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Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

jeudi 15 mai 2025

La logique implacable au service de l’auto-illusionnement



Il y a des phrases qui semblent anodines, presque scolaires, et qui pourtant contiennent une énigme susceptible de nous faire sortir de l’auto-illusionnement dans lequel la logique apparente semble nous maintenir à condition que notre questionnement devienne radical. 

 Prenons celle-ci : « Tous les hommes sont mortels. Socrate est un homme. Donc, Socrate est mortel. »

Ce syllogisme, l’un des plus célèbres de l’histoire de la logique, est tiré de la tradition aristotélicienne. Aristote, au IVe siècle avant notre ère, dans son traité Premiers Analytiques (Analytica Priora), y jette les fondements de la déduction formelle. Bien que cette formulation précise n’apparaisse pas telle quelle sous sa plume, elle illustre parfaitement ce qu’il appelait un syllogisme en figure I, mode Barbara — c’est-à-dire un raisonnement où deux prémisses universelles affirmatives mènent à une conclusion elle aussi universelle et affirmative. Socrate est ici un nom emblématique, choisi pour représenter l’humanité tout entière — non parce que Socrate est un personnage abstrait, mais justement parce qu’il est terriblement humain. Ce syllogisme est donc devenu, au fil des siècles, un exercice typique de démonstration logique, enseigné dans toutes les écoles de philosophie. Et j’en ai fait les frais comme vous peut-être, en terminale puis en licence et maîtrise de philosophie à la Sorbonne où la logique aristotélicienne conditionne « l’amour de la sagesse » qui est le sens des deux mots grecs qui construisent ce mot : philia qui signifie amour et sophia qui signifie sagesse. 

Mais qu’advient-il de ce syllogisme universel  lorsqu’on le regarde depuis la perspective non duelle. Que se passe-t-il si l’on écoute ces phrases non pas depuis l’intellect… mais depuis la conscience nue, celle qui précède toute pensée ?

Tous les êtres humains sont mortels. Je suis un être humain. Donc… je suis mortel.

Voilà. C’est logique. Implacable. Et pourtant… Quel est ce « je » qui affirme cela ? Le corps ? Une pensée ? Une identité sociale ? Ou bien quelque chose qui voit toutes ces choses venir et partir, sans jamais être elles ?

La non-dualité nous invite à regarder autrement. À voir que ce « je » que nous croyions être un individu mortel… n’est, en réalité, qu’un costume temporaire flottant dans la lumière de la conscience.

Et la conscience elle-même ? Elle ne naît pas. Ne meurt pas. Elle est l’écran silencieux sur lequel tout apparaît… et disparaît.

Alors le syllogisme se retourne doucement : Tous les êtres humains sont mortels. Une forme humaine apparaît dans la conscience. Mais moi, conscience, je ne suis pas cette forme. Donc… la mortalité ne s’applique pas à moi.

Ce n’est pas une croyance à adopter. C’est une reconnaissance à goûter. Ici. Maintenant. Rien à imaginer. Rien à croire. Juste à voir.

Ce que tu es n’a ni contour, ni âge, ni préférences, ni biographie, ni histoire. Et pourtant, tout cela apparaît en toi. Le « je suis » que tu es… est plus vaste que tout ce que tu as cru être. Même le plus noble syllogisme doit se soumettre à cette évidence indéniable et s’incline devant l’expérience directe d’être. 

N’oublions pas que la recherche de la Vérité absolue nous fera passer par une perte de repères totale, car cela exige non pas un simple changement de perspective mais une totale remise en question de notre paradigmes. Cela se comprend ici dans le 2e logion de l’Évangile de Thomas. 

“Que celui qui cherche ne cesse de chercher jusqu’à ce qu’il trouve ;

et lorsqu’il aura trouvé, il sera bouleversé ;

et ayant été bouleversé, il sera émerveillé,

et il régnera sur le Tout.”

(Évangile selon Thomas, logion 2)


J’ai cru être un être humain en chemin vers l’absolu. Et je découvre que je suis l’absolu… rêvant qu’il est un être humain. 

Tu n’as rien à faire de plus. Tu es déjà Cela. Tu l’as toujours été. Rien ne peut te définir et pourtant tout émerge de toi et en tant que Toi. 

Le syllogisme, lui, s’efface. Mais toi, tu es encore là. Sans mots. Sans conclusion. Pure Présence consciente. Simplement. 


vendredi 2 mai 2025

Connaître, c’est pénétrer : Une vision non-duelle de l’intimité spirituelle

 Connaître, c’est pénétrer : Une vision non-duelle de l’intimité spirituelle


Dans notre langage courant, « connaître » et « pénétrer » sont deux verbes distincts. L’un évoque le savoir, l’autre un acte physique, parfois abrupt. Mais dans la langue hébraïque des origines, il n’en est rien. Là où notre esprit moderne sépare, la Bible unit. Et cette union des mots révèle une vérité initiatique : connaître et pénétrer sont une seule et même chose.


