Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

mardi 20 octobre 2026

Asparsa : la non dualité radicale



Dans ses célèbres Karikas (commentaires) sur la Mandukya Upanishad, Gaudapada (le maître du maître de Shankara) évoque l’Asparsa yoga, le « yoga du non-contact ». L’expression est paradoxale : on pourrait croire qu’elle nous invite à nous détacher du monde, à nous retirer des pensées et des sensations pour demeurer à l’écart. Mais où pourrions-nous nous retirer, puisque tout apparaît déjà dans ce que nous sommes ?


Le « non-contact » pointe ici vers le cœur de la non-dualité la plus radicale : il n’y a en réalité qu’un seul Être, une seule Présence. Toute relation suppose deux termes, un sujet séparé de l’objet qu’il perçoit. Mais si tout apparaît déjà en Cela, où seraient sur un plan essentiel les deux ?


Nous nous imaginons être quelqu’un qui entre en contact avec un monde extérieur. Pourtant, les sons, les couleurs, les sensations, les pensées apparaissent dans la présence consciente. Jusqu’à ce sentiment d’être « quelqu’un », lui aussi connu, lui aussi accueilli en Cela. Où donc trouver dans l’expérience directe et immédiate, sans faire référence à la mémoire ni à la pensée un sujet séparé de ce qu’il perçoit ?


Dans une démarche d’investigation du soi, on peut effectivement commencer par distinguer ce qui perçoit de ce qui est perçu, par une sorte de concession et de compassion pour l’apparent individu séparé : reconnaître que puisque je connais les pensées je ne suis pas réductible à ces pensées. Cette distinction nous aide à défaire l’identification. Mais ici, dans la « voie sans voie », nous ne commençons pas par séparer le perçu de ce qui perçoit. Nous reconnaissons que nous sommes déjà Cela, cette Présence dans laquelle toute distinction apparaît. Même celui qui voudrait se détacher, l’apparent sujet sépare, est déjà en Cela. Il n’y a aucun écart à franchir pour être ce que nous sommes.


Dire « sans contact » exprime alors cette absence de séparation : aucun second être avec lequel entrer en relation. Rien à rejoindre, rien à repousser. La pensée la plus ordinaire, le visage aimé, une émotion d’inquiétude, la rumeur confuse de la ville prennent forme dans cette unique Présence, sans jamais s’en détacher. Toute expérience est en réalité une modulation de la Présence que Je suis ultimement. 


Je suis le Sans-forme prenant toute forme. Aucune forme ne me contient, et aucune n’est en dehors de moi.


Asparsa nous invite à vérifier cela, ici même. 


Néanmoins n’oublions pas au passage que même si ce concept célèbre de l’Advaita Vedanta semble dire qu’il n’y a pas de chemin ni de voie pour reconnaître le soi, il y a tout de même cette invitation à vérifier. Sans cette communication minimale ayant besoin de temps pour s’exprimer aucune chance ou presque de le réaliser. On pourrait juste dire que la voie sans voie semble plus proche conceptuellement parlant de l’Absolu. Même « la voie sans voie » est tout de même une voie au regard de l’atemporelle Présence. 


Ceci étant dit, remarquons la beauté fulgurante de ce concept qui nous invite à vérifier qu’Avant de me penser séparé, avant même de chercher à rejoindre ou me séparer de quoi que ce soit, si Je ne suis pas déjà cette Présence en laquelle toute expérience se donne ?


Bienvenue chez toi.


Amor Fati 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire