Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

dimanche 1 novembre 2015

Petit rappel au Soi

"Par orgueil je refusais le bonheur de l'amour. Et je subis le châtiment de l'orgueil" (Hallaj)


Avant de faire une expérience, quelle qu'elle soit, il est nécessaire d'être. Pour faire une expérience, comme celles (dans le désordre) de déguster un toast grillé au miel de lavande, tirer un pénalty sous la pluie en finale d'un tournoi de benjamins, donner naissance à un bébé toute seule sur le siège avant de sa voiture, caresser un chat angora ronronnant mélodieusement en son giron, se sentir amoureux pour la première fois, se faire tirer dessus par une kalachnikov à la terrasse d'un café ou se demander après une énième dispute conjugale si la vie vaut la peine d'être vécue, JE dois être présent à cette expérience, JE dois en être conscient, sinon je ne pourrais pas affirmer que je fais ou vis cette expérience.

Je peux affirmer que je suis malheureux, désespéré, chanceux, malchanceux, pas assez comme-ci, trop cela, content, rassuré, ennuyé, ceci ou cela. Bien sûr, mais avant d'être malheureux, triste ou désespéré, chanceux, malchanceux, content, rassuré, ennuyé, ceci ou cela, il faut déjà être ! JE SUIS avant d'être malheureux, désespéré, chanceux ou rassuré.

Avant que vous ne perceviez et lisiez ces lignes vous devez être en train d'être. Non ?


De même, pour que le monde m'apparaisse par le truchement des perceptions et donc des cinq sens, il faut que Je sois présent à ces perceptions, que j'en sois conscient. Je peux affirmer que la vie est merveilleuse ou injuste, que les gens sont surprenants ou bizarres, que l'avenir est rose ou morose, que la planète bleue est belle ou que nous sommes en train de la détruire, mais avant d'expérimenter, d'imaginer ou d'affirmer quoi que ce soit, il faut surtout que Je sois. 
Pour que le corps m'apparaisse en tant que corps, il faut que Je sois présent aux sensations-perceptions et au schéma corporel (pensées) qui l'étiquettent comme corps et me le fassent expérimenter comme tel. Pour que le mental et son flux de pensées soient, Je dois en être conscient. 
Ainsi, lorsque l'on prend quelques instants pour se rappeler à ce qui est évident mais que presque personne ne remarque jamais, il est évident, et ce même pour un enfant de sept ans, que le monde, le corps et le mental apparaissent et disparaissent au sein de cette Présence consciente que Je suis.

En gros - attention on va écrire quelque chose d'inadmissible pour la plupart des gens, bouchez donc vos oreilles ou fermez votre œil unique si cela est trop insupportable à lire et surtout à réaliser pour le moment : 

"Pour que l'Univers soit, il faut que Je sois. JE précède l'Univers."

Réaliser cela n'est rien moins que de s'éveiller à la plénitude absolue d'être la cause ultime de tout ce qui est. Je suis la cause sans cause de tout ce qui est. En général, rares sont les êtres qui osent affirmer ce genre de choses. Car, à y regarder de près, cette sorte d'affirmation semble nous confondre avec quelqu'un d'autre dont on nous a bassiné plus ou moins pendant toute notre vie, quelqu'un de très très éloigné de nous, quelqu'un d'absolument étranger et totalement différent de nous. Quelqu'un dont la demeure est le Ciel et que l'on a affublé du nom de Dieu, mot aux étymologies très diverses selon les langues et qui suscite en général une impression de distance et de séparation absolues. 


Or, réaliser que Je suis l'éternel Maintenant dans lequel tout apparaît et disparaît est l'Éveil à ma Réalité Ultime, immédiate, transcendante et immanente à la fois, paradoxale peut-être, et pourtant, si évidente que personne ou presque n'ose le réaliser. En réalité il n'y a jamais personne qui s'éveille : l'impression même d'être une personne ne fait en réalité qu'apparaître et disparaître au sein de ce Je présent et conscient qui précède toute chose. Ce n'est que lorsque le mirage du sentiment d'être une personne s'éclipse que l'évidence de ne rien être et de tout contenir nous submerge.

Je Suis - Être - est une non-expérience faite par personne. Contrairement à la croyance transparente de 99% des gens, Je n'a pas de caractère individuel ou personnel. Notre véritable Je n'a pas de substrat objectif. C'est un vécu ultime das lequel aucune division n'est ressentie. "Je Suis" sont en réalité deux mots qui pointent vers une réalisation totalement impersonnelle. On pourrait dire qu'Ici, Je et Suis sont en quelque sorte synonymes et pointent tous deux en tant que mots vers le même mystère, le même étonnement d'être. Je qui est en train d'être n'est pas un "je" séparé et enfermé dans un sac de peau à forme humaine, mais l'Être Suprême Lui-même (en personne, lol). La Présence consciente réalise sa propre présence consciente d'être consciente. Toute chose naît et meurt en ce Je. Rien ne peut exister en dehors de Lui.


Ce petit rappel à Soi qui consiste à réaliser que le fait d'être précède tous les attributs et que par conséquent le pur Je Suis, le sentiment étonnant d'être présent et conscient qui est lui-même sans attributs, sans limites, sans dimension, sans couleur, sans forme, sans poids, sans âge, sans mouvement, sans son, sans pensés, sans désir et sans peur, sans problèmes et sans intention, est le Miracle des miracles au cœur de notre Vie. 

Cette reconnaissance sonne le glas de l'identification illusoire avec les attributs (ceci ou cela) et révèle avec force notre véritable identité : Être. Reconnaître que ce que Je suis c'est simplement être, nous fait coïncider avec la Vie elle-même et nous pousse à dire des choses aussi monstrueuses que par exemple, Je suis le Brahman*, Je Suis l'Absolu ou Je Suis la Vie. L'évidence affuble alors soudain mon identité profonde de majuscules. Lorsqu'on demanda à Sri Maharaj Nisargadatta comment il s'éveilla, il répondit que son maître lui avait dit qu'il était l'Absolu et qu'il l'avait cru ! Il disait souvent : "Vous êtes l'Absolu mais vous ne le réalisez pas."


Lorsque Mansour Al-Hallaj, ce merveilleux poète mystique soufi, né vers 857 à Bagdad fut submergé par l'évidence de n'être rien et coïncida avec la Vie, il ne put qu'énoncer cette évidence que par ces mots désormais célèbres : "Ana Al Haqq" : Je suis la Vérité.
Hallaj finit, après 9 ans de procès et de valses hésitations de la part des autorités, par être condamné à mort pour blasphème après d'atroces tortures pour cette parole scandaleuse*.

Ça me rappelle d'ailleurs quelqu'un au sort similaire qui, huit siècles plus tôt énonça : "Je suis le chemin, la vérité, la vie". (Jean 14.6.)

