Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

vendredi 29 mai 2026

Retrouver le goût de vivre

 


Essayer de lutter contre l’agitation mentale par des stratégies mentales ou des tentatives d’analyse, c’est la plupart du temps ajouter du bruit au bruit. C’est comme vouloir calmer les vagues en remuant davantage l’eau.

Ce qui transforme réellement notre rapport au mental, ce n’est presque jamais une meilleure gestion des pensées, mais un déplacement de l’attention vers la vie sensorielle, vers la perception directe, vers ce qui est effectivement vécu ici et maintenant.

Quand l’expérience directe devient dense, vivante, intime, le bavardage intérieur perd naturellement de sa place. Non parce qu’il disparaît complètement, mais parce qu’autre chose occupe l’espace.

Regarde ce qui se passe quand tu te contentes de contempler vraiment le vol stationnaire d’une libellule. Quand tu deviens très intime avec une émotion sans immédiatement la commenter. Quand tu chantes, danses, aimes, jouis, regardes un paysage ou écoutes profondément quelqu’un. Remarque alors que les pensées ne disparaissent pas forcément totalement, mais qu’elles cessent souvent d’être le centre de gravité de l’expérience.

On pourrait dire que le silence mental n’apparaît pas par soustraction, mais par une forme d’accroissement de la plénitude. Ce n’est pas parce qu’il y a moins d’expérience. C’est parce qu’il y en a davantage.

Mais davantage de quoi ? Davantage de texture. Davantage de sensations. Davantage de présence vécue. C’est toute la puissance de la voie du sentir. L’art de vivre une vie sensorielle. Il nous faut peut-être réapprendre à apprécier, à savourer, à traverser l’expérience avant de la commenter. Quand j’étais enfant, mon père me répétait parfois : « Tu n’es pas obligé d’aimer la nourriture, mais goûte. » J’ai longtemps trouvé cette phrase anodine. Aujourd’hui, je la trouve profondément juste. Car goûter, ce n’est pas seulement manger. C’est se rendre disponible à l’expérience. C’est accepter de rencontrer avant de juger. Nietzsche faisait remarquer le lien ancien entre savoir, sagesse et saveur, rappelant que la racine latine sapere renvoie autant au goût qu’au savoir. Peut-être avons-nous oublié cela : qu’il existe une forme d’intelligence qui ne consiste pas d’abord à expliquer la vie, mais à la goûter. Sentir avant d’expliquer. Habiter avant d’interpréter. Goûter avant de conclure.

Il ne s’agit pas tant de diminuer l’agitation mentale que de retrouver cette capacité oubliée à sentir directement : la chaleur d’une tasse entre les mains, la vibration d’une émotion, le contact du vent sur la peau, le poids du corps sur une chaise, le simple fait de respirer, la présence sonore d’un oiseau, la densité d’un silence.

Car à force de commenter la vie, nous perdons parfois le goût de la vivre.

La plupart d’entre nous sommes tellement saturés de concepts (la plupart du temps inconscients ou implicites) et affamés de perceptions.

Alors peut-être qu’au lieu de chercher comment réduire l’agitation mentale, il vaut mieux se demander : suis-je, maintenant, à cet instant précis, en train d’habiter pleinement ce qui m’est donné dans l’expérience directe ?

Car lorsque le fait de sentir devient plus important, plus profond que le fait de commenter, l’identification aux pensées commence naturellement à perdre de sa force. Les pensées continuent peut-être leur danse, mais elles ne colonisent plus toute l’expérience. Le centre de gravité se déplace alors du commentaire vers l’expérience vécue. Le sentir reprend sa place.

Comme me l’enseignait mon maître, Frédéric Moreau : plus tu penses la vie, plus il y a de souffrance. Plus tu sens la vie, plus il y a de joie.

AMOR FATI


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