Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

mardi 28 juillet 2026

La fin de la fin et la fin du monde



 Écoute de la chanson The End of The End :

https://youtu.be/mWOXx8KnJ8M?is=anL-nJsYX8Zt3zo6

Oui, je pressens parfois, en regardant un simple emballage plastique emporté par le vent, la fin d’un monde, de notre monde, de cette civilisation bâtie sur une illusion initiale de séparation. Peut-être même, si nous persistons dans cette logique de séparation, la sixième extinction des espèces. Je ne cache pas que, lorsque je regarde l’état du monde avec les seuls outils de la raison, j’ai parfois du mal à entrevoir une véritable issue.

C’est ce pressentiment qui traverse cette chanson, issue de mon dernier double album SAT SONGS. Pourtant, au moment de lui donner un titre, quelque chose d’autre s’est imposé. Je ne pouvais pas l’appeler The End ni the End of the world. Je l’ai appelée The End of the End, la fin de la fin. Car ce qui me paraît essentiel n’est pas tant l’idée de la fin du monde que la fin de l’illusion qu’il pourrait y avoir une fin absolue. Les mondes naissent et disparaissent. Les civilisations apparaissent et s’effacent. Les espèces évoluent et parfois s’éteignent. Mais ce qui est conscient de tout cela ne naît pas avec elles et ne disparaît pas avec elles. Et c’est au fond aussi de cela que parle ce texte en anglais.

Cela n’enlève évidemment rien à notre responsabilité. Comme le petit colibri de la légende, chacun peut continuer à apporter sa goutte d’eau. Agir, aimer, protéger, créer demeurent des gestes profondément justes, même lorsque l’issue paraît incertaine.

Et puis, n’oublions pas que le mot apocalypse signifie révélation. Toute catastrophe est également auspicieuse en ce sens qu’elle permet à autre chose de naître.

Comme l’écrivait René Guénon, « la fin d’un monde n’est jamais autre chose que la fin d’une illusion ».

C’est précisément le sens de ce titre. The End of the End ne parle pas d’un effondrement définitif. Il évoque la disparition d’une croyance, celle qu’il pourrait exister une fin absolue. Les formes passent, les mondes changent, mais ce qui est conscient de leur apparition et de leur disparition demeure.

Dans la Bhagavad Gita, Arjuna voit l’unité de toute chose, mais cela ne l’empêche pas de prendre position. Soutenu par Krishna, il se tient du côté des Pandavas qui soutiennent le Dharma, contrairement à leurs demi-frères les Kauravas qui n’ont cessé d’abuser du pouvoir et de mentir, comme dans l’épisode du jeu de dés. Au final, Arjuna n’agit pas par haine, mais par lucidité.

Alors peut-être que, comme dans The End of the End, nous sommes appelés à continuer de jouer, de chanter et de créer pendant que le monde tel que nous l’avons connu se fissure. Et cette reconnaissance nous évite la double peine. Les horreurs du monde traversent l’histoire, pas ce que nous sommes vraiment. Cela ne nie rien de ce qui doit être vu ou combattu, mais cela nous permet de garder le sourire, parce que sous toutes les formes qui naissent et qui meurent, ce que nous sommes demeure intact, libre et en paix.

Amor Fati 


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