Lorsque vous avez touché en vous même la Vérité la plus profonde de votre être, il n'est plus possible de parler de Dieu de la même manière. Dieu (la Vérité, la vie, l'Absolu) s'est révélé à vous en tant que Vous-même. Ce n'est pas que la personne soit devenue Dieu ce qui serait une véritable hérésie, une folie même, c'est la vague qui se reconnaît comme non séparée de l'Océan, le mirage de la personne ou de la pensée qui soudain se reconnaît comme non séparée du Soi.

Comme nous le dit maître Eckhart (1260-1328) dans son merveilleux poème :

"Ô mon âme !
Sors ! Dieu entre !
enfonce le quelque chose qui est tien dans le rien de Dieu !

Ce vers quoi nous pointons ici, nul besoin de le crier en prime time sur TF1* sous peine d'être condamné pour "Shirk"*. C'est ultime mais intime, comme un secret ouvert qui nous fait signe en permanence et qu'on fait mine d'ignorer. 

La Conscience qui n'a pas pas besoin de porte voix se rappelle à elle-même en son propre Silence.



* Réaliser que "Je suis le Brahman" est l'invitation essentielle des Upanishad et de Shakarasharaya
* Certaines paroles sont risqués à prononcer publiquement. Ils peuvent ébranler la "foi" dans la religion, l'état, le système de croyance collectif, voire égarer certaines personnes nullement préparées à les recevoir (voir attentats de Charlie Hebdo ou du cinéma de St-Michel pour la "Dernière tentation du Christ" et autres...). Ce qu'éprouve un être au cœur de l'expérience la plus intime ne peut être partagé (compris ou/et entendu) par tout le monde. Comme nous le rappelait Desproges, on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui. Ce qui n'a pas empêché Mansûr de sourire lors des supplices atroces qu'il eut à subir avant sa mise à mort. 
Rûmi, le grand poète et mystique soufi nous rappelle que : "Lorsque l'amour de Hallaj pour Dieu fut sans limites... Il dit : "Je suis la Vérité, c'est à dire : Je suis anéanti, Dieu seul rest. C'est là une extrême humilité parce que ce cri signifie : "Lui seul est"... C'est pourquoi Dieu a dit " Je suis La Vérité". Étant donné qu'un autre que lui n'existait pas et que Mansûr était anéanti, ces paroles étaient de Dieu. 

* À une invitation pour l'amener en voiture et parler aux gens d'un village, Nisargadatta Marahaj répondit : "Est-ce que quelqu'un saura comprendre ce genre de discours, ce vers quoi je fais route ? Ce qu'on a fait au Christ on pourrait me le faire aussi, parce que le Christ s'est mis à révéler les faits, la vérité. Comme mon discours se situera au-delà de leur capacité de compréhension, une partie de l'auditoire pourrait être bouleversée et dérangée. Ces gens diront : "À quoi bon, finissons-en avec lui." C'est parce que mon guru (Shri Siddharameshwar Maharaj) me l'a demandé que je fais ceci, que je participe à ces entretiens. quand je serai dans ce village, je devrai parler de Dieu et de la pureté; je dois adopter l'approche de la dévotion. Si je tenais le même genre de discours qu'ici, personne ne pourrait me comprendre." (Extraits du dernier livre d'entretiens "l'Ultime Guérison" avec Nisargadatta, publié chez Almora).

* Identification à Dieu et donc blasphème.

Ce doigt pointe vers ce que vous êtes vraiment dans l'instant : pure vacuité sans forme et sans dimension, transparence consciente d'être consciente, accueillant avec bienveillance le monde, les couleurs, les formes, ce texte et cette photo, l'ordinateur et tout ce qui apparaît... Comme vous pouvez le réaliser dans l'instant la Voie Directe est discrète. Il suffit de regarder dans la bonne direction. Quand le sage pointe la lune, l'idiot regarde le doigt nous dit un proverbe chinois. Il suffit de cesser de regarder le doigt et de réaliser ce vers quoi il pointe... De laisser le doigt et toute forme d'ailleurs nous regarder, et réaliser que nous sommes le sans forme en quoi toute forme apparaît, sans commentaires...


NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype, une thérapie d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, ou une séance de réharmonisation vibratoire, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.

jeudi 8 octobre 2015

Ressentir : 2e partie Pratique 

Jeu de révélation : l'expérience d'être non séparé.


Nota bene : Lisez-vous ceci pour vous sentir plus vivant ou pour trouver une énième théorie sur la vie ?

La condition humaine est de se croire séparée de la vie et par conséquent de se sentir insatisfait, ce qui enclenche automatiquement une quête (consciente ou inconsciente) de complétude. Mais cette recherche de bonheur est justement cela même qui voile la complétude que nous sommes déjà. Tant que nous croyons qu'il nous manque quelque chose maintenant, que nous pourrions nous sentir plus complets, si telle ou telle chose arrivait ou si telle ou telle autre cessait, plus tard et plus loin, c'est que nous prêtons fois à l'idée que la complétude peut-être trouvée à l'extérieur, dans le monde, dans la durée, dans les choses, dans les expériences, dans les situations ou les états de conscience. Cette croyance est validée par une croyance racine que ce que je suis en essence est une entité séparée, identifiée à un corps et à une histoire personnelle, un moi pensant ses pensées et agissant par lui-même, étant doté de libre arbitre et enfermé dans un sac de peau à forme humaine que l'on appelle le corps.
Du fait de cette illusion puissante, l'être humain croit avoir un certain degré de pouvoir et de contrôle. Il passe donc la plupart de son temps à essayer de maîtriser ce qu'il appelle sa vie (la destinée du corps mental) mais également plus généralement son environnement, le monde, l'univers, la Vie. Cette impression de maîtrise vient essentiellement de l'idée erronée que l'on choisit ses pensées. L'humanité dans sa grande majorité partage en effet la croyance que l'activité de penser, même si elle est reconnue comme étant parfois inconsciente et mécanique, peut dans une certaine mesure être maîtrisée par cette entité imaginaire appelée moi. Or le moi séparé n'est en réalité qu'une simple pensée, non reconnue comme telle. Celui qu'on appelle le penseur n'est de fait qu'une simple pensée crue. Une pensée récurrente apparaissant entre toutes autres pensées, créant un puissant effet d'optique et donnant la fausse impression qu'il y a quelque part, caché dans les coulisses, un décideur, un contrôleur ou une instance pensante pensant les pensées.