Le verbe hébreu ידע (yada), utilisé dans les Écritures, signifie aussi bien « connaître » que « s’unir charnellement ». Lorsque l’on lit dans la Genèse : « Adam connut Ève, sa femme, et elle conçut… » (Gn 4,1). 


Ceci n’est pas un euphémisme pudique comme je l’ai longtemps cru. C’est un enseignement profond : la véritable connaissance est une union.


Dans la perspective d’Annick de Souzenelle, cette “connaissance” ne concerne pas l’accumulation d’informations ou de concepts. Elle n’est pas mentale, elle est ontologique. Connaître, c’est entrer dans le mystère de l’autre, en être transformé, s’y reconnaître.


Ce que nous appelons aujourd’hui connaissance ressemble souvent à une prise de pouvoir. C’est comprendre et dans comprendre il y a prendre avec soi, posséder. Mais la connaissance hébraïque, biblique, gnostique et non duelle est en réalité un acte d’amour, un dépouillement réciproque, une pénétration mutuelle où le sujet et l’objet s’effacent dans une communion plus vaste.


Dans cette lumière, pénétrer n’est pas dominer, mais s’approcher avec respect du sanctuaire de l’autre. Pénétrer le réel, ce n’est pas l’analyser ou le disséquer : c’est s’ouvrir à sa profondeur, s’y laisser toucher, traverser.  Un ami proche de Annick de Souzenelle pendant de longues années m’a confié récemment qu’elle traduisait le mot connaître dans la bible par : « Descendre amoureusement dedans »…



Et de la même manière, connaître Dieu, dans la Bible, n’est pas croire en un concept. C’est se laisser traverser par Lui.


Comme l’exprime Al-Hallâj, mystique crucifié pour avoir proclamé son union au Divin ( « Ana el haqq 

», je suis la vérité) : « Je suis Celui que j’aime, et Celui que j’aime est moi. »

Et encore : « Entre moi et Toi, il y a moi. Ô Toi, débarrasse-moi de moi, pour que je sois 


La tradition non-duelle, qu’on la trouve dans l’Advaita Vedānta, le soufisme ou la Kabbale, nous dit que le connaissant et le connu sont un seul et même Être. Ce que je connais vraiment, je le deviens. Et ce que je deviens vraiment, je le reconnais comme ce que j’ai toujours été.


« L’amant est le miroir de l’Aimé, et l’Aimé le miroir de l’Amant. »

Ibn ‘Arabî


Cette réciprocité est aussi une consumation : « Tu ne peux connaître le Bien-Aimé tant que tu n’as pas été consumé par lui. »

(Rûmî)


Et du coup, l’expérience devient miroir :


« Ce que je cherche, c’est de me connaître dans l’autre, et l’autre en moi. »

 Ibn ‘Arabî


Le monde cesse d’être un objet. Il devient visage.


L’union des corps, quand elle est vécue dans cette conscience, devient elle-même un acte sacré. Car le corps ne ment pas : il sait que connaître vraiment, c’est s’unir, se donner, se recevoir.


Dans le silence de la chambre comme dans celui de la prière, ce qui se joue est toujours le même mouvement : me laisser pénétrer par ce que je croyais autre, jusqu’à m’y retrouver.


« Je ne suis pas moi-même. Je suis Toi. »

 Rûmî


« Ton esprit s’est mêlé à mon esprit comme le vin s’unit à l’eau pure. »

 Al-Hallâj 


La vraie connaissance ne passe ni par la logique ni par l’analyse. Elle jaillit d’un autre centre de perception : le cœur, cette porte nue où l’être s’ouvre sans défense. C’est lui qui reçoit la lumière, c’est lui qui reconnaît — par contact, par silence, par amour.


« L’œil avec lequel je vois Dieu est le même que l’œil avec lequel Dieu me voit. »

 Maître Eckhart


Dans cette vision, sans tête, il n’y a pas deux regards. Il n’y a que l’Un, qui se reflète, se pénètre, se reconnaît dans chaque forme. C’est ce qui se vit dans les expériences de la vision sans tête de Douglas Harding : en cessant d’imaginer que j’ai ici une tête, l’ouvert prend la forme de mon frère humain. Je ne puis trouver de distance entre l’ouvert et le visage de l’autre qui devient si intime qu’il est une expression de Moi-même. 


« Mon cœur est devenu capable de toutes les formes… Je suis la religion de l’Amour. »

 Ibn ‘Arabî


Ce cœur-là n’appartient plus à une identité. Il devient un temple sans mur, un chant sans voix, un espace d’hospitalité universelle.


« Le cœur est la porte. Pousse doucement. Il n’y a pas de verrou. »

Lalla Yogîshwarî


La gnose véritable ne se force pas. Elle se laisse découvrir, comme un parfum intérieur. Il suffit d’oser entrer — et de consentir à être touché.


