons alors que ces moments nous rendent joyeux. Pourtant, si l’on regarde de près ce qui est réellement vécu, quelque chose de plus simple, de plus profond, et en réalité d’omniprésent, ne fait que se révéler.


Dans ces instants, il ne se passe pas tant quelque chose de nouveau. Il se passe plutôt un arrêt. Le mental, habituellement occupé à interpréter, anticiper, comparer ou se défendre, se met en veille. Sans effort, sans méthode, l’attention cesse de se contracter autour d’un centre imaginaire. Ce qui reste n’est pas spectaculaire. C’est simplement le fait d’être conscient, ouvert, disponible. Et cette ouverture est ressentie comme joie.


La joie n’est donc pas produite par l’événement. Elle n’est pas contenue dans la situation. Elle se révèle lorsque ce qui l’obscurcissait se retire. Ce que l’expérience agréable semble faire, ce n’est pas créer la joie, mais interrompre momentanément le bruit intérieur qui la recouvrait. La joie n’est pas ajoutée à l’expérience. Elle en est la transparence retrouvée.


Cette joie est toujours la même, mais elle ne se présente jamais de manière abstraite. Elle apparaît à travers un corps, une sensibilité, une histoire, un ensemble de filtres, de croyances et d’égrégores énergétiques. C’est pourquoi elle semble parfois douce, parfois paisible, parfois vibrante, parfois silencieuse, parfois bouleversante ou extatique. Ce n’est pas la joie qui change, ce sont les filtres humains au travers desquels elle se laisse goûter.


Le fil de nos narrations mentales est presque continu. Un récit intérieur, souvent implicite, parfois inconscient, déroule en arrière plan une histoire de soi, de manque, de danger, de comparaison, d’objectif à atteindre, de choses à régler. Même lorsqu’il n’y a pas de pensée clairement formulée, il demeure une tonalité mentale qui surimpose sa trame à l’expérience directe. C’est cela qui émousse l’étonnement. C’est cela qui rend le monde banal, non pas parce qu’il le serait, mais parce qu’il est déjà interprété avant même d’être rencontré, goûté, senti.


C’est aussi pour cela que le voyage donne l’illusion d’avoir un pouvoir si particulier, et c’est pour cette raison que tant de personnes aiment partir en vacances. Sans le formuler ainsi, elles cherchent à brouiller les pistes du mental. Elles pressentent confusément que le changement de cadre, de rythme, de repères, va desserrer l’emprise du récit habituel. Elles ne savent pas toujours ce qu’elles cherchent, et ne comprennent pas nécessairement ce qui se joue, mais elles cherchent, chacune à leur manière, cette paix, cette joie qui, en réalité, est déjà en elles.


Quand on change de paysage, de condition de vie, de coutumes, de langue, quelque chose se suspend. Les repères habituels ne fonctionnent plus exactement. Les automatismes perdent une partie de leur autorité. Le récit intérieur, qui d’ordinaire accompagne chaque instant, se met en retrait. Et cette suspension momentanée révèle quelque chose de décisif. Au cœur de tout voyage, il y a la rencontre avec ce qui, en nous, ne voyage pas. Quelque chose d’immuable se reconnaît à travers le changement. Et c’est la rencontre de cet immuable avec lui-même, au sein même du mouvement, qui est ressentie comme joie.


La joie du voyage ne vient donc pas du paysage, mais de cette reconnaissance silencieuse, lorsque le masque du récit intérieur tombe. Le déplacement extérieur n’est alors qu’un prétexte. En vérité, nous faisons toujours un voyage immobile. C’est de cette évidence que m’est venu ce texte et cette chanson nommée Voyage Immobile.


C’est pour cela aussi qu’une saveur nouvelle, venue d’une autre culture, peut être si profondément joyeuse. Ce n’est pas seulement le goût. C’est l’absence de familiarité. Pendant un instant, on ne sait pas. On n’anticipe pas. On ne plaque pas le connu sur ce qui se présente. L’expérience n’est pas immédiatement recouverte par l’habitude. Et dans cette brèche, la joie affleure.


Depuis plus de trente ans que j’accompagne des personnes en thérapie par le toucher, j’ai observé quelque chose de très simple et pourtant décisif. La souffrance est presque toujours, d’une manière ou d’une autre, localisable. Elle se manifeste comme une crispation précise, un point dur, une contraction dans le corps. Elle a une forme, une densité, parfois même une frontière nette. Elle se vit comme un arrêt, un nœud, une fixation de l’énergie.


À l’inverse, la joie ne se laisse pas localiser. Elle n’est ni dans le cœur, ni dans le plexus, ni dans le ventre. Elle n’a pas de centre repérable. Elle se ressent comme une ouverture globale, une sensation d’espace, une disponibilité sans bord.


On dit souvent que la joie vient du cœur. Et il est vrai que, dans l’expérience, il y a fréquemment une sensation d’ouverture dans la poitrine, une chaleur, une impression d’expansion dans la région du cœur. Mais cette impression peut prêter à confusion. Ce n’est pas la joie qui se diffuse à partir du cœur. C’est la résistance à la joie qui se dissout à cet endroit. Ce qui se relâche dans la poitrine n’est pas une source, mais un verrou. Lorsque cette contraction se défait, l’espace qui était déjà là se laisse sentir plus librement, et cela est vécu comme une ouverture.


La souffrance se vit comme une contraction. Et ce que nous appelons joie n’est pas une expansion qui viendrait s’y opposer. La joie se goûte lorsque cette contraction se dissout. Elle n’est pas un mouvement inverse, elle est l’absence de résistance. Elle n’est pas quelque chose qui s’étend, elle est ce qui est déjà là lorsque rien ne se crispe plus. Si la joie semble parfois expansive, c’est seulement parce que la contraction qui la voilait cesse, laissant apparaître l’espace qui n’a jamais été limité.


La joie apparaît lorsque l’on découvre le véritable ici, maintenant, non pas comme un point dans le temps ou un lieu dans l’espace, mais comme ce qui précède toute mesure. Cet ici n’est pas géographique. Ce maintenant n’est pas chronologique. Il est ce à partir de quoi toute expérience a lieu.


C’est quelque chose que j’expérimente et que j’observe quotidiennement dans ma pratique de thérapeute psychocorporel non duel depuis 1998, notamment à travers le toucher. Le travail ne consiste pas à supprimer la souffrance, mais à lui offrir un espace plus vaste qu’elle-même. Lorsque cette ouverture se produit, ce n’est pas une nouvelle sensation qui arrive. C’est l’espace qui était déjà là qui se reconnaît. Et cette reconnaissance est vécue comme joie.


La joie n’est donc pas l’opposé de la souffrance. Elle est ce qui demeure lorsque la contraction cesse d’être prise pour un centre. Elle n’est pas localisable parce qu’elle n’est pas une chose. Elle est l’espace même dans lequel les sensations, les pensées et les émotions apparaissent et disparaissent.


Peut-être est-ce pour cela qu’il n’y a, au fond, qu’une seule joie. Non pas une joie à atteindre, à provoquer ou à mériter, mais la tonalité naturelle de l’être, toujours déjà là, dès que le bruit de la recherche se tait.