Il y a donc cette tentative permanente d'améliorer sa vie, ou simplement son histoire personnelle, par une activité de pensée constante. On passe la plupart du temps à imaginer ce qui se passerait si telle ou telle chose advenait, ce que les gens penseraient de nous si nous réussissions ou échouions dans tel domaine. On recompose le passé en la faveur d'un personnage hypothétique qu'on défend comme sa peau et on s'invente un avenir en rose fluo dans un flux incessant de pensées pour maintenir une plus belle image de soi-même et donner un sens rassurant à sa vie. On passe sa vie à cultiver et à protéger ce musée d'archives personnelles en les arrangeant de la façon la plus accommodante et la plus séduisante en fonction des valeurs de chacun. Cette activité constante de création imaginaire à laquelle on s'identifie comme à un film sur l'écran au cinéma ne fait que renforcer l'impression de séparation et la souffrance qui en découle. De plus, tout ce qui est perçu par les 5 sens (le monde et le corps) est immédiatement étiqueté par la pensée et rangé dans des catégories de la pensée. La pensée elle-même, lorsqu'elle apparaît en tant que chose perçue est immédiatement pensée par une autre pensée, c'est à dire comparée, justifiée, condamnée, analysée, définie, soupesée par une activité de pensée qui semble de jamais devoir s'arrêter. Cette surabondance d'arborescences de pensées, ce déploiement incessant du mental semble très vivant, du fait de la densité, de la richesse et de la plasticité du mouvement mental. Et parce que la croyance en la volonté personnelle est très forte chez la plupart des humains, on assiste à une sorte de lutte pour maîtriser les images et le scénario du cinéma intérieur. Plus on parvient en apparence à maîtriser momentanément une pensée ou un ensemble de croyances, plus elles prolifèrent sans que l'on n'y puisse rien, telles les têtes de l'Hydre de Lerne, ce monstre aux têtes multiples qui repoussaient chaque fois qu'une d'entre elles était tranchée.
Tant que l'on est pris dans le piège de la séparation, tant que l'on se prend pour le penseur de ses pensées, tant que l'on croit pouvoir trouver la véritable tranquillité, le bonheur permanent ou se trouver soi-même par le biais de la pensée, l'être humain est comme enfermée dans son propre rêve : Plus il essaie d'en sortir, plus il renforce l'idée que le rêve est réel. Il soigne le mal par le mal et ce cercle vicieux le rend encore plus malade. Il tente alors d'atténuer la souffrance qu'occasionne cette vie passée dans un sempiternel sentiment de séparation, en essayant de trouver une meilleure stratégie par la pensée, par une nouvelle ou par une meilleure idée. Mais le shoot d'adrénaline que provoquent les pensées narcissiques ne dure pas, et ne fait que renforcer le sentiment de séparation à l'origine de la souffrance. Et surtout, rappelons que l'idée qu'une pensée puisse être neuve est un mensonge : une pensée n'est jamais neuve.


L'activité mentale, aussi impressionnante et riche soit-elle, n'est jamais qu'une expression de la mémoire et donc du connu et du passé. Nous sommes donc confrontés à ce paradoxe permanent que de vouloir vivre la vie présente à partir du passé, d'aborder le flux imprévisible, mouvant et sauvage du Vivant avec des conditionnements sages comme des images et des pensées fixes et rancies. Lorsque nous pensons la vie, nous sommes tels des aliénés tentant d'emprisonner l'océan dans leur filet de pêche. Et pourtant, c'est ainsi que vivent les hommes. Ils se sont aliénés dans le filet de pêche de leur propres pensées avec lequel ils tentent désespérément de cueillir et de maîtriser le Vivant.

Comment faire pour sortir de ce cercle vicieux ? Comment faire pour se réveiller de ce rêve qui finit toujours à un moment donné par tourner au cauchemar ? Y a-t-il vraiment quelque chose à faire ? Plus je vais tenter de m'en sortir, plus je vais le faire par le biais de la pensée, par le biais de la mémoire et plus je vais sembler m'éloigner de ce que je cherche vraiment, la Présence. Je suis comme le chat qui s'est emberlificoté dans la pelote de laine. S'il bouge, il s'empêtre davantage. Je suis comme un combattant retranché dans un bunker entouré d'ennemis de toutes parts et qui continue désespérément à chercher une issue par le biais de son imaginaire. Je suis comme un voyageur esseulé et affamé, perdu dans le désert, avec un pied appuyé sur une mine, sachant que si je lève le pied, elle explosera. Je peux toujours tenter de tout imaginer mais à un moment donné, je devrais me rendre à l'évidence que c'est sans solution. De même l'activité pensante peut à un certain moment se rendre compte de sa propre absurdité. Il est possible que la pensée se rende compte elle-même que c'est sa propre activité qui brouille les cartes et semble voiler ce qu'elle cherche en vérité, la tranquillité du Soi, la Complétude, le Silence.

À un moment donné, il est possible de reconnaître notre fantasme de toute puissance. Il est temps de regarder nos histoires comme de simples histoires, de réaliser à quel point nous sommes prétentieux en croyant pouvoir enfermer la vie dans des pensées. L'invitation essentielle de la vie c'est finalement de reconnaître la totale impuissance de la personne. L'invitation de la vie c'est toujours de s'abandonner entièrement à elle sans chercher à se le représenter et à le traduire en mots ou en images. C'est une invitation douce, tendre, amoureuse et présente à chaque instant de notre vie. Mais nous ne voulons pas le voir. La personne tente toujours d'atteindre par elle-même cet amour qu'elle ne peut qu'imaginer, se contractant toujours davantage vers un ailleurs et un plus tard, retardant l'inéluctable, jusqu'au moment où la tension est trop grande pour ne pas être ressentie. C'est à ce moment qu'il y a lâcher prise sans personne pour lâcher prise.


Quelle est la différence entre l'amour et la pensée de l'amour, entre un vrai baiser et un baiser imaginaire, entre un regard sans intention, percevant le monde comme pour la première fois et un regard scrutateur cherchant à savoir ce que l'autre pense en vue d'obtenir quelque chose ? Allons soyons honnêtes. N'est il pas évident que nous souffrons de penser la vie plutôt que de sentir la vie ?

N'est-il pas évident que notre souffrance vient du fait que nous avons oublié de ressentir de façon directe et de voir le monde dans l'intensité de l'instant ? Lorsque l'on pense sa vie plus qu'on ne la ressent, on se sent seul et séparé. C'est de là que naissent la souffrance et la dépression. On se sent étranger à sa vie comme rejeté de la vie. Il est donc vital de renouer avec le ressenti de l'expérience directe.

Notez à quel point lorsque l'on met l'attention sur quelque chose on le fait au travers de la pensée. Et voyez que lorsqu'on pense quelque chose on s’en sépare. Cela crée immédiatement une sorte de tension dans le corps. C'est automatique. C'est peut être subtil mais c'est toujours ainsi même si ce n'est pas remarqué par manque de sensibilité. Dés qu'il y a de l'intentionnalité dans l'acte d'attention, il y a une forme de tension corporelle. Il est important de devenir très attentif pour explorer de façon tactile les tensions dans le corps et devenir familier avec ce processus. Car nous sommes tout le temps en train de nous séparer de nos expériences. En pensant nos expériences plutôt qu'en les ressentant. 



Lorsque nous ressentons, il n'y a plus personne pour sentir. Il y a juste être, ressenti sans commentaires, pure expérience non-duelle. Lorsque vous cessez de prétendre savoir ce qui est juste ou faux, bien ou mal, vous ressentez. Lorsque vous cessez de demander quelque chose aux autres, à la société, à la vie, que reste-il ? Tous les mots et concepts sont caduques pour désigner ce qui demeure lorsque nous cessons de prétendre être ceci ou cela. Lorsque nous cessons de prétendre avoir un corps, un passé, un âge, un métier, une famille, être comme-ci ou comme-ça, pas assez comme-ci ou trop comme ça, que reste-il ? Mystère, incandescente beauté du mystère d'être. Ressentir, Voir, Être se passe de pensées. Les pensées naissent et meurent dans l'espace de non savoir du ressenti.

Alors l'invitation de la vie c'est de ressentir, tout ressentir. Car au final, il n'y a que ça, et nous sommes ici dans cette vie que pour ça, uniquement pour ça. C'est le sens profond, le sens sans direction de la Vie elle-même. La preuve : lorsque vous ressentez, vous réalisez que vous êtes ce que vous cherchez, le sentiment de séparation s'éclipse et la plénitude que vous êtes se dévoile pleinement, vous ne cherchez plus rien, vous réalisez que vous êtes la complétude, vous êtes la Vie même.

 De fait, le ressenti a lieu à chaque instant. Mais il est recouvert par la fabrication mentale qui se surimpose dessus à postériori mais de façon si rapide qu'une attention ordinaire ne suffit pas pour s'en rendre compte. Voir voit avant que la pensée "je vois" surgisse dans le champs de la Conscience. Il n'y a donc rien à faire à proprement parler, car le faire en est toujours devant nous, la pensée arrive toujours trop tard, elle est toujours en trop et comme à côté. Elle manque constamment sa cible. Il y a juste à réaliser que l'espace du ressentir, le fait d'être conscient d'être conscient est déjà là depuis toujours puis, à laisser la pensée qui surgit, être active dans l'espace de non savoir dont elle est issue. Faire une expérience d'absorption dans la Présence que vous êtes déjà ne requiert aucun effort. Il suffit de le réaliser. C'est pour cela que l'on parle de réalisation.


Pour se réveiller du rêve de la séparation je vous propose de jouer à un jeu de révélation* d'une simplicité confondante basé sur le ressenti silence sans commentaires.

Instructions :

Asseyez-vous dans un lieu confortable.

A) Mettez l'attention sur ce qui apparaît dans le champs de la Conscience. Soyez conscient de ce que vous ressentez maintenant, quel que soit la nature de ce ressenti. Positif ou négatif, agréable désagréable, intense ou neutre.
Puis, notez votre inclination à vous en séparer, à l'étiqueter, le comparer, le contrôler, le juger, le justifier, le condamner, l'analyser, l'expliquer, le comprendre. Voyez comment vous essayez immédiatement de traduire le ressenti silence en mots, en pensées, en concepts et éventuellement de le changer ou de le refuser s'il est perçu comme désagréable.

B) Maintenant, je vous propose d'expérimenter l'unité avec cela. Ressentez ce que cela fait que d'être tout ce qui apparaît en vous dans l'instant ? Ressentez-le, sans commentaires. Vingt à trente secondes passent. Ceci est juste une indication. En réalité, le ressenti est hors du temps. Vous n'expérimentez le temps que lorsque vous pensez. Et le ressenti est sans pensées.

A) Un nouvel état surgit. Complètement neuf, jamais encore expérimenté. Des sensations nouvelles, des images, des pensées, des sons, des odeurs, des émotions apparaissent dans le champ de votre conscience.

B) Ressentez ce que cela fait que d'expérimenter l'unité avec cet état de conscience, avec ce son, cette sensation, avec cette douleur, avec ce doute, avec cette pensée...Vingt à trente secondes passent. 

A) Puis vient un autre état, totalement nouveau et inattendu. Remarquez ce qui est présent à vous dans l'instant en termes de pensées et de perceptions.

B) Ressentez maintenant ce que cela fait que d'être cela. Ressentez juste ce que l’on ressent lorsqu’on fait l’expérience d’être Un avec tout cela qui apparaît en vous. 

Et vous continuez à alterner A et B, le constat de ce qui apparaît dans le champs de votre conscience à un moment t, puis le ressenti silence d'être Un avec ça. 

Persistez pour le plaisir du jeu et de la découverte. Explorez en sachant qu'il n'y rien à gagner parce que vous êtes déjà tout, et qu'il n'y a rien à perdre non plus parce qu'en même temps vous n'êtes rien. Jouez sans peur et sans désir. Sans chercher à comprendre. Une décantation alchimique se fait en douceur. Le plomb se transforme en or. Un miracle a lieu. Un miracle très ordinaire en réalité. L'extraordinaire toujours se donne à voir dans les choses les plus ordinaires. Toutes les tensions, les doutes, les pensées, les émotions, la confusion, le stress, les sons, les sensations, les odeurs, toutes les perceptions se résorbent naturellement en Vous, leur source. Vous, en tant que cette Présence sans dimension et sans forme dans laquelle ils naissent et meurent. Une plénitude non pensable se révèle, un sentiment de complétude et de tranquillité absolue se vivent, sans personne pour les vivre. Ce que vous êtes, pure Présence consciente se révèle avec une évidence que les mots ici ou ailleurs sont impuissants à formuler. Dés que vous essayez de penser à cela, d'en faire une formule magique pour aller mieux, vous créez à nouveau la dualité, en pensant la vie plutôt qu'en la ressentant (A). L'invitation de la vie est alors de revenir à B. Ce jeu ne fait que révéler ce que vous êtes déjà, Conscience. Le jeu pointe simplement vers un secret déjà ouvert. Ce jeu ne fait que révéler qu'il n'y a personne qui ressent, pense ou résiste mais que vous êtes la Vie Une au travers des multiples manifestations et expériences. Tôt ou tard vous finissez par réaliser que vous êtes cet espace de non savoir où toute expérience est vécue.


NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype, une thérapie d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, ou une séance de réharmonisation vibratoire, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.



