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Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

lundi 1 juin 2026

L’inconnu n’apparait jamais dans l’inconnu

 


L’une des plus grandes différences de fonctionnement entre le sentiment d’être un individu séparé et la reconnaissance de notre nature profonde apparaît souvent dans notre façon de rencontrer l’inconnu. Lorsqu’une situation inattendue apparaît, quelque chose en nous se met souvent immédiatement à anticiper, calculer, contrôler, chercher une issue ou imaginer le pire. C’est profondément humain. Le problème n’est pas ce réflexe en lui-même. Le problème apparaît lorsque ce réflexe devient notre seule façon d’habiter la vie.

Si tu prends le temps d’observer ton propre fonctionnement tu peux voir que dès que l’inconnu arrive, le corps se tend. Les épaules montent, la respiration se raccourcit, le ventre se resserre. Il y a déjà une sorte de lutte contre ce qui n’est même pas encore arrivé.

Mais dans l’expérience directe, quelque chose d’étonnant peut être observé. L’inconnu n’apparaît jamais dans l’inconnu. Il apparaît toujours ici, dans la conscience présente, maintenant. Et, lorsque l’attention cesse un instant de suivre automatiquement les scénarios intérieurs, il devient possible de regarder autrement. Où est exactement le danger avant la pensée qui le raconte ? Où est le sentiment de manque avant la mémoire et l’anticipation ?

Une grande partie de notre souffrance quotidienne vient de cette habitude presque transparente de nous reposer exclusivement sur le sentiment d’être un moi séparé pour trouver des solutions. Alors la vie devient contractée. Nous vivons moins à partir de l’expérience directe qu’à partir des projections sur l’expérience. Plus nous cherchons compulsivement à résoudre l’inconnu depuis la contraction, plus cette contraction semble devenir notre identité.

Et si, au lieu de partir immédiatement dans les scénarios, il devenait possible de juste sentir ? Sentir le corps. Sentir les éventuelles contractions. Sentir la respiration. Sentir les vibrations de l’instant.

Car sentir est déjà sortir un peu de l’histoire que l’on raconte sur soi et sur le monde. Tu ne peux pas sentir et penser en même temps. De ce fait sentir est en soi non duel, sans séparation. 

Peu à peu, il devient évident que nous ne rencontrons jamais « l’avenir ». Nous rencontrons seulement cette expérience-ci, puis celle-ci, puis celle-ci. Et peut-être qu’au cœur de l’inconnu, ce qui fait peur n’est pas vraiment ce qui arrive, mais la croyance transparente qu’il existe quelqu’un de séparé qui devrait pouvoir tout maîtriser.

Regarde bien. Ici même, à l’endroit précis où tu pensais voir le monde à partir d’une tête. Ici même, au-dessus des épaules, dans cet espace conscient qui accueille tout, y compris ce texte et que Douglas Harding appelait la vision sans tête. Est-ce que cet espace pourrait réellement être menacé ? A-t-il besoin d’être protégé ? Vieillit-il ? Se contracte-t-il ? Ou accueille-t-il simplement, sans effort, tout ce qui apparaît en lui, y compris les sensations de peur, d’incertitude ou de contraction ?

Dès que ce retour vers l’ouvert se produit, dès que cet espace conscient se reconnaît lui-même, l’inconnu cesse peu à peu d’apparaître comme une menace. Il redevient ce qu’il a toujours été : le mouvement vivant de l’instant, la danse de la vie telle qu’elle est. Alors le corps cesse progressivement de se contracter inutilement. Il se détend dans ce qui est déjà là. Et à travers cette détente, une sorte de disponibilité et une confiance réapparaissent.

Alors aujourd’hui, lorsque quelque chose d’inattendu surgira, expérimente. Avant de te réfugier automatiquement dans les vieux réflexes de protection, fais une pause. Reviens à l’ouvert. Accueille depuis cet espace qui précède les commentaires. Puis regarde ce qui se passe par toi-même.

Le fait de reconnaître que l’inconnu n’apparaît jamais dans l’inconnu est susceptible de transformer radicalement ton rapport à la vie au quotidien.

Amor fati.