Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

lundi 5 octobre 2026

Quand Dieu veut te punir …

 


Il y a un adage soufi qui dit : “Quand Dieu veut vous punir, il exauce tes désirs.” C’est une phrase étrange, presque brutale au premier abord, mais elle dit quelque chose de très profond. Nous passons une grande partie de notre vie à croire que nous savons ce qu’il nous faut. Nous voulons telle personne, telle réussite, telle reconnaissance, telle sécurité, telle victoire. Nous croyons que notre bonheur dépendra du moment où la vie acceptera enfin de se plier à notre scénario.

Et parfois, justement, elle nous donne ce que nous avons demandé. Alors nous découvrons que ce n’était finalement pas cela que nous voulions. Nous voulions être aimés, mais nous cherchions surtout à être confirmés. Nous voulions être libres, mais nous voulions seulement que rien ne vienne contrarier notre peur. Nous voulions réussir, mais peut-être voulions-nous surtout devenir quelqu’un aux yeux du monde. Nous voulions la paix, mais sans lâcher nos colères. Nous voulions Dieu, mais à condition qu’il bénisse notre personnage.

Alors la vie, dans sa profonde sagesse et sa pédagogie parfois rude, ne répond pas toujours comme nous l’espérions. Elle ferme une porte, éloigne un être, défait un projet, fissure une image de nous-mêmes, laisse échouer ce que nous pensions indispensable. Sur le moment, nous appelons cela injustice, abandon, malchance, échec.

Mais une intelligence plus vaste est à l’œuvre. La vie ne nous prend pas ce que nous sommes, mais ce que nous croyions être. Elle retire les échafaudages de l’ego, non pour nous détruire, mais pour nous montrer ce qui demeure quand ils s’effondrent. Elle nous prive parfois de certaines conquêtes pour nous délivrer de la conquête elle-même. Elle nous confronte à l’impossible pour que s’épuise enfin cette prétention de tout maîtriser.

Et puis, un jour, quelque chose se détend. On ne comprend pas tout, on ne gagne pas forcément, on ne devient pas invulnérable, mais on cesse de se battre contre la forme que prend la vie. On découvre qu’il y a, derrière certaines pertes, une vérité plus profonde que nos possessions ; derrière certains refus, une humilité plus grande que nos projets ; derrière certaines blessures, une ouverture qui ne dépend plus de notre histoire.

Alors la gratitude ne vient plus simplement parce que tout va bien. Elle vient parce que même ce qui, apparemment, ne devrait pas être là peut devenir une porte vers la reconnaissance de cette joie de ma vraie nature, déjà présente.

La vie ne nous donne pas toujours ce que nous voulons. Elle nous conduit, parfois rudement, parfois tendrement, vers ce qui ne peut plus être perdu.

Et ce qui ne peut plus être perdu n’est ni un objet, ni une réussite, ni une relation, ni une identité. Ce n’est même pas quelque chose que l’on possède. C’est cette simple présence, silencieuse et vivante, qui demeure aussi bien dans l’échec que dans la satisfaction, aussi bien dans le manque que dans l’accomplissement. Même lorsque nos désirs sont comblés, ce n’est pas eux qui nous donnent la paix. Ils ne font, un instant, que laisser apparaître ce qui était déjà là. Et toute la sagesse commence au moment où nous cessons de demander à la vie de remplir notre vide, et où nous découvrons que, sous le bruit de nos désirs, cette simple présence silencieuse et vivante n’a jamais cessé d’être là.


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