Un jeu de révélation n'est pas une pratique en vue de devenir autre chose que ce que nous sommes ou pour changer quelque chose. Un jeu de révélation est un jeu qui dissout les fausses croyances pour dévoiler ce qui est déjà là et nous plonger dans l'espace de non savoir où tout est pur ressenti non duel. Un tel jeu a la même fonction que les réponses d'un enseignant en Satsang ou qu'une investigation du Soi (Self inquiry). Simplement vous pouvez y jouer entre amis ou tout seul.  Un jeu de révélation a une fonction de révélation de qui nous sommes vraiment. 

vendredi 25 septembre 2015

"Bénissons ce flambeau"

"Bénissons ce flambeau"


 Tel l'éphémère qui cherche la lumière de la flamme dans la nuit, l'apparent moi séparé désire la seule chose qu'il ne pourra jamais obtenir : la complétude.

L'apparent moi séparé souffre d'un manque qu'il croit par ignorance pouvoir combler au travers d'un but qui sera atteint plus tard et ailleurs alors qu'il est lui-même la cause de la souffrance.
Tel l'éphémère tournoyant inlassablement autour de sa flamme, l'apparent moi séparé finit par reconnaître l'inanité de ses envols vers des objets de satisfaction toujours provisoires. Dans cette reconnaissance le sujet et l'objet se consument pour laisser place à l'incandescence d'être.

Lorsque le papillon de nuit épuisé par son désir paradoxal, finit par frôler la flamme et s'enflammer, il devient ce qu'il cherchait.

Dans son merveilleux poème "Hymne à la beauté", Baudelaire nous dit :

"L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,

Crépite, flambe et dit: Bénissons ce flambeau!"


De même, le mirage de la personne et le sentiment de séparation se dissolvent dés qu'il y a reconnaissance de l'impuissance absolue à obtenir ou atteindre la complétude par quelque savoir objectif, moyen, pratique, ou effort que ce soit.


L'invitation* Ici est d'explorer de façon directe tout ce que vous croyez savoir et, notamment, ce savoir qui semble avoir le pouvoir de combler le manque, ce savoir insidieux qui paraît valider la croyance que tout ira mieux lorsque telle ou telle chose adviendra.

Lorsque la recherche est vue comme une illusion, elle cesse instantanément. S'entrouvre alors immédiatement un espace sans bornes de non savoir. 

Lorsqu'un "je ne sais pas" sincère se manifeste, tout s'ouvre. Instantanément.
Lorsque l'on prétend savoir, tout se ferme. Instantanément.

C'est du même ordre que la différence entre penser la vie et ressentir la vie. Lorsque vous pensez la vie, vous vous séparez en apparence de l'expérience présente et vous vibrez dans le mode sans saveur des étiquettes et des traductions. Lorsque vous ressentez la vie, vous faites l'expérience directement, sans filtrage. Vous ne pouvez pas ressentir et penser en même temps. C'est soit l'Un soit l'autre. Le Ressenti silence est toujours non-duel.

Et qu'y a-t-il de plus beau que de faire une expérience et la goûter pleinement, être pleinement l'expérience, vivre en pleine conscience d'instant en instant ? N'est-ce pas cela le sens profond de la vie ? Le sens sans sens de l'Être épousant tous les sens à la fois ? Se reconnaître comme la Source de tout ce qui est, et en même temps, être chaque manifestation de cette Source ? Où y a-t-il la moindre manque, la moindre plainte, la plus infime volonté personnelle de quoi que ce soit dans cette ultime reconnaissance ?


En tant que Présence impersonnelle, nous vivons chaque expérience, chaque situation, chaque émotion, comme une expression de notre vraie nature. Toute perception ravive la flamme de l'attention. Simplement laisser cette flamme consumer nos faux savoirs, nos blindages de pacotille, nos petits et mesquins imaginaires.

Je désire tout ce qui est, car je sais que faire pleinement l'expérience de ce qui se présente, quelle que soit cette expérience, nous ramène inexorablement dans le feu incandescent de la Présence que nous sommes. Je sais que chaque évènement, aussi désagréable, violent, triste ou difficile en apparence, est une bûche pour intensifier le feu de la Présence que Je suis en réalité. Tout me ramène au feu de joie de la Présence d'être. Lorsque je me sais être ce Grand Bûcher d'Amour, toutes les formes sont accueillies dans le brasier du Soi.


L'Inconnaissance est l'humilité et votre 'intimité profonde. Vivez à partir du "je ne sais pas" qui embrase et embrasse tous les savoirs. L'Inconnaissance est la Connaissance Suprême.

Tel est le secret ouvert.

"Là il n'y a qu'ordre et beauté, émerveillement calme et plénitude." 

Tel l'éphémère ébloui, volez à tire-d'aile vers les flammes de chaque expérience en chantant :

"Bénissons ce flambeau"

NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

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lundi 21 septembre 2015

Rien ne me manque jamais ici et maintenant


Ce n'est jamais la personne qui soudainement, ayant atteint un nouveau palier de sagesse, expérimente soudainement plus ni peurs, ni désirs. La personne manquera toujours de quelque chose. Son essence est le manque. Le corps lui aussi connaît inéluctablement le manque.
La personne est l'étiquette que l'on donne communément à un organisme corps-mental, avec son caractère, son histoire, ses conditionnements et ses préférences particulières.
Prenez le temps de constater que ce que l'on appelle la personne est toujours une deuxième ou une troisième personne. Elle est toujours là-bas, dans mon champs de vision, dans mon imaginaire. Elle apparaît et disparaît d'instant en instant sous forme de sensation, d'émotion ou de pensées ou d'un flux complexe constitué d'un mélange de mémoires qui ne sont encore et toujours que de simples perceptions. La personne est toujours perçue. Et ce qui est perçu n'a pas de réalité en soi. Est-ce que ce qui est perçu est conscient, vivant, présent ? Non, c'est évident n'est-ce pas ?
La personne est impermanente et n'existe pas en tant qu'entité séparée. Si l'on observe avec une attention impersonnelle, on réalise que la personne n'est qu'une étiquette posée sur une activité constante, sur un flux de pensées. Et cette soi disant personne ne subsiste justement que tant que l'identification à cette activité galopante est prise pour réelle.
Depuis notre plus jeune âge nous avons été conditionnés pour fonctionner comme un penseur et un agissant, auteur personnel de nos actions et acteur de notre vie. Nous avons simplement imité notre famille et notre environnement qui fonctionnaient de la même façon. En agitant de façon plus ou moins subtile la méthode de la carotte et du bâton au cours de nos apprentissages, l'idée d'être une entité séparée, dotée de libre arbitre s'est imposé progressivement à tous nos niveaux d'existence.
Or tout mensonge, toute illusion a toujours un prix. Quel est le prix à payer de l'identification à cette activité pensante ? Le sentiment de manque. La croyance que les choses iront mieux lorsque telle chose cessera ou telle autre adviendra. Le sentiment de manque renforce l'illusion du besoin que la personne fasse des efforts pour se sortir de ce manque et la croyance en un moi séparé pensant ses pensées et dotée de libre arbitre continue à créer l'illusion du manque. Cercle parfait et éminemment vicieux de ce qu'on nomme avec une certaine pesanteur la condition humaine.