Toutes les traditions authentiques ont murmuré le même secret : l’ultime connaissance est une union, un passage de seuil, une étreinte sans contours. Qu’on l’appelle mariage mystique, extase silencieuse ou extinction dans l’Un, ce mystère est toujours vivant.


« Ô nuit plus aimable que l’aurore, ô nuit qui as uni l’Aimé avec l’amante, l’amante transformée en l’Aimé ! »

Jean de la Croix


Ici, ce n’est plus le moi qui prie ou cherche, c’est l’Amour lui-même qui consume ce qui sépare.


« J’ai vu mon Seigneur avec l’œil du cœur. Je dis : Qui es-Tu ? Il dit : Toi. »

Al-Hallâj


La question se dissout. Il ne reste que la clarté nue du Soi, sans nom, sans autre.


« Là où il y a dualité, l’un voit l’autre. Mais lorsque tout est vu comme Soi, qui peut voir qui ? »

 Brihadaranyaka Upanishad


Et soudain, le monde entier devient un miroir de ce qui ne s’est jamais séparé.


« Quand j’ai connu mon Soi, il n’y avait plus ni Toi, ni Moi. »

 Lalla Yogîshwarî


L’union mystique, ce n’est pas l’extraordinaire. C’est le réel dans sa lumière originelle, reconnu comme tel. Ce n’est pas l’extase passagère, c’est la simplicité radicale de l’être —  tranquille du cœur libéré, rythme de l’éternel


Ce n’est pas un hasard si les mystiques parlent d’union, d’étreinte, de noces divines. Le verbe de la connaissance est un verbe d’amour.

Il ne s’agit pas de comprendre, mais de participer. D’entrer dans l’intimité du réel jusqu’à ce que toute séparation tombe.


L’Évangile de Thomas exprime cette vérité avec force :


« Quand vous vous connaîtrez, alors vous serez connus, et vous saurez que vous êtes les fils du Vivant. »

 Évangile de Thomas, logion 3


Et plus loin, il évoque le mystère de l’unité retrouvée :


« Je vous choisirai, un entre mille, deux entre dix mille, et ils se tiendront debout, étant un seul. »

 Évangile de Thomas, logion 23


À chaque fois que je connais, je suis connu.

À chaque fois que je pénètre, je suis pénétré.

Et dans ce miroir sans fin, il n’y a plus que l’Être qui s’éveille à Lui-même.


C’est pour cela que Ibn Arabi disait :


Dieu dort dans le rocher. Dieu rêve dans la plante. Dieu bouge dans l’animal. Dieu s’éveille dans l’Homme. 

dimanche 27 avril 2025

Tat Tvam Asi ( Cela Tu l’Es)

 


Sens que ce que tu es véritablement n’a pas commencé avec ta naissance et ne finira pas avec ton dernier souffle comme ce visage dans le miroir. Ce que tu es n’est pas un corps limité. Ce que tu es est l’espace-même où ce corps apparaît.


Laisse toute pensée de limite et croyance sur toi-même apparaître et disparaître dans l’Ouvert.


Et re-dé-couvre (cesse de couvrir) l’Ouvert, libre, sans centre ni bord, conscient. 


Tu n’es pas dans le monde… Le monde est en toi.


Ce que tu es regarde depuis nulle part et accueille tout partout.


Reste ainsi… simplement… Demeure… Sans effort… 


Ramana Maharshi disait :


“Ce n’est pas vous qui voyez le monde, c’est la lumière de la Conscience qui illumine le monde et se prend pour vous.”


Attention ! Ce n’est pas l’ouvert qui rencontre un monde qui serait déjà là !

Mais c’est le monde, ce corps-ci et les pensées qui littéralement apparaissent dans cette Présence ouverte et transparente et sont donc littéralement faites, constituées,  de l’Ouvert !


L’Ouvert module en tant que cette pensée-ci , cette sensation-ci, cette couleur-ci, ce désir-ci, cette peur-ci, ce monde-ci, cette expérience-ci, cette perception-ci…


Je suis le Sans Forme qui prend toute forme. 


Ce que Tu es vraiment n’est pas caché.

C’est si évident que c’est ignoré. Tu es ce secret ouvert dont parlait Wei Wi Wei. Reconnais-le !

Quand ? Maintenant !

Où ? Ici ! 

Et ton être est Ici Maintenant. Ici Maintenant Être sont synonymes d’un même mystère, d’une seule et même nature, d’une seule et même évidence. 


Tat Tvam Asi. Tu es Cela. (Grande sentence de la Chandogya Upanishad). 


Vis, pense et agis à partir de l’Ouvert, et tout te seras donné par surcroît nous dit l’évangile de Mathieu. 


l’Évangile selon Matthieu, chapitre 6, verset 33 (Matthieu 6,33)


“Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît.” 



Paix et amour