Ainsi lorsque je dis "je ne manque de rien", ce Je ne fait pas référence à la personne là-bas, dans le miroir, dans l'album photo, dans le regard des autres ou apparaissant simplement sur l'écran du dedans comme imaginaire.
Le "je" qui ne manque jamais de rien est le véritable sujet. Le sujet à la première personne. Le Je de la Vacuité consciente. Celui que Je suis et que, par inattention je ne remarque presque jamais. En effet, la Première personne, ce Je que je suis vraiment n'est pas du tout de la même nature que les 2eme et 3eme personnes que je perçois là-bas. Constatez simplement qu'en ce moment, les lignes que vous lisez sont perçues depuis une ouverture sans forme, consciente et transparente, au-dessus de vos épaules et que le visage que vous voyez là-bas (sur la photo) est perçu une absence de visage ici comme le suggère le doigt qui pointe vers cet espace sans forme, sans couleur et sans âge dans lequel en ce moment toute couleur apparaît et disparaît.


De façon très concrète et expérientielle, ainsi que nous le font découvrir les expériences de la Vision Sans Tête de Douglas Harding, les 2eme et 3eme personnes apparaissent au sein de l'espace transparent, sans dimension, sans limites et conscient d'être conscient au-dessus de mes épaules. Cet espace vacant et conscient a toujours été là. Il est plus proche de moi que ma veine jugulaire comme le dit un verset du Coran. Nous l'avons simplement ignoré, obsédés que nous étions par les perceptions et les formes et pris dans les rets de ce mécanisme automatique de séparation illusoire entre un sujet imaginaire (un "je" en tant que corps-mental) et un objet (l'autre) tout autant imaginaire. On n'a jamais été face à face ! Dans la réalité de l'expérience présente, Je suis toujours espace ouvert et conscient (ici) à face (là-bas). Lorsque ceci est pleinement reconnu, la dualité d'un sujet et d'un objet s'effacent, et la plénitude de l'Un qui semblait perdue se révèle à nouveau en deçà du connu dans un espace de non savoir.


Je ne ne se connaît pas lui-même en tant qu'objet limité ayant un âge, une forme, une couleur, un nom, une histoire ou quelque attribut que ce soit.
Pourtant, Je se reconnaît lui-même. Il ne connaît que lui-même. Mais pas par le biais des concepts ou des pensées qui ne sont que des mémoires et donc du passé. Par quel miracle alors ? En étant ce qu'il est. Je se reconnaît lui-même comme Présence consciente en réalisant qu'il est en train d'être.
Lorsque dans la bible, Moïse (Exode 3.14) demande à la Présence dire qui elle est, la Présence répond : "Je suis ce que Je suis". En effet au plus profond de nous-mêmes nous nous savons être à chaque instant. Et dés que ce questionnement surgit dans notre vie, l'évidence d'être s'impose en conscience. Je sais que je suis en train d'être maintenant. Et lorsque je dis que "Je ne manque jamais de rien" c'est ma nature de Présence consciente, ce Je conscient d'être en train d'être, qui réalise l'absence de manque, de besoins ou de désirs. 


Lorsque "je suis connecté à l'instant présent", c'est à dire lorsque je réalise en conscience que je suis l'Éternel Maintenant, je n'ai besoin de rien, car je reconnais que je ne suis rien. Rien d'objectif, rien de limité, rien de coloré, rien de définissable, rien qui ne puisse être comparé, rien qui ne puisse être affecté par la peur ou le désir, rien qui ne puisse être atteint ou perdu.

Ce rien que Je suis est pur accueil, un grand oui à tout ce qui est. Je suis la transparence dans laquelle les couleurs vibrent. Je suis le silence dans lequel les sons résonnent. Je suis l'espace d'accueil de toutes les sensations, émotions, odeurs, saveurs et pensées. Et parce que Je suis, Tout peut être. Sans ce que Je suis en tant que vide conscient, l'univers même ne pourrait être. Réaliser cela nous ramène toujours au mystère, au silence, au pur émerveillement d'être.


Tout vibre au sein de, traverse et comble le rien que Je suis. Ce rien que je suis est vide comme l'espace qui accueille les objets, les êtres, les situations, les mondes, les univers. Mais l'espace physique n'est pas conscient alors que ce que Je suis est un Rien conscient, habité, vivant et vibrant d'amour. Le Rien et le Tout sont Un et dansent depuis toujours la danse amoureuse de la vie. Comprenant profondément que je suis ce rien de sagesse et ce tout d'amour comme le disait Sri Maharaj Nisargadatta, forme et Sans Forme, matière et Esprit, plein et Vide, tout m'emplit et me comble et rien ne me manque jamais.


Pour manquer de quelque chose, il faut que j'oublie qui je suis en réalité. Il faut que je fasse l'effort de m'imaginer être comme les 3eme personne que je vois là-bas. Avec un visage, un corps, une histoire, une forme, des besoins, des attentes et des préférences. Il faut que je me mette à croire que je suis ici ce que les autres paraissent être là-bas : un moi séparé doté de libre arbitre et d'une multitude d'histoires et d'identités à promouvoir, à dissimuler, à défendre ou à maintenir. Il faut que je m'identifie à une histoire personnelle et à une trajectoire particulière, que je me pense inexorablement lié au corps et au mental, au temps et à l'espace. Il faut pour cela que je redevienne inattentif, que j'oublie qui je suis, que je fasse un effort d'imagination extraordinaire pour devenir autre chose que je ne suis en réalité. Il faut que je croie à nouveau que je suis vraiment le masque individuel et social et prenne au sérieux mon rôle c'est à dire que je m'oublie complètement dans le rôle, que je me réduise à une carte de visite, à un Curriculum vitae, à un ensemble d'histoires, à une forme définie et définitive.


Or, quand ce mécanisme a été pleinement vu, compris et réalisé, ce genre d'efforts est désormais au-delà de mes capacités. Je peux encore mettre des masques de circonstance pour ne pas choquer voisins, parents et amis. Je peux revêtir un certain costume pour ne pas mettre dans l'embarras l'administration et ne pas être embarqué inutilement par la police ou le service des urgences psychiatriques. Mais je ne peux plus revenir à la croyance qu'il me manque quelque chose. C'est trop d'efforts que de croire cela. "Je" n'y crois plus. Je sais qu'il n'est pas ça, ni ceci ni cela (le neti neti de de la tradition de l'Advaïta traditionnel). Je, en tant que Présence consciente joue tous les rôles en permanence, pourquoi faudrait-il alors que je m'approprie un désir plutôt qu'un autre, que je sois plus sérieux à propos d'un seul des masques puisque tous me vont à la perfection ?


Ici et Maintenant Je réalise que Je se réfère à la Présence consciente en laquelle tout apparaît et disparaît. Et encore Présence consciente n'est qu'un concept pointant vers l'indicible Silence que Je suis, l'éternel et insaisisssable Maintenant.

Sur un plan profond, tout ce qui arrive n'arrive pas à quelqu'un, à une personne, à une sorte d'entité centrale avec ses désirs et ses peurs personnelles, ses espoirs, ses rêves, ses angoisses et ses regrets. Ce n'est que par ignorance qu'il semble que cela soit ainsi. Enquêtez, explorez la nature de ce que vous appelez la réalité, examinez vous avec une attention impersonnelle, sans commentaires, et découvrez que le moi séparé n'a aucune réalité. Tout arrive toujours au sein de la Présence consciente. Rien ne m'est jamais arrivé, même si j'y ai cru. Tout arrive en moi, en tant que Présence consciente. Rien n'est jamais arrivé à une personne. C'est juste une façon de parler pour désigner des évènements arrivant à un organisme corps mental.
Tout ce qui est, me fait déborder (moi en tant que Présence consciente) de plénitude. En réalité, Je déborde de Lui-même et se reconnait en chaque chose. La conscience est remplie à ras bord d'elle-même.
C'est pour cela que quelle que soit l'expérience, je dis comme Nietzsche qui emprunta cette phrase aux sceptiques : Amor Fati ! Ce qui sur un plan profond signifie aimer ce qui est. Et ce n'est pas là une injonction morale faite à la personne, mais bien la reconnaissance que ce que nous sommes déjà, Présence Consciente, simple regard impersonnel, en amont des pensées et des perceptions, a déjà permis tout ce qui est et l'aime d'un amour inconditionnel, sans cause et sans but, simplement parce que c'est.


Avant même l'apparition de l'histoire personnelle et du monde, en amont des pensées et des perceptions est la nature non duelle de la perception et du regard désencombré.
Lorsque vous percevez, d'un regard sans référence et sans intentionnalité, ce qui est perçu est naturellement beau. Non pas que l'objet soit beau en soi mais beau, émouvant, étonnant, émerveillant en tant qu'il se réfère à la beauté du regard impersonnel que vous n'avez jamais cessé d'être.  Alors la beauté se vit autant dans une naissance qu'auprès d'un cadavre, dans le visage d'un être aimé que celui d'un agresseur, dans une œuvre d'art que dans un mégot de cigarette écrasé dans le caniveau. La nature même de la perception est amour, quoique vous perceviez. 
Réalisant cela, non seulement j'aime intensément ce qui arrive mais je le revendique comme la vie se revendiquant elle-même dans toutes ses expressions. C'est le contraire du fatalisme. Se découvrir comme pur espace de conscience, sans forme et sans limites est la liberté ultime. Il n'y a plus de recherche d'être libre dans les choses, les expériences, les situations, car on est libre des choses , des expériences et des situations elles-mêmes. Le regard est libre de ce qu'il perçoit comme Je suis libre de ce qui émerge, vibrionne et se manifeste en moi et me traverse. Redécouvrir que Je ne manque jamais de rien ici et maintenant est la plénitude.


NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype, une thérapie d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, ou une séance de réharmonisation vibratoire, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.

vendredi 10 juillet 2015


 Reconnaissance et renaissance


Réaliser ce que je suis est une reconnaissance en un mot comme en trois : Re Co Naissance.

Naître à nouveau c'est naître à nouveau dans l'Instant, dans l'éternel Maintenant, naître en tant que l'éternel Maintenant, réaliser la parfaite identité impersonnelle entre Je et Maintenant, reconnaître que je suis la Présence éternelle, le Je Suis. C'est également naître avec tout ce qui apparaît en moi, les pensées (le mental), les sensations et les émotions (le corps) et les perceptions par le truchement des cinq sens (le monde) et réaliser que tout ceci apparaît et disparaît non seulement en moi mais en tant que moi : Tat tvam asi, le Tu es Cela de la Chandogya Upanishad. Ce qui veut dire que sans la Présence consciente que je suis, il n'y aurait pas d'univers !


Le lieu de cette reconnaissance est le lieu sans lieu du silencieux "je ne sais pas" où affleure l'étonnement qui toujours culmine dans l'émerveillement d'être. Lorsque qu'il est réalisé que la pensée est incapable à saisir ce par quoi la pensée pense, lorsque toute recherche est vue comme un éloignement, lorsqu'il y a une totale soumission à ce qui est, lorsqu'il n'y plus le moindre espoir, lorsqu'il n'y a plus d'issue dans un ailleurs ou un devenir quelconque, lorsqu'il est vu que la vie n'a pas de sens particulier, c'est l'impuissance même qui devient le lieu de la reconnaissance et de la renaissance, le non-savoir qui devient le lieu de l'innocence du véritable savoir : Être.

Il n'y a personne qui naît ou meurt. Cette mort n'est en réalité que la fin de l'appropriation de la vie, de l'idée que ceci est "ma" vie. Ce qui meurt c'est le superflu, une particule superfétatoire, le déterminant possessif. Il y a juste une cessation d'identification du Je avec la destinée du corps mental. Il y a reconnaissance de ce que je suis lorsque j'arrête de prétendre être autre chose que ce que je suis : Présence consciente. 

"Vous devez mourir avant de mourir" dit une parole de la sagesse soufie : salla llah 'alayhi wa salam. "Vous devez perdre votre vie avant de la sauver" disait Jésus. 

Renaître c'est reconnaître que je n'ai pas une vie, 
                                                                     que ceci n'est pas ma vie 
                                                                                                             mais que je suis la vie.

NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com


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mardi 7 juillet 2015

Le non savoir est notre véritable nature


Le non-savoir est notre véritable nature. Quel que soit notre niveau d’intelligence, d’érudition, de compréhension, de maturité, de savoir ou d’ignorance, de sagesse ou de crétinerie, tous les savoirs relatifs (le mental), le corps (sensations, émotions) et les perceptions (le monde) émergent dans cet espace de non-savoir pour y retourner.

Si cela n’est pas évident pour vous, il vous suffit de remettre en question n’importe quel savoir que vous prétendez avoir dans l’instant en vous posant la question "pourquoi". Et si une réponse est fournie par le mental de la questionner à nouveau : "pourquoi ?" Et ainsi de suite. Au bout d’un moment, si cette exploration directe est menée avec sincérité, elle vous mènera à un inéluctable « je ne sais pas".

Toute souffrance ou sentiment de séparation sont basés sur une prétention à savoir. Une prétention à savoir ce qui juste ou injuste, bien ou mal, beau ou laid, profond ou superficiel. Lorsque la vie est vécue à partir d’un ensemble de savoirs transparents (croyances dont on n’a pas conscience mais qui filtrent notre perception de la réalité en la distordant), alors il y a une forme de résistance à ce qui est, générant un sentiment de séparation et de souffrance.


Croire que « je sais » génère toujours de la souffrance car ce pseudo savoir n’est qu’une sorte de sécurisation affective. Dés qu'une pensée fausse est crue, il y a une sorte de tension dans le corps. La plupart des gens ne font pas du tout le lien entre prétention à savoir et la souffrance éprouvée. Cela nécessite une grande honnêteté et une belle sensibilité pour que cela soit vu, senti et complètement réalisé. D'où l'importance de l'approche corporelle et l'invitation au ressenti. Mais l'émotion ne se déploie jamais complètement dans une écoute orientée. C'est seulement lorsque nous avouons notre impuissance à savoir le pourquoi du pourquoi que l'émotion peut se défroisser en toute liberté. Chaque fois qu'une tension psycho-corporelle est perçue, il suffit de l'explorer jusqu'au bout par un questionnement radical, c'est à dire mener l'investigation en cascade par des "pourquoi" incessants jusqu'à l'inévitable "je ne sais pas". L'arborescence apparente des savoirs, remontée à contre courant, dévoile à sa racine une humble inconnaissance. Le pseudo savoir qui agit comme une résistance se dissout et si une émotion était retenue (ce qui est souvent le cas) se déploie enfin librement. Alors se révèle avec encore plus d'évidence la plénitude que nous sommes et n'avons jamais cessé d'être. 

Avoir et plus que ça, ressentir que « je ne sais pas » est docte ignorance comme le disait Socrate. C'est à partir de cet espace de non-savoir que commence le véritable geste philosophique et spirituel qui est le retournement de l'attention sur la source même de l'attention, où plus exactement la reconnaissance par la Conscience de sa propre nature de Conscience consciente d'être consciente. C'est dans ce non-savoir que l'on peut "aimer la sagesse" (sens étymologique du mot philosophie) et reconnaître la sagesse que l'on est en amont des pensées et des perceptions. C’est paradoxalement dans le non-savoir que le savoir véritable se révèle : l’évidence d’être. L’espace de non-savoir partage les mêmes caractéristiques que l’évidence d’être conscient d’être conscient. L’évidence du « Je suis » se révèle uniquement lorsque je réalise que je ne suis ni ceci ni cela, lorsque je cesse de vouloir me connaître comme une chose et que je réalise que je suis une non-chose, « nothing », c’est à dire rien. Connaître « Je suis » n’est pas connaître les caractéristiques de « Je suis », c’est faire l’expérience d’être conscient. C'est être. Personne ne fait cette expérience. La Conscience est consciente d’elle-même. Le non-savoir se sait lui-même comme l’Alpha et l’Oméga comme le soleil s’auto-éclaire de sa propre lumière. « Je suis » reconnaît « Je suis » comme le non-savoir se reconnaît lui-même comme étant l'espace de tous les possibles.


L’espace de non-savoir n’a ni début ni fin. Il n’est localisé nulle part mais tout est localisé en lui. Son siège est Ici qui contient l’espace et Maintenant dans lequel se déploie l’imaginaire d’un temps linéaire. Sa beauté vient du fait qu’il est tout simplement sans efforts. Il n’est conditionné par rien et il est sans cause. Il est sa propre cause. Le non-savoir n’a pas son contraire dans le savoir. Il est au delà du savoir et de l’ignorance. Toutes nos prétentions et nos contractions psycho-corporelles sont vues depuis cet espace de non-savoir. Quand nous réalisons à quel point nous faisons sans cesse « comme si », combien nous nous prenons pour un corps, un visage, un masque, une histoire, un scénario, alors se révèle l’intimité de cet espace de non-savoir. Cet espace d’humilité sans personne dissout toutes nos prétentions, tous nos scénarios, nos attentes, nos ambitions, nos demandes, nos espoirs. On ne peut pas le penser, la pensée émerge et se fond en lui. Rien ne peut s’y accrocher et pourtant tout naît et meurt en lui. L’espace de non-savoir est totalement libre, sans centre, sans pilote, sans auteur. L’espace de non-savoir n’a ni intérieur ni extérieur. Nous ne pouvons pas le circonscrire ou le connaître comme un objet de connaissance, mais au plus intime de nous-mêmes nous nous savons être Cela. Nous l'avons toujours su. C’est un ressenti, un pur étonnement, un émerveillement. Dans l’espace de non-savoir il y a une paix non dépendante de la paix ou de la guerre relatives, une joie d’être sans objet, sans direction, sans intentionnalité qui est pure acceptation. L’espace de non-savoir est le mystère de l’Être qui dit Oui à tout ce qui est. Il n’a pas de teneur psychologique ou de volonté personnelle. Il est entier, plein de lui-même, sans désir et sans peur. Le non-savoir est la Méditation ultime.


Le non-savoir précède toute créativité, toute pensée, toute expérience. Le non-savoir est pure écoute, pur accueil inconditionnel de ce qui se présente en Lui. L’espace de non-savoir ne refuse rien. Il est amour inconditionnel. Il est le silence de l’Être. Il ne peut être affecté par aucune expérience. Il est libre de tout ce qui en lui va et vient. Mais Lui ne va pas et ne vient pas. Il ne change pas, il n'évolue pas. Il est immuable.

Il est toujours présent. : Il est omniprésent. Il ne dépend de rien et en l'explorant directement on réalise que tout émerge et se dissout en lui : Il est omnipotent. Tout savoir, objet, expérience dépendent de lui pour être connus mais lui seul se connaît lui-même : Il est omniscient

Le non-savoir est le savoir Ultime. L'éveil c'est réaliser et ressentir que je ne suis pas le corps-mental et aucune des définitions que j'ai de moi-même, que je ne suis pas une entité séparé, ni l'auteur des expériences, pensées, actions, émotions, sensations, perceptions qui me traversent. Je suis cet espace de non savoir, silencieux, conscient d'être conscient, omniprésent, omnipotent, omniscient.


 Je ne peux ni l'atteindre ni le perdre. Il se révèle dés que je cesse de prétendre vouloir que les choses soient différentes de ce qu'elles sont, dés que je cesse de prétendre être quelqu'un et que sincèrement je réalise ne rien savoir. Notre être véritable brille dans l’innocence du « je ne sais pas. »

Lorsque je réalise que ne sais pas et que je n’ai jamais rien su, qu’il n’y a pas de temps mais seulement un unique et éternel Maintenant, alors je réalise que je ne suis rien. La vie n’est que pur ressenti, sans personne qui ressent. Le Tout se déploie avec aisance dans ce rien. L’Être danse en l’Être, et la vie devient pure célébration de cette danse de l’Un se manifestant et se reconnaissant en toutes choses. 

NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

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